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Trois arbres à Istanbul 1/10

7 min
À retrouver dans l'émission

Réalisation Jean-Mathieu Zahnd

Conseillère littéraire Laurence Courtois

Trois arbres à Istanbul - le parc de Gezi, une île d’utopie et les héros d’une résistance

29 mai – 16 juin 2013

À la mémoire de Mehmet, Abdullah et Ethem

Mehmet, Abdullah et Ethem, trois jeunes âgés de 22 à 26 ans, sont morts en juin 2013 lors des événements survenus au début mouvement « Occupy Gezi » en Turquie. Malheureusement, depuis, d’autres ont été tués. Ils ne faisaient rien de mal. Ils étaient en train de manifester pacifiquement et ils n’étaient pas armés. En turc, on dit « fidan » pour parler de « beaux jeunes gens » et cela veut dire « rejet, jeune pousse ». Ces trois jeunes sont morts dans un mouvement qui a commencé pour protéger quelques arbres menacés par un capitalisme sauvage.

Pour la plupart d’entre nous, ce fut de loin la période la plus incroyable de nos vies. Pendant ces quelques semaines, ils ont inventé un nouveau « vivre ensemble » et nous en sommes sortis grandis. Nos enfants nous ont montré le chemin : contrairement aux luttes des générations précédentes, ils ne voulaient pas un mouvement qui célébrait le culte du martyre. Tout au long de cette expérience ils ont au contraire célébré la vie : l’art, la fraternité et l’humour étaient leurs seules armes.

Pour écrire ce texte, j’ai interviewé des dizaines de témoins, j’ai épluché, d’une manière obsessionnelle, des milliers de documents sur le net. J’ai beaucoup pleuré et beaucoup ri. J’ai inventé des personnages de fiction, en m’inspirant des vrais héros de ce mouvement. Les jours où je suis optimiste, je m’autorise à penser que ces manifestants ne sont pas morts pour rien puisque grâce à eux, rien ne sera plus jamais comme avant.

Le monde n’est plus le même depuis qu’ils sont partis, si jeunes.

Sedef Ecer, mai, juin, juillet 2013, Istanbul, Paris

Episode 1 Avec Françoise Gazio, Rebecca Stella, Julia Vaidis Bogard, Antoine Sastre, Romain Lemire, Sedef Ecer

Chant Gulaï Hacer Toruk

Bruitage Bertrand Amiel

Equipe de réalisation Sébastien Labarre, Cécile Braque

Assistante à la réalisation Lise-Marie Barré

"Dédier cette fiction aux jeunes qui ont perdu la vie, était pour moi une évidence. Commencer ce premier épisode en faisant entendre l’histoire imaginaire d’un jeune manifestant qui venait de mourir fut une décision indiscutable. Lors de l’écriture, j’ai beaucoup regardé les photos des parents des jeunes qui sont morts. Peut-être parce que je suis mère de deux adolescents, mon empathie était immédiate avec ces mères qui ont perdu leurs fils qui n’avaient montré aucune violence.

trois arbres, mère qui pleure son fils
trois arbres, mère qui pleure son fils Crédits : NarPhotos

Ensuite, j’ai voulu entrer dans le vif du sujet, en racontant les événements d’une manière chronologique et par conséquent, j’ai souhaité commencer par le soir du 27 mai. Pour cela, j’ai interviewé deux personnes qui étaient ce soir-là dans le parc et j’ai respecté leur propos tout en changeant leur identité."

Sedef Ecer

trois arbres, dans le parc 1
trois arbres, dans le parc 1 Crédits : NarPhotos
trois arbres, dans le parc 2
trois arbres, dans le parc 2 Crédits : NarPhotos

L'invité du jour : Mehmet Kaçmaz, photographe Au nom du collectif Narphotos, qui nous a autorisés à utiliser les photographies de leur agence, à titre gracieux.

