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Quelle éducation à l'heure du Covid ?
Épisode 2 :

L'air, l'espace, la lumière : repenser l'école pour mieux y vivre

59 min
À retrouver dans l'émission

Alors que les écoles tentent tant bien que mal d'accueillir le maximum d'élèves tout en respectant les règles sanitaires imposées suite à l'épidémie de Coronavirus, la crise peut être l'occasion de repenser l'espace de l'école pour mieux y vivre ensemble.

Quelle école pour demain ?
Quelle école pour demain ? Crédits : tunart - Getty

L'école est un lieu de vie, c'est justement pour cette raison que les établissements scolaires ont fermé comme tous les autres espaces collectifs le 16 mars dernier et qu'un protocole sanitaire rigoureux a été mis en place en mai au moment de sa réouverture partielle pour ne pas risquer d'y faire circuler à nouveau le coronavirus... et c'est aussi pour cela que le débat autour de l'allègement de ce dispositif occupe tant les esprits aujourd'hui.

Faire des établissements scolaires des lieux qui tiennent compte de la place des corps, de l'hygiène et de la santé est devenu central dans le contexte post épidémique. Mais c'est d'abord un sujet de premier plan dans la conception des écoles et leur aménagement jusqu'aux années 50. C'est ce que nous rappelle l'exposition Bâtir l'école qui se tient jusqu'au 30 août au Musée d'histoire urbaine et sociale de Suresnes en banlieue ouest de Paris (précisons au passage que Suresnes est la ville d'Henri Sellier, le père des cités jardins en France dans les années 20 et 30, et possède un patrimoine urbain et scolaire notable justement mis en valeur dans le musée).

Précisons également que c'est un article signé Sibylle Vincendon, pour Libération, qui nous a incités à nous rendre sur place et nous a donné l'idée d'évoquer aujourd'hui cette histoire du bâti scolaire qui est aussi une histoire de la santé, de la propreté, du bien-être et de la place accordée à la nature au profit des enfants. Bien entendu nous allons également parler au présent, puisque au-delà de l'actualité liée au Covid 19 et à l'organisation du retour à l'école, localement de nombreux projets visent à repenser l'espace scolaire et ses usages, en particulier dans une perspective d'attention à l'environnement et l'écologie.

AVEC : 

  • Cécile Rivière, adjointe à la directrice en charge de la communication et des partenariats au MUS (Musée d'Histoire urbaine et sociale) de Suresnes, co-commissaire avec Morgane Menad de l'exposition "Bâtir l’école, architecture et pédagogie 1830-1939" jusqu'au 30 août 2020.

Il y a eu des premiers ouvrages réalisés pour les architectes afin qu'ils conçoivent des écoles, notamment celui d'Auguste Bouillon qui dès 1834 indique très précisément la taille des salles de classe, des couloirs, des préaux, des sanitaires...

Dans les années 20 des groupes scolaires dits "écoles de plein air" ont émergé mais c'étaient des écoles dédiées aux élèves tuberculeux dans lesquelles il y avait une pédagogie toute particulière, et où il y avait tout un travail qui était fait sur l'hygiène. 

Dans les premiers règlements les fenêtres étaient assez hautes pour éviter que les enfants soient distraits par les vues extérieures, et petit à petit au début du XXe siècle les architectes ont pris certaines libertés et ont crée des grandes fenêtres avec la possibilité pour les enfants de voir à l'extérieur et parfois de pouvoir s'évader le temps d'une leçon.

Je pense qu'après cette crise on va peut-être plus prendre soin des espaces dédiés à la propreté ou à la récréation.

  • Régis Ferracci, directeur d'une école maternelle dans les Alpes-Maritimes.

J'étais heureux de refaire vivre la maison école pour accueillir dans un premier temps les élèves prioritaires, dans un cadre très strict et très défini, mais en ayant toujours la volonté de garder le coeur du métier qui est l'enfant et la relation à l'enfant.

