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Avoir 20 ans en 2021 : quel avenir pour les jeunes ?

Quel futur pour la "génération Covid" ?

57 min
À retrouver dans l'émission

Alors que les étudiants devront encore attendre au moins plusieurs semaines la réouverture des universités, Etre et savoir s’interroge sur le destin d’une génération… Les jeunes seront-t-ils durablement marqués par la pandémie et ses effets sur l’organisation de la société ? Et comment ?

Avoir 20 ans en 2021 : quel avenir pour les jeunes ?
Avoir 20 ans en 2021 : quel avenir pour les jeunes ? Crédits : Francesco Carta fotografo - Getty

La jeunesse serait le moment où se dessine notre rapport au monde, à l’amitié, à l’amour, à la politique et où se font des expériences, qui parce qu’elles sont les premières, nous marquent d’une manière spéciale. Que va donc signifier avoir eu 20 ans, un peu moins ou un peu plus, au moment où une pandémie a transformé le quotidien de toute la société et pendant lequel l’organisation des études a été totalement bouleversée - et dont découlera une crise économique dont les plus fragiles, parmi lesquels les jeunes entrant dans la vie active, paieront le prix fort ?

Dans un pays où les diplômes obtenus entre 18 et 25 ans sont décisifs, les étudiants d’aujourd’hui porteront-ils les stigmates de cette époque ? Et la manière dont ils envisagent l’avenir, individuellement et collectivement, va-t-elle s’en trouver définitivement transformée ? D’ailleurs, parler de l’avenir devrait-il faire partie de l’enseignement ? Nous entendrons que la question est aujourd’hui posée.

Nous parlerons donc d’avenir en ce début d’année avec la sociologue de l’éducation et maître de conférences à l'Université de Picardie-Jules Verne Annabelle Allouch et la psychiatre et cheffe de service au Relais Étudiants-Lycéens de Paris à la Fondation Santé des Etudiants de France Dominique Monchablon, et nous nous demanderons au passage si être optimiste est encore envisageable en 2021 et ce qui peut encore s’inventer comme rapport à l’avenir et comme éducation avec et malgré les difficultés liées à la pandémie. Vous entendrez également les interventions pré-enregistrées d'Alice Raybaud, journaliste pour la rubrique Campus du Monde et du journaliste Benjamin Leclercq.

Un âge sensible

Les étudiants sont dans une période de construction qui les rend doublement fragiles face à l'incertitude du moment.

Dans une periode marquée par l'incertitude, le fait d’être jeune ne peut qu’amplifier cette incertitude, on est moins armé en tant que jeune adulte ou adulte en devenir. Annabelle Allouch

A ces âges on est dans un moment de construction de soi, c’est le temps des premières experiences et c’est d’autant plus déceptif quand tout se met en pause, les projets de vie, les rencontres, une insertion professionnelle. Alice Raybaud

Angoisse et projections de la société 

Il y a quelque chose de l’ordre de la projection de la société de l’angoisse sur les jeunes explique Annabelle Allouch.

Il y a une forte charge projective de la part des adultes, des parents, des enseignants sur les etudiants. Il y a un investissement très fort sur la jeunesse. Dominique Monchablon

Le point de départ de ma recherche sur l’angoisse c’est parcoursup, j’ai vu émerger l’angoisse des élèves et de leurs parents face à ce nouvel algorithme. Annabelle Allouch

De l'anxiété à la dépression 

Au deuxième confinement on relève une nette tendance à la démotivation voire à la dépression. 

Durant le premier confinement la modalité globale a été plutôt l’anxiété alors que dans le deuxième on a relevé une baisse de l’anxiété mais une augmentation du découragement, des troubles du sommeil, qui ressemblent plus à un fléchissement dépressif. Dominique Monchablon

Le premier confinement a généré une forme de perplexité et beaucoup de stress, un sentiment de délaissement aussi parfois, avec le deuxième confinement les étudiants ont le sentiment qu’ils seront les derniers à retourner en cours quand les parents retournent parfois travailler et que les frères et soeurs sont à l’ecole. Alice Raybaud

Le nombre de suicide a diminué pendant le premier confinement car il y a eu une restructuration du lien familial qui s'est malheureusement depuis relâché. Dominique Monchablon

Le covid comme révélateur 

On ne peut penser le Covid hors du contexte qui le précédait analyse Annabelle Allouch.

