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Parcoursup : machine à angoisses ?

L'épreuve Parcoursup a-t-elle supplanté le bac ?

57 min
À retrouver dans l'émission

Les procédures d'affectation dans le supérieur semblent avoir pris plus d'importance que le baccalauréat : quel est le sens de cette orientation ?

Parcoursup : machine à angoisses ?
Parcoursup : machine à angoisses ? Crédits : Klaus Vedfelt - Getty

Les épreuves du bac débuteront jeudi matin, avec la philosophie. Le Grand oral se déroulera lundi prochain, le 21 juin… Mais de toute façon le contrôle continu représentera 82% de la note finale.Ce qui a préoccupé, préoccupe, préoccupera les élèves c’est plutôt Parcoursup… 

En effet leur avenir dépend davantage des réponses obtenues sur la plateforme d’orientation dans le supérieur que de leurs notes à l’examen – on remarquera que les 2 calendriers se superposent : les premières remontées de Parcoursup sont arrivées fin mai, une 2 ème manche commence mercredi et les réponses définitives arriveront le 16 juillet, 10 jours après les résultats du bac… Une certaine école de la patience pour les candidats qui attendent, ignorent s’ils pourront ou non suivre la formation de leur choix et/ou se demandent s’ils devraient renoncer à leurs véritables souhaits pour obtenir une place quelque part...

De plus, en France, les études et diplômes auxquels on accède de manière trop inégalitaire, ont une importance prépondérante dans l’accès à l’emploi, la carrière et les revenus… Ce qui se joue avec Parcoursup est ainsi logiquement perçu comme décisif.

Enfin, avec le jeu des choix et des réponses, le moment Parcoursup représente un stress certain, dure longtemps et interroge : sa finalité ne dépend pas seulement des notes mais surtout d’un algorithme qui inclut dans sa formule tous les autres élèves, le nombre de places dans les différentes filières et écoles…  Et les critères de ces établissements. Bref, pour les candidats, une équation a beaucoup d’inconnus…

Alors Parcoursup a-t-il remplacé le bac, comme passage, transition et mise à l’épreuve ? Il semblerait bien que oui ! Les élèves s’y retrouvent-ils ? Nous ouvrons le débat avec nos invités : Claire Mathieu, mathématicienne, directrice de recherche en informatique au CNRS au sein de l’Institut de recherche en informatique fondamentale (IRIF) et co-créatrice de l'algorithme Parcoursup ; Frédérique Weixler, Inspectrice Générale de l’Education, du Sport et de la Recherche, ancienne conseillère en charge de l'orientation en cabinet ministériel et autrice de L'orientation scolaire - Paradoxes, mythes et défis (Berger-Levrault, 2020) ; Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication (Université de Nantes) et auteur du blog Affordance.info, et Manuel Canévet, consultant en stratégie de communication (agence Canévet et associés) et spécialiste de l’enseignement supérieur.

Dysfonctionnement et désintermédiation 

On est dans un dysfonctionnement manifeste qui va à l’encontre du principe de départ du système, analyse Olivier Ertzscheid.

Depuis le collège on habitue les familles à avoir affaire à des plateformes sans interlocuteurs, c’est ce que j’appelle la désintermédiation. Olivier Ertzscheid

L’épreuve après Parcoursup, ça va être la réorientation après la première année dans le supérieur, on est en train de créer des problèmes plus que des solutions. Manuel Canévet

Il y a assez peu d’études sur le retour et le ressenti des étudiants. Manuel Canévet

La question des inégalités 

Le problème de la reproduction des inégalités du système scolaire français est ancien, il ne date pas de Parcoursup, selon Frédérique Weixler.

Si on veut vraiment une égalité parfaite, il faudrait faire quelque chose où il n’y aurait aucun choix. Claire Mathieu

Je ne suis pas inquiet pour les très bons élèves, ce sont toujours les mêmes qui s’en sortent, il y a des stratégies de contournements et de réorientation. Manuel Canévet

Dans la mesure où la plateforme multiplie les choix, cela avantage ceux qui sont très renseignés. Claire Mathieu

Violence des chiffres, manque de temps et de moyens

Parcoursup c’est le chiffre, tout est rythmé par des chiffres de techniciens qui tuent le désir des lycéens et ne disent rien d’un parcours universitaire ou d’une vocation, explique Manuel Canévet.

En pleine préparation du bac tombe le verdict Parcoursup initial, il faut écouter la violence symbolique des chiffrages, comment construire un projet sur ces chiffres-là ? Olivier Ertzscheid

Du côté des enseignants on a le sentiment d’une grande complexification : on a un gonflement artificiel des choix ou plutôt des non choix d’orientation, et c’est de plus en plus chronophage de les traiter. Olivier Ertzscheid

Rien ne remplacera jamais l’examen minutieux d’un dossier. Olivier Ertzscheid

L’université en questions

On s’aperçoit que le gouvernement a installé l’idée que toutes les filières universitaires sont valorisées par défaut, déclare Olivier Ertzscheid.

Tout est dans les moyens qu’on met dans l’enseignement supérieur, le problème Parcoursup il est là, c’est un problème dont on ne parle pas assez. Manuel Canévet

Parcoursup c’est un vrai problème pour l’enseignement supérieur : on a de l’excellence d’un côté et de l’autre Parcoursup qui va à l’encontre de l’envie, du désir des vocations, et les deux sont inconciliables. Manuel Canévet

Accompagnement et transparence 

Pour accroître la confiance des candidats il faudrait faire un effort de transparence, analyse Claire Mathieu.

Ma réponse face à cette méfiance vis-à-vis des algorithmes, c’est la connaissance, l’explication, Claire Mathieu

C’est quand même l’élève qui choisit à la fin, la demande des participants c’est qu’on les accompagne et qu’on leur donne la capacité de prendre des risques. Frédérique Weixler

Le marché du coaching privé

Chacun relève le développement du coaching privé, qui participe aux inégalités.

La compétition avec des coachings pour les conseillers d’orientation a toujours existé. Frédérique Weixler

Il y a un véritable marché du coaching privé à la formation qui se construit sur la mise à mort programmée des anciens services d’orientation. Olivier Ertzscheid

Retrouvez le podcast Flou sur Parcoursup, sur la page du CIDJ (Centre d'Information et de Documentation Jeunesse).

Lien vers la page d'accueil Parcoursup.

Retrouvez l'étude IPSOS Opinion des néo bacheliers sur Parcoursup (sept. 2020).

Lien vers l'article du Monde du 09/06/21 : Comment Parcoursup refaçonne la sélection à l’entrée des grandes écoles.

Illustrations sonores :  

  • Vampire weekend, "Campus"
  • L’Impératrice, "Fou"
  • Extrait d’un reportage sur Sirine, lycéenne, et sa mère (TF1, 14 juin 2021)
  • Extrait du podcast Flou sur Parcoursup (CIDJ/Youtube).
Intervenants
  • Inspectrice Générale de l’Education Nationale et ancienne conseillère en charge de l'orientation
  • directrice de recherches au CNRS en informatique
  • Consultant en stratégie de communication, agence Canévet et associés, spécialiste de l’enseignement supérieur
  • Maître de conférences et chercheur en Sciences de l'information et de la communication à l’Université de Nantes, auteur du blog Affordance.info
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