J'ai la chance d'enseigner dans un bâtiment assez exceptionnel, les critères que nous avions mis en avant lors du choix des projets des architectes, c'était bien sûr la sécurité du bâtiment, mais également la circulation des élèves dans l'établissement, des grands espaces qui permettent aux enfants de se retrouver mais aussi parfois de s'isoler, et beaucoup de lumière. 

Nous voulions une école bio-climatique, avec des toitures végétalisées pour diminuer la chaleur, et nous disposons d'un puit provençal, c'est à dire d'une ventilation naturelle pour refroidir ou réchauffer toutes les pièces de l'école d'une manière tout à fait naturelle.

Je cite toujours la Déclaration des droits de l'enfant qui dit que l'humanité se doit de donner à l'enfant le meilleur d'elle-même, donc si elle doit donner le meilleur à un moment donné le côté financier doit un peu s'estomper. C'est une décision pour l'avenir, quand on construit mal des écoles c'est pour 30-40 ans, et en terme d'entretien cela représente aussi un coût.

  • Julien Cahon, historien de l’éducation à l’université de Picardie Jules Verne. 

Il y a un héritage assez lourd de la conception architecturale des lieux d'hygiène de ces bâtiments scolaires, un héritage du XIXe siècle où dans les collèges et les lycées par exemple on n'entendait pas faire de ces lieux des lieux de sociabilité voire de dépravation : il fallait tout faire pour que les élèves puissent y rester le moins longtemps.

Le terme d'établissements "casernes" ou d'établissements "prisons" revient avec force dans les années 60, c'est aussi une époque où on dénonce l'uniformité et le gigantisme des constructions scolaires industrialisées, mais c'est en réalité une critique qui est très ancienne. 

Les paysagistes ont désormais toute leur place dans la manière de réfléchir et de penser les futurs établissements.

Dans les années 60-70, c'est l'époque des constructions industrialisée et de la massification du second degré, en quelques années le nombre d'élèves double dans les lycées,  il y avait donc un défit démographique très important à relever et l'Education nationale devait construire beaucoup et à moindre coût. 

Le problème de l'amiante est un problème relativement méconnu du grand public, or on estime que 85% des établissements scolaires sont susceptibles d'en contenir aujourd'hui. 

Les écoles et les bâtiments scolaires ont toujours représenté un investissement financier très important. L'état en réalité a toujours participé par le biais de subventions à la construction des écoles. 

Après cette crise c'est une nécessité pour l'école de changer mais ce sera forcément un processus à moyen ou même à long terme. L'Histoire nous a montré que la question des constructions scolaires est un processus très long et que l'évolution du bâti scolaire est indissociable de celle des contextes sociaux et culturels.

Retrouvez l'article de Sibylle Vincendon dans Libération (28 mai 2020) : Architecture des écoles : aux grands maux les modèles oubliés.

Decouvrez l'exposition Bâtir l'école au MUS de Suresnes.

Lien vers le site de l'association Urgence Amiante Ecoles.

Retrouvez la plateforme Archi Classe.

Illustrations sonores :

  • "Tender love", Mounika.
  • "End come too soon", Wild Beasts.

La leçon de choses de Sophie Bober :

"Et si le sens du suspense naissait dans l’enfance ?" Retour sur une jeunesse à la fois cultivée et inquiète avec Julia Deck, auteur de Propriété privée, paru juste avant la crise du Coronavirus (Editions de Minuit).

Chroniques

17H00
5 min

La Leçon de choses

Julia Deck : "Qui me rassurait, enfant ? Bonne question…"
Intervenants
  • Adjointe à la directrice en charge de la communication et des partenariats au MUS (Musée d'Histoire urbaine et sociale) de Suresnes
  • Directeur d'une école maternelle dans les Alpes-Maritimes
  • Historien de l’éducation à l’université de Picardie Jules Verne
L'équipe
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