Le covid a seulement révélé des logiques institutionnelles ou un rapport aux études qui etaient déjà là avant. La question mentale à l'université n’est pas seulement liée au Covid. Annabelle Allouch

Il y a une injonction à la compétition qui se trouve accentuée par le Covid mais qui le précédait. Annabelle Allouch

Le Covid a révélé l’insuffisance des prises en charge de la santé mentale des étudiants, il y  a un cumul de facteurs de stress présents depuis 15 ans associés à la difficulté du contexte économique. Dominique Monchablon

Des inégalités 

Si l'on retrouve des angoisses communes chez les étudiants, tous ne sont pas armés de la même façon pour y faire face.

L’angoisse est très présente pour ceux qui arrivent sur le marché du travail, moins pour ceux qui débutent leur cursus ou qui en sont au milieu. Dominique Monchablon

On a parlé dès le départ des inégalité accentuées entre les étudiants, mais on peut tout de même observer un impact significatif pour tous, même chez ceux qui sont dans les meilleures conditions. Alice Raybaud

Les conséquences à long terme 

Selon Dominique Monchablon il faut rester humble quand on fait des projections sur l’avenir.

Pour ce qui est des conséquences à long terme je ferais une distinction entre les différents étudiants, certains sont dans une grande précarité. Annabelle Allouch

Ce qui va changer pour cette génération d’étudiants à mon avis c’est cette lecture sombre du monde social et de la représentation du travail. Annabelle Allouch

A titre personnel je resterai très optimiste pour la jeunesse étudiante, car elle a de grandes capacités d’adapation. Dominique Monchablon

Une vie d’étudiant c’est déjà une vie de frustration et ils ont des outils cognitifs pour comprendre, des capacités de sublimation. Dominique Monchablon

Enseigner le futur 

Amener les élèves à parler du futur c’est c’est une expérience démocratique, explique Benjamin Leclercq.

Les formations de hauts fonctionnaires ont dans leur cursus depuis les années soixante de la prospective et de la gestion des risque qui amènent les étudiants à anticiper le futur. Annabelle Allouch

Le but n’est pas d’enseigner de manière verticale le futur, mais de proposer une posture d’enquêteur et d’imaginateur, des compétences un peu dénigrées qu’il faudrait réhabiliter à l’école. Benjamin Leclercq

Laisser les élèves parler du futur c’est leur donner la parole, c’est aussi réouvrir une porte d’espoir à l’heure ou les discours sont dramatiques. Benjamin Leclercq

Retrouvez l'article de Benjamin Leclercq du 18 décembre 2020 dans Usbek et Rica : Et si on enseignait le futur à l'école ? 

Lien vers la page de présentation du numéro Angoisse de la revue Tracés sur le site des éditions de l'ENS.

Lien vers l'article d'Alice Raybaud dans le Monde du 25 novembre 2020 : "Quand le prof parle, j’éteins ma caméra et je fais ma vaisselle".

Illustrations sonores :

  • Extrait du journal de la rédaction de 7h sur France Culture : interview d'Alexis, étudiant, et d'Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur à l’université de Nantes,  propos recueillis par Laurine Benjebrilla.
  • Gerry and the Peacemakers, You'll never walk alone (1963).
Intervenants
  • maître de conférences en sociologie à l'université de Picardie-Jules Verne, spécialisée dans les questions d'éducation
  • Journaliste
  • Psychiatre et cheffe de service au Relais Étudiants-Lycéens de Paris à la Fondation Santé des Etudiants de France
  • journaliste éducation au Monde
L'équipe
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