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Artemisia, claire, obscure 7/10

23 min
À retrouver dans l'émission

Réalisation Michel Sidoroff

Conseillère littéraire Emmanuelle Chevrière

"Artemisia Gentileschi, femme peintre italienne du début du dix-septième siècle a connu la gloire de son vivant avant de tomber dans l'oubli. Depuis quelques décennies, des expositions de ses œuvres et diverses fictions nous la font redécouvrir. Écrire un feuilleton sur elle n'avait dès lors de sens que si nous pouvions l'éclairer d'un jour nouveau.

La lecture de lettres d'Artemisia retrouvées récemment par le chercheur Francesco Solinas dans les archives de la famille Frescobaldi (publiées chez De Luca Editori d'Arte) nous a aidés en cela. La plupart de ces lettres sont adressées à son amant Francesco Maria Maringhi. Elles nous ont donné le ton, la voix d'Artemisia amoureuse, passionnée et jalouse, de quoi imaginer leurs rencontres.

Il est probable qu'Artemisia ait eu d'autres amants, et d'autres auteurs avant nous ne se sont pas privés de lui en supposer de nombreux, mais nous ne voulions pas nous attarder sur cet aspect de sa vie fort peu documenté.

Artemisia Gentileschi a peint pendant près de cinquante ans, et trop souvent, à notre goût, on rapproche son œuvre, ses sujets, du viol qu'elle a subi jeune fille. Nous avons préféré nous pencher davantage sur son activité de peintre à la renommée internationale et nous attacher à reconstituer l'époque dans laquelle elle vivait et les conditions dans lesquelles elle créait. Étudier des documents tels que « Painting for profit, the economic lives of seventeenth-century Italian painters » par Richard E. Spear & Philip Sohm (publié par Yale), nous a permis de constater d'emblée que la croyance, fort répandue, qu'Artemisia avait peint des Judith décapitant Holopherne pour y exprimer sa rage contre les hommes est erronée. Les sujets des œuvres étaient choisis par les commanditaires et Judith décapitant Holopherne était un sujet très "à la mode" que tous les grands peintres de l'époque ont traité.

Dans un marché de l'art international en plein essor au dix-septième siècle, Artemisia Gentileschi a su, parmi des peintres tels que Simon Vouet et Van Dyck, défendre, pour l'essentiel de sa carrière, sa position de peintre reconnue et indépendante, ce qui est particulièrement remarquable à une époque où les artistes étaient souvent rattachés à une cour, telle Francesca Caccini, musicienne à la cour du Grand Duché de Florence et si peu libre de ses mouvements. Nous avons donné une importance particulière à la rencontre entre ces deux femmes, instructive quant au statut des artistes femmes. Artemisia, qui avait appris le luth auprès de sa mère, avait chanté des airs de Francesca Caccini à la cour de Florence. Il faut ici saluer l'important travail de Suzanne C. Cusick, « Francesca Caccini at the Medici court, music and the circulation of power » (The University Press of Chicago), tout entier situé dans une démarche de contextualisation historique.

« Artemisia, claire, obscure » n’est donc pas un biopic… Loin des a priori psychologisants, nous avons voulu redonner vie aux réseaux de relations où cette artiste a peint et vécu. Afin de permettre aux connaissances de circuler, tout en limitant le caractère didactique des dialogues, nous avons mis en place un second plan de narration mettant en scène une jeune femme d’aujourd’hui, restauratrice de tableaux, désireuse de mener librement sa vie, comme avait pu l’être, mutatis mutandis , la jeune artiste Artemisia. L’hypothèse d’un tableau retrouvé nous a fourni le ressort d’un suspens alimentant le dialogue entre le présent et le passé, toujours documenté par l’admirable catalogue critique et raisonné de R. Ward Bissel, « Artemisia and the authority of art » (The Pennsylvania State University Press). Dans le domaine des œuvres attribuées ou disparues comme dans celui de la biographie, le travail de documentation nous a permis d’affirmer tantôt ce qui était établi, tantôt ce qui était plausible historiquement, l’imagination délivrant l’étincelle de vie."

Andréa Finck et Michel Sidoroff

7ème épisode Avec

Flora Brunie (Sabine)

Thibault Mullot (Jules)

Jean-Marie Galey (Daniel)

Juliette Croizat (Artémisia)

Antonin Fadinard ( Maringhi)

Anne Cantineau (Francesca Caccini)

Simon Duprez (Simon Vouët)

Michel Derville (Paolo Mancini)

Eric Hémon (Rivaroli)

Laurent Cléry (Marino)

Hughes Boucher (Dumonstier)

Pierre-Yves Desmonceaux (le juge)

Michel Baladi (e geôlier)

Nathalie Kanoui (la servante)

Et

Myriam Ajar – Michel Baladi – Chantal Baroin- Cesare Capitani – Céline Caussimon - Nelly Cochet- Jacqueline Corrado da Silva – Gwenaëlle David – Antoine Deklerck - Myriam Derbal -Xavier Devaud – Sonia Floire – Donatien Guillot- Paolo Handel – Odile Heimburger – Pauline Jambert -Olivier Martinaud- Emmanuel Oger – Sandra Parra – Grégory Quidel – Léo Reynaud - Tugdual Rio- Marcello Scuderi – Grégory Sengelin

Pascale Colon , clavecin

Bruitage Patrick Martinache

Prise de son, montage et mixage Pierre Minne et Emmanuel Armaing

Assistant à la réalisation Guy Peyramaure

L'équipe
Conseiller(e) littéraire
Avec la collaboration de

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