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Alessandro Baricco, en 2007
Alessandro Baricco, en 2007 Crédits : Camilla Morandi - Corbis - Getty
Alessandro Baricco, en 2007
Alessandro Baricco, en 2007
Alessandro Baricco, en 2007 Crédits : Camilla Morandi - Corbis - Getty

Homère, Iliade de Alessandro Baricco

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Quelques lignes pour expliquer comment est né ce texte. Il y a un certain temps, j'ai pensé que ce serait bien de lire en public, des heures durant, toute l'Iliade. Quand j'ai trouvé quelqu'un prêt à produire cette entreprise, très vite, il m'est apparu clairement que, tel qu'il était, le texte était en r...
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À propos de la série

Quelques lignes pour expliquer comment est né ce texte. Il y a un certain temps, j'ai pensé que ce serait bien de lire en public, des heures durant, toute l'Iliade. Quand j'ai trouvé quelqu'un prêt à produire cette entreprise, très vite, il m'est apparu clairement que, tel qu'il était, le texte était en réalité illisible: il aurait fallu une quarantaine d'heures, et un public vraiment patient. Alors j'ai pensé à intervenir sur ce texte, pour l'adapter. (...)  
En premier lieu, j'ai effectué des coupes pour ramener la lecture à une durée compatible avec la patience d'un public moderne. (...) J'ai coupé toutes les apparitions des dieux. On le sait, les dieux interviennent assez souvent dans l'Iliade, pour orienter les événements et confirmer l'issue de la guerre. Ce sont probablement les parties les plus étrangères à la sensibilité moderne, et souvent elles cassent la narration, en diluant une vitesse qui, sinon, tiendrait de l'exceptionnel. Je ne les aurais pas enlevées en tout cas si j'avais été convaincu qu'elles étaient nécessaires. Or - d'un point de vue narratif, et uniquement - elles ne le sont pas. L'Iliade a une forte ossature laïque qui ressort dès que les dieux sont mis entre parenthèses. derrière le geste du dieu, le texte homérique cite presque toujours un geste humain qui redouble le geste divin et le ramène, si l'on peut dire, sur la terre. (...)  
La seconde intervention que j'ai faite est sur le style. Déjà, la traduction de Maria Grazia Ciani utilise un italien vivant, plus qu'un jargon de philologue. J'ai essayé de poursuivre dans cette direction. D'un point de vue lexical, j'ai essayé d'éliminer toutes les aspérités archaïques qui éloignent du cœur des choses. Ensuite j'ai cherché un rythme, la cohérence d'un pas, la respiration d'une vitesse particulière et d'une lenteur spéciale. Je l'ai fait parce que je crois que recevoir un texte, qui vient de si loin, signifie avant tout le chanter avec la musique qui est la nôtre.  
La troisième intervention est plus évidente, même si, au bout du compte, elle n'est pas si importante qu'il y paraît. J'ai mis le récit sous la forme subjective. J'ai choisi une série de personnages de l'Iliade et je leur ai fait raconter les histoires, en les substituant au narrateur extérieur homérique. C'est une affaire essentiellement technique: au lieu de dire "le père prit sa fille dans ses bras", dans mon texte la fille dit "mon père me prit dans ses bras". C'est évidemment une astuce dictée par la destination de ce travail. Pour le public d'aujourd'hui, recevoir l'histoire de celui qui l'a vécue rend l'identification plus facile  
Quatrième intervention: bien sûr, je n'ai pas résisté à la tentation et j'ai fait quelques adjonctions, peu nombreuses, au texte.. (...) Le cas le plus évident, mais d'une certaine manière excentrique, est le dernier monologue, celui de Démodochos. On le sait, l'Iliade se termine par la mort d'Hector et la restitution de son corps à Priam: nulle trace du cheval ni de la chute de Troie. Dans l'esprit d'une lecture publique, cependant, il me semblait déloyal de ne pas raconter comment elle s'était terminée, finalement, cette guerre. (...)  
Et maintenant, le texte de cette drôle d'Iliade va être traduit dans de nombreuses langues, à travers le monde. J'ai bien conscience que c'est ajouter le paradoxe au paradoxe. Un texte grec traduit en un texte italien, adapté en un autre texte italien, et traduit encore en un texte, mettons, chinois. Borgès aurait adoré.(...)

Alessandro Baricco, mars 2005

Iliade, Homère, d’Alessandro Baricco, traduit par Françoise Brun est paru aux éditions Albin Michel et Gallimarer

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