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La haute-montagne est-elle un lieu de non droit ?

57 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir "Esprit de justice" croise la justice aux sommets montagneux et enneigés, en compagnie du procureur Jacques Dallest et d'un guide de haute-montagne, Érik Decamp, afin de comprendre et discuter les enjeux qui les lient.

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. Crédits : © Buena Vista Images - Getty

L'alpinisme est l'occasion d'un face à face avec l'absolu, le lieu d'une confrontation au risque où c'est la montagne qui fixe sa loi, parfois impitoyable. Mais la loi des hommes n'est pas pour autant absente, loin de là. Notamment lorsqu'un accident est survenu. Qui doit être déclaré responsable en cas d'avalanche, par exemple. Il y en a-t-il seulement un ? La justice doit chercher s'il y a une faute, quitte à bousculer la culture volontiers élitiste de la montagne.

Le traitement judiciaire de l'accident de montagne est aussi le moment d'une réflexion collective sur la finalité de l'activité en montagne. Comment donc rapprocher deux logiques celle de la prévention du risque, d'une part, de la performance, du dépassement de soi de l'autre ? 

C’est ce que tentera de faire Esprit de justice en faisant dialoguer un guide, Érik Decamp, et un magistrat, Jacques Dallest, procureur général près la Cour d’appel de Grenoble. Les deux, avec Alexis Mallon, ont récemment publié Le guide et le procureur (Éditions du Mont-Blanc, 2020). 

C’est quelque chose que tous les montagnards connaissent, l’accident mortel en montagne, qui est un lieu évidemment exposé. Chaque année, nous déplorons malheureusement un nombre important de décès. Pour vous donner un chiffre, les deux départements de mon ressort, la Cour d'appel de Grenoble, c'est-à-dire l'Isère et les Hautes-Alpes, comptent en moyenne une quarantaine de morts par an sur des accidents traumatiques. (…) On s'est plus tué sur les deux Savoie en montagne que sur les routes. Jacques Dallest

La montagne est chargée de toute la symbolique de la hauteur, de ce qui relie la terre au ciel, etc. Les religions sont bien placées pour en témoigner. Mais, je vois plutôt la montagne comme le siège de tensions qui sont assez intéressantes, justement, entre le fait que l'on se confronte au risque tout en recherchant la sécurité. C'est-à-dire que la sécurité serait de ne pas y aller, mais on veut y aller quand même. Et on vit cette tension de manière intéressante. Érik Decamp

La montagne s’est judiciarisée comme toute la société. Est-ce qu'il n'y a pas une judiciarisation de la médecine, du sport, de la vie courante ? On peut toujours le constater. Moi, je m'élève contre l'idée, fausse en tout cas, d'une pénalisation de la montagne. C'est-à-dire qu’aujourd'hui, la justice serait beaucoup plus dure, répressive, vis-à-vis des auteurs de fautes en montagne. Ce n'est pas le cas. Il y a très peu de procès. Il y a toujours des enquêtes judiciaires lorsqu'il y a un accident mortel en montagne, mais heureusement, il y a très peu de poursuites et très peu de condamnations. Jacques Dallest

On a beaucoup parlé, dans nos rencontres avec le public, de la justice qui doit être aussi pédagogique. Elle est là pour sanctionner, condamner et punir. Ça fait partie de sa mission, dire le droit. Mais elle peut être aussi – j'y crois beaucoup pour la montagne – pédagogique, c'est-à-dire que les décisions de justice, dans leurs motivations, peuvent expliquer ce qui s'est passé. Pourquoi un accident est-il survenu ? Parce qu'il y a sans doute eu une erreur ou une mauvaise appréciation et que, pour l'avenir, les écoles de formation puissent s'en inspirer, pour conseiller ceux qui veulent être guides ou moniteurs sur la pratique professionnelle. Jacques Dallest

On est quand même dans une relation curieuse. En tant que guide, on me reconnaît une certaine autorité. Techniquement, connaissances, expériences, etc. Mais au fond, mon client, c'est celui qui a l'argent et parce qu'il a l'argent, d'une certaine manière, il détient le pouvoir d'exiger ce qu'il fait. Il y a bien des moments où on peut se demander lequel des deux a réellement le pouvoir et qui va l'exercer s'il s'agit de prendre une décision compliquée. Érik Decamp

Pour aller plus loin

Sur Jacques Dallest
Un entretien (site de L'École Nationale de la Magistrature)

Sur Érik Decamp
Son site personnel  
Vidéo (ci-dessous) "Face à l'incertitude" : 

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Choix musicaux 

Morceau choisi par Érik Decamp : "So what" par Miles Davis - Album : Kind of Blue (1959) - Label : Columbia

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Morceau choisi par Jacques Dallest : "Köln Concert" partie IV par Keith Jarrett - Album : The Köln Concert (1975)

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