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Des moutons de race Soay, une espèce écossaise rustique, sont employés comme "tondeuses écologiques", à Lyon.

Pourquoi les moutons et les chèvres sont-ils de retour dans nos villes ?

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L’heure de la revanche a sonné : car depuis quelques années, ces animaux font leur grand retour parmi les urbains.

Des moutons de race Soay, une espèce écossaise rustique, sont employés comme "tondeuses écologiques", à Lyon.
Des moutons de race Soay, une espèce écossaise rustique, sont employés comme "tondeuses écologiques", à Lyon. Crédits : Jean-Philippe KSIAZEK - AFP

Nous pensions, que depuis longtemps, les moutons, les poules, les chèvres et les bovins avaient déserté nos villes. Et effectivement, le début du XXe siècle a vu peu à peu les animaux d’élevage se retirer des espaces urbains européens. Un retrait précipité par le développement de la chaîne du froid, par la réglementation sanitaire de plus en plus drastique, par la révolution des transports, les pressions foncières et l’intolérance croissante face aux nuisances sonores et olfactives… Pourtant, ces animaux jouaient jusque-là un rôle fondamental dans l’approvisionnement des citadins en lait et en œufs.

L’heure de la revanche a sonné : car depuis quelques années, ces animaux font leur grand retour parmi les urbains. Pas un retour en fanfare, mais un retour discret, harmonieux, généreux. Ainsi à Bourg-en-Bresse, dans l’Ain, où des moutons de Soay originaires d'Écosse, et des moutons d'Ouessant, vivent désormais dans le parc de loisirs, à proximité du parcours de golf. Ainsi que dans la prison, pour les moins fortunés, aux abords de la commune. À Besançon aussi, les élus ont opté pour le pâturage, afin de valoriser les collines autrefois dévolues à la vigne. Une convention a été passée avec un éleveur de chèvres. À Nanterre et à Lyon, également, sur les campus, des moutons s’exhibent sur les pelouses. A Paris, au cœur du bois de Vincennes, la ferme pédagogique accueille des vaches, des chèvres et des moutons. D’ailleurs, en 2020, une dizaine de ces derniers a été dérobée par des scélérats. Dans le même temps, les entreprises aussi, par souci d’engagement ou de communication, s’intéressent aux bêtes. En Isère, l’entreprise Calor est l’hôte honoré de 27 moutons et boucs qui broutent sur 17.000 m2.

L'"animalisation" des espaces urbains : une visée environnementale et sociale

Nous pourrions poursuivre cette inventaire encore longtemps. Évoquer par exemple les bovins et les chevaux de Grand Synthe, dans le Nord. Car la réintégration en ville de ces animaux d’élevage est structurelle. Claire Delfosse, professeur de géographie à l’Université Lyon 2, directrice du Laboratoire d’Études Rurales, nous explique que cette tendance de fond a d’abord une visée environnementale.

Alors ces animaux ne sont pas toujours accueillis de la même façon. Tantôt parqués, placés derrière des clôtures – c’est mieux lorsqu’ils sont en prison. Tantôt laissé à eux-mêmes, en liberté itinérante, en transhumance, surveillés par un berger et son chien fidèle. Comme à Nanterre. Et Claire Delfosse l’expliquait : la raison première de ce retour est écologique. Pour entretenir l’espace, préserver les sols, gérer les déchets verts, se substituer aux débroussailleuses et aux tondeuses, et limiter ainsi le bruit, la pollution.

Certains parlent même, à ce sujet, de "moutondeuses". Une tendance qui s’accélère depuis 2017, année de l’interdiction légale du recours aux pesticides pour les collectivités territoriales. Autre fonction, ensuite : une fonction alimentaire.

Et puis, troisième fonction : une fonction sociale, de cette "animalisation" des espaces urbains. En ville, les animaux sont devenus… des médiateurs. Comme l’explique Claire Delfosse, "les animaux sont considérés comme un facteur d’animation et d’éducation du public, voire contribuent à améliorer le tissu social." Parce que la présence d’animaux apaise, favorise la rencontre, la curiosité, parce qu’elle divertit, aussi, déconcerte, éblouit. Parce qu’elle est aussi, parfois, souvent, une présence rassurante…

Alors, et maintenant ? Permettez-moi de conclure sur les moutons, un animal qui m'attendrit particulièrement. Car qu'ils soient bibliques ou rabelaisiens, ils sont souvent mal considérés, à la fois réduits et augmentés par leur troupeau. En les accueillant, proposons-leur une troisième voie: ni tondeuses, ni tondus.

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