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France Culture Papiers n°12 pages 134 à 139 : RENOIR, FILS ET PÈRE

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RENOIR, FILS ET PÈRE France Culture Papiers n°12 pages 134 à 139
Histoire de famille aujourd’hui dans France Culture Papiers

Renoir fils et père
Renoir fils et père

« Si on devait raconter l’histoire de Renoir, on dirait simplement qu’il s’est assis devant son chevalet, (…) et il a peint, c’est tout ce qu’il a fait. Il a eu une femme, des enfants, ça a beaucoup compté dans sa vie. Il a surtout peint (...) »

Tableau de famille… C’est Renoir fils qui nous parle de Renoir père en 1954, à lire dans nos pages 60 ans après, dans « nos archives ». La vie d'un des plus grands peintres confiée par un des plus grands cinéastes. Et la musique que l’on écoute c’est celle d’un film du fils, Partie de campagne , tant inspiré par les toiles du père comme La Balançoire …Jean, né près du château des Brouillards, sur la butte Montmartre, près du Moulin immortalisé par un tableau de Pierre-Auguste. L’enfant peint par son père, qui posait pour lui, a grandi et c’est lui maintenant qui en peint le portrait pour nous… Un bonheur de lecture, car Jean Renoir parlait comme il filmait, comme il écrivait… On l’écoute :

« Pendant la guerre de 1914 j’ai été blessé »

« Mon père était très impotent à ce moment-là. Il ne pouvait pas marcher non plus, de sorte que nous étions deux invalides, bien obligés de passer nos soirées au coin du feu dans sa maison de Cagnes dans le midi, assis l’un en face de l’autre.»

« (…) un feu d’olivier brûlait et nous parlions »

Portrait de l’artiste en vieil homme… Souvenirs d’une rencontre tardive et joyeuse. Jean a 20 ans, son père peint ses dernières toiles... « Notre vie s’organisa. Je passais mes journées à regarder peindre Renoir. Quand il s’interrompait, nous parlions… »

Renoir fils et père
Renoir fils et père

« Lorsque j’ai compris un peu qui il était, quand je l’ai connu autrement que comme un gosse qui pose et qui se dit c’est bien ennuyeux de poser (…)»

« (…) lorsque nous avons été vraiment des amis intimes, c’était un homme totalement déformé qui ne pouvait rien faire par lui-même, sauf peindre. (…), le mieux c’est que je vous raconte une journée »

Et il nous raconte cette journée, ses souvenirs de gosse comme il dit… A lire page 135 : « Mon père allait tout de suite peindre, s’il faisait beau dans le jardin, s’il pleuvait ou s’il faisait gris dans son atelier… »

  • « On ouvrait son chevalet, (...) quelqu’un ouvrait sa boîte de peintures, on sortait cette palette(…). » *

« On mettait des linges dans ses mains délicates, diaphanes, transparentes, qui ne pouvaient plus supporter le contact du manche de bois du pinceau. On y enfilait le manche de bois, crispé dans cette main. À ce moment là il regardait, je ne sais pas ce qu’il se passait, un drôle de phénomène, le soleil passait différemment à travers les branches de l’olivier et il chantonnait. La journée du peintre avait commencé. »

La main du père, avec son pinceau, comme celle du fils plus tard avec sa caméra…

« Son bras, jusqu’au jour de sa mort, est resté si sûr qu’aucun de nous ne pouvait avoir sa précision. Très souvent il s’amusait à nous attraper ou des peintres plus jeunes qui venaient le voir comme (…) Bonnard, et il s’amusait à dire « tiens mon vieux viens ici » et il y avait une petite touche de blanc qu’il devait mettre ici dans un coin de prunelle et il prenait le blanc et ça partati hop ! Son œil était resté un œil d’aigle. »

L’œil écoute… « La palette d’un peintre ne signifie rien. C’est son œil qui fait tout » disait Renoir père…

Renoir fils et père
Renoir fils et père Crédits : Radio France

« Mon père j’en suis convaincu est un peintre abstrait »

« je suis absolument convaincu que il ne s’agissait pas dans son art de représenter telle femme ou tel bouquet, mais il s’agit de s’aider de telle femme ou de tel bouquet (…) pour arriver à la connaissance de l’absolu »

La recherche de l’absolu… Comme dans le roman de Balzac, comme les derniers mots de son héros, « J’ai trouvé », ceux de Renoir, après avoir peint son dernier bouquet de fleurs, seront : « Je crois que je commence à y comprendre quelque chose »…

« J’ai compris beaucoup de cette espèce de position dans la vie, cette humilité et fermeté en même temps. Par exemple, comment est-il devenu peintre ? Il n’avait absolument pas l’idée qu’il puisse être un artiste, son ambition était d’être un bon ouvrier, de faire quelque chose. »

« Lorsqu’on lui demandait quel était l’idéal de la vie, il répondait, lui qui travaillait sans arrêt, que c’était d’être étendu sur l’herbe avec une jolie fille, l’été, au soleil »

Impressionnisme, « impression soleil levant »… Et l’on croit voir les scènes de tableaux du père quand on lit, quand on écoute le fils nous raconter leurs étés :

« Nous allions à Essoyes et je me rappellerai toujours des baignades dans la rivière. Nous partions avec les modèles, les bonnes, Paul Cézanne, nous allions tous ensemble dans cette petite rivière pour s’éclabousser. (…) J’ai l’impression que mon père peignait extrêmement vite et bien parce que nous nous amusions autour de lui. Cet homme avait besoin d’être entouré de joie et il créait la joie. »

« La principale chose autour de lui dans la vie c’était la joie. Je pense que cela se voit un peu dans ses toiles. »

Correspondances… Les tableaux, les films, et la vie se répondent… Comme avec cette musique de son film Le Déjeuner sur l’herbe que l’on écoute, on croit revoir Renoir et Le Déjeuner des canotiers

A l’ombre des jeunes filles en fleurs…

Vendredi prochain nous voyagerons à la recherche du temps perdu, promenade avec Roland Barthes dans le Paris de Marcel Proust

Belle lecture de France Culture Papiers

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