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Parmi les objectifs principaux de la SNCF pour sortir de la crise : une refonte de sa politique tarifaire, qui sera plus adaptée aux coûts de production et moins à la demande.

Qui doit investir dans le rail ?

58 min
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Dans un contexte d'ouverture accrue à la concurrence, la SNCF affiche des pertes considérables en 2020, notamment dues à la crise sanitaire. Elle doit cependant déjà commencer à penser à l'avenir : « mobilité durable », notamment, est le maître mot pour le ferroviaire du futur.

Parmi les objectifs principaux de la SNCF pour sortir de la crise : une refonte de sa politique tarifaire, qui sera plus adaptée aux coûts de production et moins à la demande.
Parmi les objectifs principaux de la SNCF pour sortir de la crise : une refonte de sa politique tarifaire, qui sera plus adaptée aux coûts de production et moins à la demande. Crédits : MEHDI FEDOUACH - AFP

Alors que l’ouverture effective à la concurrence est prévue pour 2021, et que, crise sanitaire oblige, les voyageurs se raréfient, la SNCF semble accumuler les difficultés. Les pertes de chiffre d'affaires du groupe ferroviaire s'élevaient déjà à 5 milliards d'euros en novembre 2020 à cause de la crise sanitaire, précédée de la grève des retraites. Le gouvernement a donc inclus dans le Plan de relance une enveloppe substantielle dédiée au redressement du secteur : 4,7 milliards d'euros en tout, dont 4,1 milliards consacrés à une augmentation de capital pour le groupe SNCF. La répartition de ce montant correspondra aux trois objectifs principaux fixés par le PDG du groupe, Jean-Pierre Farandou : réparer le réseau, relancer le fret, renouer avec les territoires.

On n'assiste pas du tout à un retour de la planification ferroviaire telle qu'elle a pu exister au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est plutôt la politique de l'Etat actionnaire pilotée par l'Agence des participations de l'Etat, créée en 2004, et qui vise à faire de la SNCF une entreprise comme une autre, c'est-à-dire une entreprise privée qui doit générer des bénéfices. - Jean Finez

Le modèle économique du secteur ferroviaire français est critiqué depuis très longtemps : l'Etat, très interventionniste à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, est depuis le début des années 2000 passé d'une logique de service public à une logique marchande. L'ouverture à la concurrence du réseau en est le meilleur exemple, même si son efficacité reste encore à prouver. 

Les régions n'ont pas toutes des positions convergentes, mais elles sont plutôt favorables à l'ouverture à la concurrence, avec cette idée, qui est peut-être un mythe, qu'elle permettra des gains de performance et un meilleur service à un moindre coût. Elles en attendent donc des gains de productivité, mais aussi surtout plus de transparence. - Juliette Maulat

Même si la crise sanitaire n'a pas fini de perturber les comptes du groupe ferroviaire, il est temps de penser à l'avenir. Les enjeux écologiques, notamment, occupent désormais le devant de la scène des transports. Le plan de relance européen conditionne son aide au respect de normes environnementales, et la SNCF affiche l’objectif d’un bilan carbone zéro d’ici à 2035. Autre question : à quelle échelle préparer le « monde d'après » du ferroviaire ? Qui financera le rail ? Les régions sont de plus en plus sollicitées dans le financement des rénovations du réseau, mais l'Europe, avec son plan de relance, compte aussi participer aux transformations nécessaires.

Il y a une balance entre deux types d'objectifs : celui de dynamisation économique, de cohérence des territoires et d'égalité de traitement des citoyens devant l'offre de transport collectif. Mais il y a aussi des préoccupations purement écologiques et environnementales, qui ne sont pas simples à combiner parce qu'elles ont des coûts importants. - Patrice Salini

Face à l’accumulation des difficultés, qui reste-t-il pour innover et faire les investissements à la fois financiers et stratégiques nécessaires dans le secteur ferroviaire ? L'Etat reprendra-t-il les manettes au nom d'une mobilité accessible à tous ou continuera-t-il à libéraliser et à déléguer ? Pour en parler, nous avons fait appel à Jean Finez, sociologue, maître de conférences au sein du département de sociologie de l'Université Grenoble Alpes et président du réseau FERINTER, ainsi qu'à Juliette Maulat, géographe, maître de conférence en urbanisme et aménagement à l'Université Paris-I et à Patrice Salini, économiste des transports.

Références sonores

  • Interview de Jean-Pierre Farandou, PDG de la SNCF (décembre 2020, source : Public Sénat)
  • Interview d'Emmanuel Macron (14 juillet 2020, source : BFMTV)
  • Interview de Barbara Pompili (23 juillet, source : franceinfo)
  • Discours de Félix Gouin, président du conseil du Plan Monnet (1947, source : INA)
  • Reportage sur l'état du réseau de la ligne Poitiers-Limoges (2018, source : France 3 Nouvelle-Aquitaine)

Références musicales

  • « Paris-Méditerranée » - Edith Piaf
  • « Illinois Blues » - DJazia Satour
Intervenants
  • Sociologue, maître de conférences au sein du département de sociologie de l'Université Grenoble Alpes, et également président du réseau FERINTER
  • Géographe, maîtresse de conférence en urbanisme et aménagement à l'Université Paris-I
  • Economiste des transports
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