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Les enfants, victimes de la mode?

La mode – apprendre à s’habiller, montrer qui on est

58 min
À retrouver dans l'émission

Paraître et place du vêtement dans l’éducation.

Les enfants, victimes de la mode?
Les enfants, victimes de la mode? Crédits : Sirinapa Wannapat / EyeEm - Getty

Dès le départ, choisir les vêtements ; body, pyjamas, gilets… Pratiques, jolis, pas chers, sélectionnés avec soin ou récupérés. Puis, très vite, il faut s’occuper de racheter, donner, jeter, garder pour d’autres au fur et à mesure que l’enfant grandit, et puis un jour arrive un refus, une demande : il ou elle veut choisir ses vêtements.

C’est le début d’une grande ou petite histoire, celle que chaque individu entretient avec sa manière de s’habiller, de se présenter aux autres, d’y faire attention ou de n’en avoir rien à faire, de suivre les modes ou de s'en défier – on en parle au moment où se déroule les défilés de mode Féminine (du lundi 24 février au mardi 3 mars 2020).

D’ailleurs, faut-il dire aux enfants que "l’habit fait l’homme", pour citer Erasme ? Ou penser avec le poète Henri Michaud que "l’habillement d’un peuple en dit beaucoup plus long sur lui que sa poésie (…)" et que "l’habillement est une conception du monde qu’on porte sur soi"?

Au contraire, faudrait-il mettre en garde nos enfants contre une mode qui fait des victimes ? Ces victimes sont surtout celles qui fabriquent les vêtements à bas coûts et l’environnement, en effet, on ne peut plus l’ignorer : l’industrie textile est une des activités humaines les plus polluantes.

Nos invités, spécialistes de la mode, journaliste et historiens se sont tous interrogés sur la meilleure manière d’aborder toutes ces questions en s’adressant aux enfants, aux adolescents, et aux parents.

Avec :

  • Jennifer Thiault, ancienne chargée de mission pour le design et la mode au ministère de la Culture et auteure de Tous pareils ? Mode et liberté (Gallimard-jeunesse, 2019).

J'avais envie dans ce livre de dire aux adolescents que les questions qu'ils peuvent se poser sont intéressantes et ne concernent pas seulement leur corps, qu'elles ont aussi passionné des penseurs et des philosophes depuis des siècles. 

Je pense que les vêtements, comme la musique, parlent un langage qui peut former une sous-culture, une tribu. 

Avec le vêtement l'enfant est autorisé à se distinguer, mais le parent derrière se distingue à travers son enfant. 

L'histoire du sportswear est une très belle histoire, qui a à voir avec l'émancipation du corps et des nouvelles pratiques. 

La fast fashion devient un objet de réflexion pour les jeunes eux-mêmes, Jennifer Thiault.

  • Nicolas Coutant, directeur adjoint du MUNAE (Musée national de l'Education).

L'école est un lieu important qui a une relation particulière avec le vêtement. Le vêtement peut être perçu comme futile dans un lieu d'apprentissage mais c'est un lien entre enfants et avec l'institut, qui établit des règles. 

Je pense que la proximité physique du vêtement que l'on porte dit beaucoup de son succès actuel dans les expositions. 

Les vêtements anciens que l'on récolte disent beaucoup sur la manière dont le corps de l'enfant est sollicité dans le milieu scolaire. 

On ne peut pas dire que l'uniforme n'a jamais existé mais je pense qu'on confond deux choses : l'uniforme et la blouse, qui a une fonction de protection, Nicolas Coutant.  

  • Solène Chardronnet-Setton, rédactrice en chef adjointe du Monde des ados et auteure principale de la revue Ramdam.

Jusqu'ici il n'y avait que la question du portefeuille, aujourd'hui il y a aussi la question de l'écologie qui entre en jeu.

Le vêtement exerce aussi une pression sur les ados, il y a comme une quête d'excellence qui peut s'avérer dangereuse car les jeunes ont une certaine difficulté à trouver la bonne distance avec les codes, Solène Chardronnet-Setton. 

  • Sophie Lemahieu, historienne de la mode et enseignante en histoire de la mode à l'Ecole du Louvre, et co-auteure de Histoire des modes et du vêtement, dirigé par Denis Bruna et Chloé Demey (Textuel, 2018).

L'après-guerre a vraiment marqué une rupture, à partir des années 50/60 on va vraiment avoir une génération de jeunes qui vont avoir envie de se démarquer de leurs parents et de s'habiller en fonction de leurs envies. 

Pour les adultes aussi on aura des lois sanctuaires dans la mode, il est donc logique que cela se retranscrive chez les enfants. 

C'est sans doute dans la mode enfantine qu'on réfléchit le plus au confort, l'enfant doit pouvoir jouer et bouger dans tous les sens, Sophie Lemahieu.  

  • Aude Le Guennec (pré-enregistrée), historienne de la mode spécialisée dans l’histoire de la mode enfantine,  Director of Fashion Studies (Heriot-Watt University, School of Textile and Design, UK).

Le vêtement d'enfant peut apprendre la société, le monde dans lequel on vit, à travers des moments où l'enfant va changer de tenue il intègre la morale sociale.

De plus en plus on va essayer de travailler sur des collections durables et éco-responsables, on invite les enfants à être responsables de ce qu'ils portent et à avoir un vrai lien avec leurs vêtements, Aude Le Guennec.

Retrouvez l'exposition Harper's Bazaar - premier magazine de mode au Musée des Arts Décoratifs du 28 février au 14 juillet 2020.

Illustrations musicales :

  • "Je vends des robes", Nino Ferrer
  • Extrait de l'émission télévisée "Les Reines du shopping" (M6).
  • "Rondo parisiano", Something à la mode.
  • "Je dirai plus je t'aime", Jul.
  • "Victime de la mode", MC Solaar.

Pour aller plus loin : 

La leçon de choses de Sophie Bober :

Avec l'écrivain Olivier Adam, à l'occasion de la parution de son dernier roman Une partie de badminton (Flammarion) et La Tête sous l'eau (Libra-Flammarion).

Chroniques

17H50
5 min

La Leçon de choses

Olivier Adam : "Je cultivais mes tourments"
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