LE DIRECT
 Des femmes et enfants de combattants de l'État Islamique dans la section étrangère du camp de réfugiés d'al-Hawl, dans le Nord de la Syrie

Le retour des enfants de la zone irako-syrienne

57 min
À retrouver dans l'émission

Enfants traumatisés ou combattants ? "Esprit de justice" appréhende cette semaine la question du retour des enfants de combattants djihadistes du point de vue du droit.

 Des femmes et enfants de combattants de l'État Islamique dans la section étrangère du camp de réfugiés d'al-Hawl, dans le Nord de la Syrie
Des femmes et enfants de combattants de l'État Islamique dans la section étrangère du camp de réfugiés d'al-Hawl, dans le Nord de la Syrie Crédits : © Fairfax Media - Getty

Le retour des familles et des enfants de la zone irako-syrienne pose problème parce que certains de ces enfants sont traumatisés alors que d’autres, qui ont été recrutés par l’État islamique et à ce titre, ont peut-être commis des actes de violence, peuvent menacer l’ordre public. Le gouvernement renâcle à organiser leur retour en raison de leur dangerosité. Ceci soulève la question non seulement de la prise en charge de ces enfants de retour de zone de guerre, mais plus généralement celle de la légalité de la position du gouvernement, qui sont étroitement liées. 

Esprit de justice tentera d’y répondre en compagnie de Thierry Baubet, professeur de psychiatrie de l’enfant à l’Université Paris 13, chef de service de pédopsychiatrie de l’hôpital Avicenne à Bobigny et responsable de la cellule d’urgence médico-psychologique de Seine-Saint-Denis, Marie Dosé, avocate et Maurween Veyret-Morau, psychologue clinicienne. 

Le retour des enfants de la zone irako-syrienne, une question humanitaire ?  

Certains enfants sont dans les camps depuis plus de trois ans. Une grande partie d'entre eux est là depuis plus de deux ans. Ils ne bénéficient absolument pas de soins adaptés. Il y a d'énormes problèmes liés aux maladies et aux pandémies. Ce sont des enfants qui sont traumatisés et sont en état de souffrance. L'aide humanitaire ne parvient pas ou très difficilement dans ces camps. Nous sommes face à une situation humanitaire catastrophique qui n’est d'ailleurs contestée par personne puisqu'elle est renseignée. Marie Dosé 

Certains sont nés là-bas, la plupart y sont arrivés à l’âge de deux, trois ou quatre ans. Eux n'auront pas et n'ont pas le souvenir de la Syrie et de l'État islamique. Leurs souvenirs, leurs premiers traumas, c'est le camp. Ils sont dans un camp parce que la France refuse de les rapatrier. Marie Dosé 

Un retour nécessaire ?

Oui, ces femmes doivent répondre de leurs actes, mais elles ne sont judiciarisées qu'en France. Elles ne peuvent pas être jugées là-bas. Il n’y a pas de cour pénale internationale là-bas. Il n'y en aura jamais. Il n'y a pas de juridiction internationale ad hoc. L'Irak a dit "Nous ne sommes pas un dépotoir à djihadistes européens. On ne les jugera pas". Et les Kurdes disent "On ne peut pas, et on ne veut pas les juger." De toute façon, le Rojava n'est pas un état souverain. Il faut les juger en France. Elles se sont radicalisées en France. Elles sont parties de France. Elles sont françaises. C'est notre histoire. Marie Dosé 

Plus on attend, plus on crée du traumatisme chez ces enfants et plus la prise en charge va être compliquée. La violence des camps fait mal. L’enfance qu'on leur vole est un traumatisme supplémentaire. Ils doivent être pris tout de suite entre les mains de spécialistes et doivent retrouver leur pays. Que fait-on payer à ces enfants ? De quoi sont-ils coupables ? Marie Dosé 

Sur la prise en charge de ces enfants par les professionnels de la santé 

Il peut y avoir de la crainte, de l'appréhension. Il peut y avoir aussi d'autres choses, comme une sorte de sentiment d'être en mission auprès de ces enfants et de vouloir faire beaucoup plus que ce qu'on ferait avec d'autres enfants présentant les mêmes troubles. Il peut y avoir une forme de fascination, parfois effectivement un peu morbide, de vouloir voir ces enfants presque comme des bêtes curieuses. Il y a là un point extrêmement important. Tous les enfants, et ceux-là les premiers, ont besoin d'être considérés comme des enfants, un droit à la normalité, et un droit à avoir tous les avenirs ouverts. Thierry Baubet 

La prise en charge de ces enfants, est sûrement particulière dans le regard qu'on porte sur eux et dans ce qu'on imagine de leur histoire, de leur parcours, de leurs parents. Cela va teinter l'attitude des professionnels et la capacité ou l'incapacité à pouvoir bien prendre en charge ces enfants. (…) Je crois qu'en tant que professionnels autour de ces enfants, on est très marqué par ces événements-là (les attentats terroristes, ndlr.). On est collectivement traumatisés et du coup, c'est difficile d'avoir un regard de bienveillance, d'accueil de l'enfant tel qu'il est, avec ses besoins, avec son trauma, son histoire, et avec son nom, parfois.  Maurween Veyret-Morau

La question des traumatismes, des carences affectives et du manque de soutien des enfants n'est pas nouvelle. Les psys la connaissent depuis longtemps. Ce qu'il y a de très clair comme enseignement, c'est que la durée d'exposition à un contexte désorganisé, à l'absence de soins adéquats et à l'absence de soutien au développement, est un facteur déterminant. On peut vivre des traumatismes et s'en relever avec du soutien, un environnement et une aide adéquate. Les traumatismes additionnés à l’absence d’aide et de soins aggravent les choses de manière proportionnelle au temps passé. Pour le développement de ces enfants, et pour les adultes qu’ils seront, il y’a une forme d'urgence à les protéger. Thierry Baubet

Pour en savoir plus 

Sur Thierry Baubet
Sa présentation par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (CIASE), dont il est membre
Ses publications disponibles sur le site cairn.info
Un entretien de Thierry Baubet pour l'Université Sorbonne Paris Nord sur l'impact psyschologique causé par les attentats du 13 novembre 

Sur Marie Dosé
Sa page de présentation sur le site de son cabinet
Les publications de l'avocate disponibles sur le site cairn.info
• "Djihadisme : quel sort pour les revenants ?" une intervention de Marie Dosé dans l'émission C à Vous de France 5, au sujet de son livre Les victoires de Daech (Plon) 

Sur Maurween Veyret-Morau
• "La prise en charge psychologique des enfants de djihadistes : modalités et enjeux" un dossier de la revue Soin Pédiatrie et Puériculture auquel la psychologue a participé 

Extraits musicaux 

Morceau choisi par Marie Dosé : "La Marche Funèbre Des Enfants Morts Dans L'année" par Henri Tachan - Album : Une pipe à pépé (1997) - Label : Naive Jazz/world

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Morceau choisi par Maurween Veyret-Morau : "Mona Lisa" par Booba et JSX - Album : ULTRA (2021) - Label : Universal Music Distribution Deal

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Intervenants
  • Psychiatre spécialiste des traumatismes collectifs à l'hopital Avicenne de Bobigny (93)
  • Psychologue clinicienne, service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, hôpital Avincenne
  • Avocate au barreau de Paris
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......