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 Léopold Chauveau (1870-1940) Paysage monstrueux, n°55

Voyage au pays des monstres

57 min
À retrouver dans l'émission

Créations de notre imaginaire ou issues de la mythologie, expression de nos angoisses intimes ou collectives, monstres gentils ou créatures terrifiantes, les monstres fascinent de la même façon petits et grands. Mais que disent-ils de nous ? Et en quoi nous sont-ils nécessaires ?

 Léopold Chauveau (1870-1940) Paysage monstrueux, n°55
Léopold Chauveau (1870-1940) Paysage monstrueux, n°55 Crédits : Léopold Chauveau

Quand et pourquoi le monstre est-il devenu une figure centrale de la littérature enfantine ?

C’est une question que nous allons nous poser aujourd'hui car vous l’avez-vous peut-être vous aussi remarqué, les albums jeunesse sont littéralement emplis de monstres… Des monstres qui, au contraire de ceux que l'on peut croiser dans la vie, se reconnaissent au premier coup d’œil et ne sont pas systématiquement méchants... Et d’ailleurs, les enfants et les artistes ne partagent-ils pas des affinités avec ces créatures protéiformes, hybrides et surtout…délicieusement affreuses ?

L’exposition que le musée d’Orsay a décidé de consacrer à l’artiste Léopold Chauveau nous offre une occasion de réfléchir à cela en contemplant les monstres sculptés et dessinés par celui qui fut d’abord médecin, puis écrivain. Un artiste qui illustra aussi l’Ancien Testament et les Fables de La Fontaine. La scénographie est pensée pour les enfants et les adultes et rend aussi hommage à d’autres créateurs de monstres bien connus des enfants : ceux de Maurice Sendak, Tomi Ungerer, Roland Topor ou encore de Claude Ponti, qui sera avec nous dans cette émission et qui publie à cette occasion un album hommage à Léopold Chauveau à l’Ecole des loisirs.

Et ce qui tombe très bien c’est que cette exposition est prolongée jusqu’au 13 septembre.

Avec :

  • Ophélie Ferlier-Bouat, co-commissaire avec Leïla Jarbouai de l’exposition et conservatrice au Musée d’Orsay.

On sait que Chauveau donnait vraiment vie à ses monstres et avait une relation tout à fait particulière avec eux.

Il y a une simplicité et une efficacité de la forme dans le dessin de Chauveau, qui comme de nombreux artistes contemporains s'échappe de la norme par une forme de liberté.

Pour Chauveau le monstre c'est lui, il a une valeur thérapeutique, et une valeur de création automatique. 

Les monstres ne sont pas nécessairement à destination des enfants pour Chauveau, ils sont d'abord un remède contre son spleen. Le monstre a cette force vitale qui lui permet de survivre.

  • Sophie Van Der Linden, critique littéraire et spécialiste de littérature jeunesse.

Le début du XXe siècle est une période peu commentée dans l'histoire de la littérature jeunesse alors qu'elle est extrêmement intéressante, c'est aussi tout le rapprochement de nouvelles conceptions pédagogiques avec le domaine artistique.

Le monstre a une origine lointaine, il vient des mythes.

Les monstres de Sendak sont des impensés, il sortent de nulle part. Le titre original de Max et les maximonstres est Where the wild things are qui est bien plus mystérieux et suggestif.

C'est un vrai courant dans la littérature jeunesse, ces monstres qui sont en fait le reflet d'un enfant insolent, impertinent.

Ce qui rassemble des artistes comme Sendak, Tomi Ungerer ou Claude Ponti, c'est une capacité à s'adresser véritablement aux enfants et non pas à une image fantasmée qui passe par le prisme éducatif.

  • Stéphane Audeguy (entretien pré-enregistré), auteur notamment de Les monstres, 2013 (Gallimard / Beaux Livres) et de Léopold Chauveau - Paysages monstrueux (RMN/Musée d’Orsay, mars 2020).

Les monstres de Chauveau ne parlent pas, donc il faut les parler.

Non seulement il y a monstre mais il y a monstre avec un paysage, c'est comme si chaque monstre était un monde, une puissance.

Comme l'enfant est aussi celui qui ne parle pas étymologiquement, il se reconnait dans une créature qui comme lui doit aussi parvenir à s'adapter.

  • Claude Ponti (au téléphone), auteur et illustrateur jeunesse.

J'ai plusieurs sortes de monstres. J'ai des monstres réceptacles, mais j'ai beaucoup plus de monstres qui sont aussi des obstacles. Ces monstres me sont très utiles.

Les monstres de Chauveau sont des entités intérieures qui sortent de lui, il a besoin d'exsuder des monstres quasiment tous les jours.

Je n'arrive pas à dessiner des choses ou des gens que je déteste, il faut toujours un peu d'amour. Il faut que je sois à la place du monstre, je ne peux donc pas complètement le détester car je suis un peu dedans.

Lien vers la page de l'exposition Au pays des monstres - Léopold Chauveau (1870-1940) du 10 mars au 13 septembre 2020 au Musée d'Orsay à Paris.

Retrouvez les podcasts crées par Claude Ponti à l'occasion de l'exposition et lus par Ariane Ascaride, Arthur Teboul, Bérénice Béjo, Hervé Pierre et Dora Tillier.

Illustrations sonores :

  • "Vampire", Stella (1946).
  • "Taranta", Mina Tindle (2014).

Chroniques

17H00
5 min

La Leçon de choses

Julie Wolkenstein : "Cette maison de vacances qui agissait comme un envoûtement"

Bibliographie

Voyage au pays des Monstres

Voyage au pays des monstresClaude PontiL'Ecole des loisirs / Musée d'Orsay, 2020

Léopold Chauveau au pays des monstres

Léopold Chauveau au pays des monstres CollectifMusée d'Orsay / Rmn - Grand Palais, 2020

Intervenants
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