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D'après une étude de l'OCDE de 2018, la consommation de métaux devrait passer de sept à dix-neuf milliards de tonnes par an d'ici à 2060.

Des métaux pour les gouverner tous

58 min
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Alors que l’humanité ne consommait encore qu'une dizaine de métaux au cours du XXe siècle, elle exploite dorénavant la quasi-totalité des 86 métaux du tableau périodique des éléments, notamment pour la course à la technologie et à la transition écologique. Quitte à créer une dépendance dangereuse ?

D'après une étude de l'OCDE de 2018, la consommation de métaux devrait passer de sept à dix-neuf milliards de tonnes par an d'ici à 2060.
D'après une étude de l'OCDE de 2018, la consommation de métaux devrait passer de sept à dix-neuf milliards de tonnes par an d'ici à 2060. Crédits : Picture Alliance - Getty

Ces derniers mois, les cours de la quasi-totalité des métaux semblent devenus fous. Les hausses impressionnantes des prix font certes partie du « jeu » des matières premières, habituées à suivre des variations parfois extrêmes en fonction de la demande – et celle-ci a été particulièrement fluctuante au cours de la crise sanitaire, de confinement en reprise plus ou moins partielle de l’activité. Mais ces variations mettent en lumière la très forte dépendance de certains secteurs industriels aux métaux : certaines chaînes d’approvisionnement ont été bloquées, la production ralentie…

En France, je ne crois pas du tout à un renouveau minier, ni sur le plan des mines, ni sur celui des usines métallurgiques. Il y a un paradoxe en France : il est difficile de fermer une usine mais il est encore plus compliqué d’en ouvrir une. – Philippe Chalmin

En outre, cette dépendance promet de se renforcer : présentes dans de nombreuses technologies de décarbonation, les matières premières minérales sont essentielles à la transition énergétique, comme ceux présents dans les batteries de voitures électriques. D'après une étude de l'OCDE de 2018, l'utilisation de matières premières devrait pratiquement doubler dans le monde d'ici à 2060. Pour les métaux, l’augmentation est encore plus importante puisque leur consommation devrait passera de sept à dix-neuf milliards de tonnes par an.

La Chine a développé très tôt l’ensemble de la filière, en ayant à la fois dans son sol les métaux critiques et en exploitant les mines. Elle a ensuite développé toute la filière industrielle qui va de la matière brute à la conception des composants électroniques, dont elle a inondé le marché de façon globale. En maîtrisant toute la filière, elle a obtenu une position incontestable dans l’approvisionnement mondial des métaux critiques. – Karine Samuel

Or, les métaux ne sont pas des biens comme les autres. Leurs marchés sont dominés par peu de pays, dont la Chine, qui assure depuis la fin des années 1990 90% de la production mondiale de terres rares. Ce sont des marchés hautement stratégiques dans la course ultra-concurrentielle à la technologie, et notamment à la transition énergétique. Selon le Comité pour les métaux stratégiques (COMES), par exemple, les équipements de production d’énergies renouvelables nécessitent deux à six fois plus de matières premières que les infrastructures de production d’électricité à partir de combustibles fossiles ou les centrales nucléaires.

Il y a deux écueils quand on parle de réouverture de mines en France : le premier, c’est de parler de Germinal. C’est fini, Germinal. Les réglementations sont devenues telles que l’on ne peut pas ouvrir une mine et l’exploiter dans les conditions du XIXe siècle. L’autre écueil, c’est de penser qu’on va faire du green minerais, du « minerais vert ». C'est du greenwashing à l’état chimiquement pur, ça n’existe pas. On peut faire mieux, en revanche : on peut cesser d’ouvrir des mines à ciel ouvert, par exemple, ou faire du smart mining, c'est-à-dire développer des mines plus robotisées et plus économes en électricité. – Guillaume Pitron

Dans quelle mesure la dépendance vis-à-vis des pays producteurs et raffineurs représente-t-elle une menace pour les industries et surtout pour le bon avancement de la transition écologique ? Faut-il réduire la vulnérabilité des entreprises européennes accros à ces métaux dits « critiques » ? Pour en parler, nous avons fait appel à Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine et président fondateur de Cyclope, principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières, Guillaume Pitron, , journaliste et réalisateur et Karine Samuel, professeur de management à l’Institut polytechnique de Grenoble et titulaire d’une chaire d’excellence en innovation industrielle soutenue par la Fondation partenariale de Grenoble INP

Références sonores

Références musicales

  •  « Le fer, le marbre et l’acier » - Pierre Lalonde
  • « Say It Louder » - GoldStone & Octave Lissner
Intervenants
  • Professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine et président fondateur de Cyclope, principal institut de recherches européen sur les marchés des matières premières
  • Journaliste, réalisateur.
  • Professeur de management à l’Institut polytechnique de Grenoble et titulaire d’une chaire d’excellence en innovation industrielle soutenue par la Fondation partenariale de Grenoble INP
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