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Trois arbres à Istanbul 2/10

7 min
À retrouver dans l'émission

Réalisation Jean-Mathieu Zahnd

Conseillère littéraire Laurence Courtois

Trois arbres à Istanbul - le parc de Gezi, une île d’utopie et les héros d’une résistance

29 mai – 16 juin 2013

À la mémoire de Mehmet, Abdullah et Ethem

Episode 2 Avec

Carole Franck, Myriam Ajar, François Lescurat, Dominique Parent, Barbara Bolotner, Sedef Ecer

et Nadir Legrand, Judith Davis, Mélanie Bestel, Simon Bakouche, Henri Alexandre, Elisa Couvert

Chant Gülai Hacer Toruk

Bruitage Bertrand Amiel

Equipe de réalisation Sébastien Labarre, Cécile Braque

Assistante à la réalisation Lise-Marie Barré

"Le personnage qui ouvre ce deuxième épisode est un « mélange » de trois comédiennes que j’ai pu connaître ou dont j’ai pu lire les propos. En revanche pour écrire le personnage du député, je n’ai rien changé à la réalité : j’ai retranscrit et traduit ses déclarations d’une manière fidèle car il me semblait important de garder une honnêteté de documentaire sur ce fait précis.

trois arbres. Violences policières
trois arbres. Violences policières Crédits : NarPhotos

Pour créer le couple d’architectes, j’ai repris des propos que j’avais beaucoup entendus dans la bouche des architectes et urbanistes ces dernières années, très inquiets par la « gentrification ». Par ailleurs, ce nouvel urbanisme est un thème qui m’avait déjà beaucoup préoccupée, puisqu’il est au centre de mes interrogations dans ma pièce « À la périphérie » qui sera mise en scène en mars prochain par Thomas Bellorini au Théâtre de Suresnes.

Aujourd’hui, quand on voit les villes créées de toutes pièces en Turquie, en Chine ou en Inde, nous nous rendons compte que c’est un enjeu mondial qui façonne nos vies et qui fait gagner beaucoup beaucoup beaucoup d’argent aux promoteurs."

Sedef Ecer

L'invitée du jour : Nora Seni Extrait de « Taksim : la Turquie polarisée » texte de NORA SENI - Libération 18 juin 2013

TAKSIM, MILLEFUILLE DE SYMBOLES « En quoi l’arrachage des arbres du parc Gezi avait-il vocation à cristalliser le ras-le-bol d’un grand nombre de Stanbouliotes ? Les commentateurs l’ont souligné, la place qui abrite ce parc est emblématique. Ces emblèmes se recouvrent en plusieurs strates, historiques et sémiologiques... Effeuillons. Taksim se situe à l’extrémité de l’ancien quartier de Péra qui abritait ambassades et représentations européennes. Ignoré superbement des communautés de la péninsule historique et des quartiers religieusement homogènes, Péra s’est transformé dans l’imaginaire de la ville, à partir du XIXe siècle, en lieu de toutes les tentations. Eglises monumentales, ambassades somptueuses, sièges sociaux des banques modernes y furent construites en ce siècle, transformant ce quartier en tête de pont de la mutation des modes de vie à Istanbul, de l’abandon de la maison turque, le konak, au profit de la vie en appartement, de la modernité architecturale, des loisirs à l’européenne. L’immigration des Russes blancs fuyant la révolution et qui trouvèrent asile dans les restaurants et bars du quartier acheva de parfaire l’image d’Epinal.

Aujourd’hui c’est dans les meyhane , littéralement maisons de vin, de ce quartier que viennent se détendre les Stanbouliotes, femmes et hommes ensemble. C’est un mode récréatif que ne partagent pas les musulmans conservateurs, et s’ils passent dans la rue Istiklal, l’ancienne Grande rue de Péra, ils ne s’attardent pas pour siroter un verre de raki. Artère culturelle de la ville, la rue Istiklal est le siège de galeries d’art, de centres culturels, de la movida turque qui accueille festivals et biennales. Là encore turbans et moustaches à la Erdogan ne sont pas légion. Toucher à Taksim, c’est menacer ces conduites festives et la culture de loisirs séculiers. La place Taksim entoure un monument à la gloire de la guerre d’indépendance et de la république turque. Lieu des célébrations kémalistes, c’est là qu’ont paradé, pendant des décennies, militaires et écoliers pour célébrer la république et la «fête des enfants». L’AKP privilégie néanmoins une autre historiographie. Le nouveau récit officiel de l’histoire turque minimise le moment républicain et relie presque sans transition l’histoire de la Turquie contemporaine aux heures glorieuses de l’Empire ottoman conquérant. Ainsi, lorsqu’il s’occupe de réaménager cette place, Erdogan s’expose à la suspicion de trahir la mémoire républicaine, kémaliste, du pays.

Taksim a représenté l’espoir d’une croissance urbaine moderne, planifiée. En 1936 l’architecte français Henri Prost a été invité à concevoir un plan d’urbanisme pour Istanbul et à réaménager la place où siégeaient une monumentale caserne de l’artillerie ottomane et un cimetière arménien. Prost développe son plan selon sa devise «Istanbul, ville verte d’où émergent les gloires du passé» et fait raser caserne et cimetière pour aménager le parc Gezi conçu comme la tête de pont d’une coulée verte s’étendant vers le nord de la ville. Le parc est une survivance de ce plan.

Taksim est le lieu des rassemblements contestataires et des défilés du 1er mai. Entachée d’un souvenir tragique, celui du 1er mai 1977, où des coups de feu anonymes ont fait 34 morts, la place continue d’être défendue par les syndicats ouvriers comme le lieu symbole de leurs luttes. Le nouveau plan d’aménagement qui livre le parc au commerce et aux résidences de luxe s’accommode mal de la vocation contestatrice de la place Taksim. »

Nora Seni

Historienne et politologue, enseignant-chercheur à l'Université Paris 8

trois arbres, Dans le parc
trois arbres, Dans le parc Crédits : NarPhotos
trois arbres, Urbanisme
trois arbres, Urbanisme Crédits : NarPhotos

Un grand merci à NarPhotos de nous avoir permis l'utilisation de leurs photos.

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