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Eduquer pour une sexualité librement choisie

Comment parler de sexualité avec son ado sans tabous ni clichés ?

57 min
À retrouver dans l'émission

Libérez l'éducation sexuelle ! À l'occasion de la publication du livre «Le sexe et l'amour dans la vraie vie» de Ghada Hatem- Gantzer et Clémentine Du Pontavice, on questionne aujourd'hui la vie sexuelle des adolescents et la juste manière de l'aborder avec eux, sans tabous ni clichés.

Eduquer pour une sexualité librement choisie
Eduquer pour une sexualité librement choisie Crédits : bortonia - Getty

Comment parler de l’éducation sexuelle des ados dans la vraie vie ? «Dans la vraie vie» : cette expression vient du titre du livre dont il est question : Le sexe et l’amour dans la vraie vie, signé Ghada Hatem- Gantzer, gynécologue et fondatrice d’un lieu important, La Maison des femmes de Saint Denis ; et Clémentine du Pontavice,co-autrice et illustratrice de l’ouvrage, dans lequel elle représente des sexes masculins et féminins comme de petits personnages sympathiques.

La sexualité dans la «vraie vie», c'est quoi ?

La vraie vie, il faut dire qu'elle manque un peu à l’heure des confinements qui empêchent les rapprochements et isolent une partie des adolescents et des étudiants. Enfin, «vraie vie» s’entend ici comme opposée aux clichés, stéréotypes et discours imposant des normes et des dominations dans les relations, ainsi qu’à une sexualité idéalisée qui complexe et nous coupe de nos véritables désirs.

S'informer sur la sexualité quand on a 12, 16 ou 20 ans

Nous verrons comment les sites (pornographiques, mais pas seulement), communautés numériques et réseaux sociaux ont fait évoluer l’accès à l’information et les discours sur le sexe. Yaëlle Amsellem-Mainguy, chargée de recherche à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), s’est penchée sur la question dans un ouvrage : Les jeunes, la sexualité et internet (François Bourin, 2020).

Protéger les jeunes des violences sexuelles

Enfin, nous avons trouvé intéressant de situer cette émission entre la journée internationale des droits de l’enfant, il a 3 jours, et le 25 novembre 2020, jour des luttes contre les violences faites aux femmes. Parce que l’éducation sexuelle, c’est aussi le droit d’être informé et celui d’être protégé en tant qu’enfant, qu’adolescent puis adulte, de violences sexuelles dont on connait la triste banalité. 

L’ambition de nos invitées serait donc de conjuguer l’élaboration d’une vision positive et libre de la sexualité et la prévention des violences,les ingrédients d’une véritable libération sexuelle.

Les usages d'internet influencent la sexualité

Internet croise en permanence la sexualité des jeunes et des moins jeunes, rappelle Yaëlle Amsellem-Mainguy.

Internet et les reseaux sociaux ont permis aux femmes de prendre de la place et la parole en matière de sexualité. Yaëlle Amsellem-Mainguy

On a des témoignages de parents qui nous disent heureusement que mon enfant est venu me voir après avoir vu quelque chose sur Internet qui l’a troublé ; il faut savoir guetter un éventuel malaise et en parler avec son enfant. Ghada Hatem-Gantzer

Tous les jeunes n’accèdent pas à tous les contenus, mais une grande partie des jeunes va se réferer à des youtubers ou des instagrameurs qui leur parlent avec leurs propres mots. Yaëlle Ansellem-Mainguy

Il y a une grande différence entre les photos qu’on a décidé d’envoyer ou de recevoir, et les autres. Yaëlle Amsellem-Mainguy

Depuis toujours, il aurait fallu que les parents répondent aux questionnements de leurs enfants ; mais aujourd’hui avec Internet, c’est tout le temps. Ghada Hatem-Gantzer

Représenter le sexe et les sexes

On sait très mal représenter le sexe, notamment feminin, explique Clémentine du Pontavice.

En représentant le sexe féminin, on apprend comment il est fabriqué et c’est essentiel. Clémentine du Pontavice 

J’ai aimé découvrir qu’il y avait des similitudes entre les deux sexes en les dessinant. Clémentine du Pontavice

Inégalités et domination 

Selon Yaëlle Amsellem-Mainguy, toutes les inégalités trouvent leur source dans cette idée que les hommes ont des besoins sexuels biologiques à assouvir. 

Les violences conjugales ne parlent pas aux jeunes. Il faut vraiment accompagner les jeunes filles vers cette parole là. Ghada Hatem-Gantzer

Les filles parlent plus difficilement en classe. Les garçons leur confisquent plus la parole, et on avait peut-être à cœur de réparer ce biais avec ce livre sans le savoir. Ghada Hatem-Gantzer

Une fille a le droit d’aimer faire l’amour sans être une pute. Clémentine du Pontavice

Les différences entre les générations 

Quand j’étais jeune on ne parlait jamais de sexualité de cette manière là, dit Clémentine du Pontavice.

Si le mot clitoris est plus accessible aujourd’hui, il y aura peut être plus de femme avec une sexualité épanouie et consentante. Yaëlle Amsellem-Mainguy

De la légèreté pour communiquer avec les ados 

Je pense que l’humour et la légèreté, c’est ce qui nous permet d’entrer en communion avec les ados dans les classes. Cela permet d’instaurer un climat de confiance. Ghada Hatem-Gantzer

Le message qu’on avait envie de faire passer aux ados, c’est que la sexualité c’est quelque chose de joyeux quand c’est fait avec respect. Clémentine du Pontavice

De l'importance d'éduquer les jeunes à la sexualité

Il faut détricoter les stéréotypes et ce dès le plus jeune âge, rappelle Clémentine du Pontavice.

Il faut commencer à lutter contre le sexisme dès le plus jeune âge : d’un côté éduquer les garçons au respect, et de l’autre, les filles au respect d’elles-mêmes. Ghada Hatem-Gantzer

Pour lutter contre les «forceurs», il faut une éducation qui commence à la maison et qui continue à l’école. Ghada Hatem-Gantzer

Il faudrait que ce livre soit disponible dans les bibliothèques et les CDI. C’est aussi un livre que les parents peuvent acheter pour eux afin de trouver des clefs pour communiquer avec leur enfant. Clémentine du Pontavice

Je pense que tout est lié aux représentations. Il faut revoir toutes les représentations dans les films, à la télé, dans les journaux, et détricoter les stéréotypes depuis le berceau jusqu' à la maison de retraite. Clémentine du Pontavice

Intimité et confiance

La confiance est un maitre mot dans la question de l’intimité selon Clémentine du Pontavice.

La sexualité, c’est le lieu de l’intime. Et l’intime, c’est là où il y a parfois de la fragilité. Clémentine du Pontavice 

La construction de l’intimité va permettre de voir ce qu’on partage ou pas avec ses amis, et c’est justement ce qui va aider à définir les frontières de l’intime. Clémentine du Pontavice 

Pour aller plus loin

Illustrations sonores de l'émission

  • Fever, Dua Lipa et Angèle (2020) ;
  • Extrait de la série Sex Education de Laurie Nunn, diffusée sur Netflix ;
  • Extrait de l'intervention Le vagabondage de l'esprit par l’instagrameuse Amal Tahir sur Brut ;
  • Fever, Peggy Lee (1958).
Intervenants
  • Gynécologue-obstétricienne, fondatrice de La Maison des Femmes de Saint-Denis
  • Chargée de recherche à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), associée au CERLIS et à l’INED (unité Genre, sexualité, inégalités)
  • Illustratrice et autrice
L'équipe
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