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John Maynard Keynes
Épisode 2 :

Le chômage : un équilibre involontaire

58 min
À retrouver dans l'émission

Dans les années 1930, où le chômage atteint des niveaux historiquement élevés aux Etats-Unis mais aussi en Grande-Bretagne depuis quelques années, Keynes va s’opposer radicalement aux analyses qu’il qualifie de “classique”, en déconstruisant les théories de ses professeurs et pairs.

John Maynard Keynes en mars 1940, au moment de la publication de son livre How to pay for the war, dans lequel il détaille son plan pour financer l'effort de guerre.
John Maynard Keynes en mars 1940, au moment de la publication de son livre How to pay for the war, dans lequel il détaille son plan pour financer l'effort de guerre. Crédits : Tim Gidal - Getty

Auteur du célèbre ouvrage La Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie publié en anglais en 1936, John Maynard Keynes a marqué les esprits de ses contemporains et des générations de futures économistes en s’opposant à la théorie classique de l’économie. Peu convaincu par l’existence d’un chômage uniquement volontaire, Keynes va montrer dans ses travaux que le capitalisme engendre du chômage de manière chronique, alors même que la structure de l’économie est parfaitement concurrentielle, prenant ainsi à contre-pied l'idéologie dominante de son époque.

Car à la fin du XIXème siècle, le regard que les hommes politiques et les économistes portent sur les questions sociales s'est transformé. À l’image du pauvre dépourvu de ressources s'est substituée celle du travailleur qui, pour des raisons économiques, se trouve provisoirement sans emploi. Dans le débat qui s’engage alors, il apparait nécessaire de distinguer, parmi les ouvriers qui sont sans ouvrage, ceux qui « chôment involontairement » des négligents et des paresseux : seuls les premiers méritent l'aide publique.

Or dans la théorie classique qui se développe à ce moment-là, le chômage involontaire n'existe pas dans un marché libre. Si le niveau de rémunération peut s'ajuster sans résistance, il tendra naturellement vers un point d'équilibre où tous ceux qui le souhaitent pourront travailler. En effet, selon eux, l'offre de travail est croissante avec le salaire : plus ce dernier est élevé, plus il y a de personnes qui souhaitent travailler. Dans le même temps, la demande de travail décroît : plus il est coûteux d'embaucher un salarié, moins les entreprises souhaitent le faire. En laissant libre cours aux forces du marché, les théoriciens classiques affirment ainsi qu'il s'acheminera mécaniquement vers une situation où les entreprises auront embauché toutes les personnes souhaitant travailler à ce niveau de rémunération, laissant donc ceux qui cherchent une gratification plus élevée au chômage... volontaire.

Les lois qui s’appliquent à l’individu ne s’appliquent pas forcément au système dans son ensemble. La microéconomie s’interroge au niveau de l’individu, la macroéconomie s’interroge au niveau global. - Sylvie Rivot

Mais selon Keynes, la crise de 1929 et les millions de personnes cherchant à travailler à tout prix témoignent de la fragilité de cette théorie. Force est de constater que, parfois, le marché du travail peut se trouver dans une situation d'équilibre dans laquelle le plein emploi n'est pas atteint. L'économiste britannique va donc proposer une autre façon de concevoir le chômage, dans laquelle c'est l'activité économique anticipée par les producteurs de biens et services qui détermine la quantité de travail demandée. Dans son modèle, les entrepreneurs fixent leur niveau d'embauche selon le "principe de la demande effective" : ils offrent un niveau de production égal à la quantité de biens et services qu'ils espèrent écouler d'une part, en veillant à maximiser leur profit d'autre part. C'est donc la demande globale anticipée qui détermine les volumes de la production et de l'emploi.

Pour Keynes, il y a un équilibre macroéconomique, qui dépasse les relations individuelles, dans lequel il y a des niveaux de chômage involontaire par un équilibre de sous-emploi. - Jean-Marc Daniel

En quoi cette approche keynésienne du chômage constitue-t-elle une révolution ? Dans notre contexte actuel, marqué par un chômage qui semble être devenu structurel depuis les années 1970, l'analyse keynésienne permettrait-elle d'apporter des solutions efficaces ? Pour en parler, nous avons fait appel à deux économistes : Sylvie Rivot, professeur des universités à l'Université de Haute-Alsace (Mulhouse) et membre du laboratoire de recherche BETA à Strasbourg et Jean-Marc Daniel, économiste, professeur émérite à l'ESCP Business School.

Chroniques
14H54
4 min
Le Journal de l'éco
Protection sociale : vers une population "en K" ?
Intervenants
  • économiste, professeur émérite à l'ESCP Europe
  • Professeur des université à l'Université de Haute-Alsace (Mulhouse) et membre du laboratoire de recherche BETA à Strasbourg
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