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Poésie(s) - France Culture Papiers n°14

4 min

Pages Poésie(s)

« Art poétique

Et la joie de vivre / Et une main dans la mienne / Et la joie de vivre / Je suis le vers témoin du souffle de mon maître » ****



Pages Poésie(s) aujourd’hui, dans France Culture Papiers. C’est « L’art poétique », de Robert Desnos, lu par Denis Lavant que nous entendons… Et c’est la mémoire du poète, disparu il y a 70 ans, que nous lisons page 17 :

Desnos
Desnos

« Le Précis de cuisine pour les jours heureux qu’il n’avait pas publié de son vivant, qui l’a été après la guerre (…) raconte comment faire la cuisine de la manière la plus simple c’est à dire de celle qu’on aime... »

« et (…) Desnos a dit à ses camarades pendant qu’ils étaient à Fhöha que quand il sortirait de là quand il reviendrait à Paris il publierait un Imprécis de cuisine pour les jours peureux, et qui rassemblerait toutes ces recettes qu’ils s’échangeaient les dimanches après midis à Flöha. »

le texte n’a pas complètement disparu puisqu’il a participé à toutes les recettes (…) qui sont dans ce carnet que j’ai retrouvé et qui a traversé toutes ces années

Desnos … c’est tous les camarades qui ont fait les recettes, ils étaient passionnés… Ce qui est étonnant, c’est la précision que chacun donne sur des recettes que ma mère, ma grand mère faisaient : « Tarte aux fraises. Mettre un papier de soie et des noyaux de cerises ou des petits cailloux sur la pâte que l’on a piquée ceci pour l’empêcher de monter doser les fraises après cuisson et verser un sirop dessus on peut aussi les faire cuire… » Les gestes qu’ils avaient vus faire dans les cuisines de leur famille… »

C’était dans l’émission On ne parle pas la bouche pleine d’Alain Kruger, Anne Georget, auteur du documentaire Festins imaginaires nous parle de prisonniers, comme Desnos, confrontés à la faim et qui rêvent aux recettes de leurs jours heureux. Festins de mots, que se racontaient les déportés... Robert Desnos est mort à Terezin, le 8 juin 1945, au lendemain de la libération du camp. « Nos retrouvailles embelliront notre vie pour au moins trente ans… » écrivait-il à Youki, quelques mois avant… « Âgé de cent-mille ans, j’aurais encore la force / De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir… »


« Il n’y a pas seulement le fait d’avoir vécu qui soit éternel c'est-à-dire ce désir de soif et de faim, cette expérience de douleur et de joie vécue par nous, plus rien ne peut faire que ça n’a pas été vécu »

« Si la vie est éphémère, le fait d’avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel » » disait Jankélévitch, et nous dit aussi cet autre poète que l’on vient d’entendre, François Cheng, l’auteur de Cinq méditations sur la mort: autrement dit sur la vie , et de L’éternité n’est pas de trop

« Elle est retrouvée, quoi ? l’éternité, c’est la mer allée avec le soleil » écrivait Rimbaud, et nous le lisons aussi dans nos pages, avec son Bateau Ivre , dit par Luchini, dans A voix nue :

« Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes

Et les ressacs et les courants : je sais le soir,

L’aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,

Et j’ai vu quelque fois ce que l’homme a cru voir ! »


Rimbaud, à lire aussi dans la Grande Traversée de Jean-Michel Djian, avant de l’écouter cet été, du 27 au 31 juillet. L’écrivain Jean Rouaud nous parle de « l’invention du poète » :

Rimbaud
Rimbaud

« La poésie a été

un mode de connaissance du monde. »

« Pour Rimbaud, la question est d’emblée réglée puisqu’il s’est reconnu poète, donc. Quand on demande à Beckett pourquoi il écrit, il répond : « Bon qu’à ça ». La réponse de Beckett dit qu’il n’est pas bon à grand-chose d’autre mais que là, dans l’écriture, il s’est reconnu bon. Il y a cette évidence, on ne peut pas faire autrement, on est obligé d’en passer par là. »

« Il faut être absolument moderne »… Cent soixante ans après la naissance du poète, nous lisons toujours sa modernité :


« Toute la poésie du début du XXème siècle est fascinée par la découverte de l’oeuvre de Rimbaud. Il est embarqué dans cette modernité, là comme ça »


« Il a une saisie délirante du réel, comme il avait tenté de s’approprier l’invisible. »

Réinventer… « L’amour est à réinventer », comme il l’écrivait…

Et « réinventer » l’art, c’est ce que nous dit une autre voix, celle de l’artiste Anish Kapoor. C’était dans La Grande Table de Caroline Broué, il est l’artiste exposé aux Jardins du Château de Versailles cet été, depuis ce mardi 9 juin :

Anish Kapoor
Anish Kapoor

« Je pense que pour tous les grands projets publics, ce qui compte avant tout c’est de ne pas se répéter, il ne faut surtout pas chercher la répétition, de ce qui a été avant moi, par d’autres artistes, il s’agit plutôt de réinventer quelque chose, c’est la réinvention qui est passionnante. »

Comme le poète, il s’agit d’ « arriver à l'inconnu ! »

« Le poète se fait voyant par un []()long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens . Le poète est voleur de feu. Il est chargé de l'humanité… La poésie ne rythmera plus l'action ; elle sera en avant . En attendant, demandons aux poètes du nouveau »

A vendredi prochain, pour de nouvelles pages… Belle lecture !

« J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles

Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :

− Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,

Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.

Toute lune est atroce et tout soleil amer. »

« L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer ! »

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