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John Maynard Keynes
Épisode 1 :

Monnaie : le carburant de la croissance

58 min
À retrouver dans l'émission

John Maynard Keynes a révolutionné la théorie économique de son époque alors dominée par les penseurs classiques. Pour cela, il mettra au centre de sa réflexion, mais aussi au centre de l’économie, la monnaie jusque-là délaissée par ses confrères.

John Maynard Keynes en mars 1940, au moment de la publication de son livre How to pay for the war, dans lequel il détaille son plan pour financer l'effort de guerre.
John Maynard Keynes en mars 1940, au moment de la publication de son livre How to pay for the war, dans lequel il détaille son plan pour financer l'effort de guerre. Crédits : Tim Gidal - Getty

Auteur du célèbre ouvrage La Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie publié en 1936, John Maynard Keynes a marqué les esprits de ses contemporains et des générations de futures économistes en s’opposant à la théorie classique de l’économie. Malgré sa proximité avec des penseurs classiques, Alfred Marshall, notamment, l'anglais va s’opposer à la tendance générale qui domine l’économie depuis depuis Adam Smith et qui stipule une séparation radicale entre "l’économie réelle" et la "monnaie". Keynes va donc s’employer à “lever le voile de la monnaie”.

Pour Keynes, la monnaie est une anticipation de la richesse future. - Edwin Le Héron

Car dans le modèle économique classique, la monnaie est neutre. Selon ce courant, une variation de la quantité de monnaie en circulation n’a d’effet que sur les prix nominaux (le nombre d'euros que coûte un produit) et pas sur la quantité de biens produits. Si l'on augmente la quantité de monnaie en circulation, on augmente d’un coup la demande globale. Puisque l’offre, elle, n’a pas bougé, le niveau des prix va augmenter. Selon eux, la monnaie détermine le niveau général des prix : c’est la théorie quantitative de la monnaie. 

À long terme, c'est probablement vrai. Mais "réfléchir à long terme est une mauvaise méthode pour résoudre les problèmes économiques, oppose Keynes. Car à long terme, nous serons tous morts". L'économiste anglais va donc écrire une œuvre imposante, dans laquelle il s'efforce de redéfinir le rôle de la monnaie dans une économie capitaliste. Elle n'est plus une intermédiaire généralisée des échanges qui circulerait dans les circuits du marché comme l’huile dans un moteur ; elle devient un objet social qui témoigne à la production de rapports sociaux mettant en jeu des quantités qui se présentent objectivement comme des prix ou des dettes.

Pour Keynes l'Homme d’État c’est celui qui pense le tout à long terme. Ce sont deux choses qu’un entrepreneur ou un ménage ne peuvent pas faire. - Edwin Le Héron

De sa nouvelle théorie monétaire découle une nouvelle économie politique dans laquelle l'État joue un rôle central. En temps de crises, ce dernier peut se substituer au marché pour prendre en charge directement l’investissement et stimuler la demande globale. Avec un plan de relance keynésien, l'institution publique a pour rôle d'injecter des liquidités dans le circuit économique pour relancer la consommation et de rétablir la confiance dans la psychologie collective.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans une crise de type keynésienne avec une insuffisance de la demande ou un déficit de l’offre. On voit bien que les restaurateurs sont prêts à vendre des repas et que les gens veulent aller les manger. - Edwin Le Héron

Après la crise des subprimes de 2008, le nom de l'économiste était ressorti après être tombé en désuétude à partir des années 1970, et remit au goût du jour ses méthodes de relance économique. Quels enseignements la théorie keynésienne peut-elle nous donner pour la crise que nous traversons aujourd'hui ? Vivons-nous un moment keynésien ? Quelle politique monétaire faut-il adopter pour relancer l'économie après l'avoir (re)mise sous cloche pour ralentir une pandémie mondiale ? Pour répondre à nos questions, nous avons fait appel à Edwin Le Héron, professeur des universités en Sciences économiques à Sciences Po Bordeaux et président de l’association pour le développement des études keynésiennes.

Références sonores

  • Extrait d'une interview de Robert Solow
  • Archive John Maynard Keynes en 1933
  • Lecture « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » de Keynes
  • Extrait d'un entretien avec Bernard Maris dans l'émission « Le grain à moudre » du 20 fevrier 2009

Références musicales

  • « John Maynard Keynes » de Jeff Stambowsky
  • « Claim me » de Lou Doillon

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