NarPhotos est un collectif de photographes créé en 2001 lors d’un atelier de photos organisé par World Press Photo à Istanbul. Depuis, Narphotos est devenu une référence absolue en Turquie concernant le photojournalisme, témoignant des grands changements du pays, autour des thèmes comme l’urbanisation, les migrations, les minorités, les identités, les appartenances, l’économie, la politique, les mouvements sociaux, le travail, etc.

Les 16 membres de Narphotos travaillent entre autres avec Time, der Spiegel, National Geographic, GEO Magazine, The Times, Stern, Monocle Magazine, Vogue, Amnesty International Journal, Le Parisien, Panaroma, Süddeustche Zeitung, Courrier International, Travel&Leisure, Die Welt...

PHOTOGRAPHIER GEZI “Les évéments qui ont eu lieu à partir de juin 2013 ont surpris non seulement les sociologues mais aussi tous ceux qui étaient eux-mêmes dans les rues. Bien évidemment, nous étions également pris au dépourvu en tant que photographes, puisque nous n’avions jamais vu une telle contestation, ni de la part des kurdes opprimés dans l’est du pays, ni de celle des proches des disparus dans les années 90, ni de la part des activistes violentés lors des manifs du premier mai dans les grandes villes... C’est pourquoi juin 2013 fut un tournant dans l’histoire récente turque: cet événement fut perçu comme la crise d’adolescence d’une jeune démocratie, d’une société qui avait toujours eu l’habitude qu’une figure de père (l’état) lui dicte comment penser ou vivre. A l’instar des manifestants eux-mêmes, le gouvernement a été saisi par une contestation inattendue alors qu’il souhaitait instaurer un modèle social et qu’il y travaillait depuis une décennie. Un mouvement de révolte (commencé par la veille de quelques jeunes dans des tentes de fortune) qui est devenu, à cause de la violence policière, une grande résistance nationale contre toutes sortes de pressions.

Dès le début des événements, NarPhotos a essayé de témoigner de chacune des étapes de la résistance en balayant très large. Nous avions été présents sur le terrain à chaque manif du premier mai, mais c’était la première fois que nous avons photographié un événement d’un tel ampleur. L’absence totale de médias “mainstream” a montré l’importance des photojournalistes indépendants. L’usage très efficace des réseaux sociaux a témoigné de la fragilité de la censure. Les journalistes sont devenus la cible directe des balles en caoutchouc, des grenades de lacrymos ou encore des coups directs des policiers: les photographes étaient blessés, empêchés de faire leur travail, arrêtés et fichés dans des commissariats sans que les organisations professionnelles puissent exercer de pression. Il est important de rappeler qu’en Turquie, la carte jaune de presse est distribuée par le bureau du Premier Ministre, ce qui en dit long sur le chemin à parcourir...

En tant que collectif, nous avons accordé autant d’importance à la vie “alternative” créée dans le parc qu’aux manifestations et combats de rue. Car dans ce parc les rapports économiques que nous connaissions ont été inversés, la solidarité a remplacé la concurrence, une grande maturité permit de se réunir autour de causes communes malgré les différences ethniques, politiques ou sexuelles. Cette “autre vie” créée dans le parc était pour nous essentielle alors qu’en dehors du parc, de violents combats continuaient. Nous avons essayé de couvrir les deux terrains.

Nous, Narphotos, pensons que la résistance de Gezi a été un tournant. Elle fut un laboratoire immense pour installer une nouvelle tradition sociétale, celle des citoyens qui n’acceptent plus sans mot dire ce que le gouvernement leur offre, qui osent dire non à voix haute, qui se battent pour leurs opinions et qui pensent qu’une autre vie est possible.

Gezi signifie aujourd’hui beaucoup plus qu’un espace vert."

Mehmet Kaçmaz au nom de Narphotos (Traduction Sedef Ecer)

Mehmet Kaçmaz est photographe et membre de NarPhotos.

Bande-annonce

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