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« Dans les rituels diplomatiques d’Amazonie, la violence contrôlée et mise à distance a toute sa place. » Emmanuel De Vienne / Ci-dessus, rite du peuple Yanomami (implanté au Venezuela et au Brésil).

Une approche anthropologique de la diplomatie

57 min
À retrouver dans l'émission

La dernière revue Terrain (n°73, Homo diplomaticus) révèle toutes les affinités entre diplomatie et anthropologie et laisse imaginer le profit à les considérer ensemble pour mieux relever les défis de notre monde si troublé. Nous en parlons avec Yves Saint-Geours, et Emmanuel de Vienne.

« Dans les rituels diplomatiques d’Amazonie, la violence contrôlée et mise à distance a toute sa place. » Emmanuel De Vienne / Ci-dessus, rite du peuple Yanomami (implanté au Venezuela et au Brésil).
« Dans les rituels diplomatiques d’Amazonie, la violence contrôlée et mise à distance a toute sa place. » Emmanuel De Vienne / Ci-dessus, rite du peuple Yanomami (implanté au Venezuela et au Brésil). Crédits : © LEO RAMIREZ / AFP - AFP

Peut-on imaginer démarches plus opposées que l’art diplomatique d’un côté et l’anthropologie de l’autre ? La première cherche à aplanir les différences, à arrondir les angles, tandis que la seconde cherche à les singulariser voire à les exaspérer. Pourtant, la dernière livraison de la revue Terrain intitulée Homo diplomaticus révèle toutes les affinités entre diplomatie et anthropologie et laisse imaginer le profit à les considérer ensemble pour mieux relever les défis de notre monde si troublé. Esprit de justice fait le pari de les rapprocher en faisant dialoguer un ancien ambassadeur, Yves Saint-Geours et Emmanuel de Vienne, anthropologue, qui a coordonné le numéro 73 de cette revue.   

Ce qui rejoint l'exercice diplomatique de l'exercice anthropologique, c'est cette question : comment construire du commun à partir de la différence ? En tant qu'humains, nous avons un commun communicatif qui nous permet une ouverture : c'est cette capacité à construire des modalités de communication avec un autre, alors qu'il n'y en a pas au départ. [...] Les anthropologues, comme les diplomates, finissent toujours par trouver des points d'accroche pour construire ces modalités de communication. Emmanuel de Vienne

Par son nom, le soft power est un des éléments fondamentaux de la diplomatie. Il n'est pas nouveau : en 1883, est créée l'Alliance française qui est un dispositif de culture et d'influence diplomatique. C'est une invention de soft power déjà assez ancienne. Le soft power est très important, on le voit dans la crise pandémique avec la Chine : il y a un problème de soft power chinois qui se pose. Yves Saint-Geours

Une des forces de l'anthropologie, c'est d'ouvrir, par la comparaison interculturelle, les imaginaires politiques, écologiques et la manière de se relier au vivant. Cette ouverture est possible grâce à la prise en compte et la prise au sérieux d'un rapport à l'autre et aux différentes conceptions du monde qui nous environnent. Emmanuel de Vienne

Je ne crois pas du tout à la fin de la diplomatie traditionnelle car on se rend compte que beaucoup de choses passent par la présence, l'écoute, les personnes, les codes, les signes : ce sont des choses tout à fait physiques. Yves Saint-Geours

Pour en savoir plus 

La page et les publications d'Emmanuel de Vienne (site du laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative). 

La page d'Yves Saint-Geours (site du Conseil Supérieur de la Magistrature). 

Les articles et références cités dans l'émission

- A propos de l'ouvrage, La chute du ciel, Paroles d'un chaman yanomami, (2010) de Davi Kopenawa et Bruce Albert (site du journal Le Monde).
- A propos de Philippe Descola cité pour son article "No politics please" (site Reporterre).
- L'article de Charles Stépanoff, "Une vie sans diplomate est-elle possible ?", dans la revue Terrain, anthropologie et sciences humaines.
- L'article de Rémi Dewière, "Le sultan de papier", dans la revue Terrain, anthropologie et sciences humaines.
- L'article de Di Wu, "Parler pour la Chine", dans la revue Terrain, anthropologie et sciences humaines. 

Choix musicaux 

Morceau choisi par Emmanuel de Vienne : "All is found" par Evan Rachel Wood - Album : Frozen 2 (2019) - Label : Walt Disney Records. 

Morceau choisi par Yves Saint-Geours : "Le Bœuf sur le toit" interprété par Leonard Bernstein - Album : Milhaud - Orchestral Works (1987) - Label : Warner Classics. 

Intervenants
  • Historien de l'Amérique latine et ancien ambassadeur de France à Brasilia
  • Chercheur à l'université Paris-Nanterre et au Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative
L'équipe
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