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Portrait de Charlotte Brontë
Épisode 10 :

Dénouement

24 min
À retrouver dans l'émission

La cour, les gazons étaient piétinés, le portail bâillait. La façade, telle que je l’avais vue une fois en rêve, n’était plus qu’un mur très haut et très fragile, percée de fenêtres sans vitres, sans toit, sans remparts, sans cheminée. Tout avait été englouti.

Jane Eyre de Charlotte Bronte. Illustré par Monro Scott Orr. Roman publié pour la première fois le 16 octobre 1847
Jane Eyre de Charlotte Bronte. Illustré par Monro Scott Orr. Roman publié pour la première fois le 16 octobre 1847 Crédits : Culture Club - Getty

« Je luttais ; je désirais sincèrement, profondément, faire ce qui était bien, et cela seulement. « Montre-moi la voie ! » criai-je au Ciel. J’étais plus agitée que jamais ; mon cœur battait à tout rompre lorsque, soudain, il me parut qu’il s’arrêtait dans ma poitrine ; une sensation inexprimable me parcourait des pieds à la tête ; mes sens en acquirent une activité et une acuité telles qu’ils semblaient sortir d’une torpeur indicible. Mes préparatifs furent vite faits, car je ne fus arrêtée par aucune question, aucun empêchement. Une fois que j’eus expliqué mes projets, mes cousines se réfugièrent dans le silence, m’accordant la même liberté que je leur aurais accordée dans des circonstances semblables. Je quittai Moor-House à trois heures de l’après-midi et, peu après quatre heures, je me tenais au pied du poteau de Whitcross, attendant la diligence qui devait me conduire à ce lointain Thornfield. Mon voyage était terminé : je descendis de la voiture, et ayant remis ma malle à l’aubergiste et payé le cocher, je me mis en route. Sur l’enseigne de l’auberge, je pus lire en lettres d’or : « Les Armes de Rochester ». Mon cœur bondit : j’étais déjà sur les terres de mon maître. Comme je marchais vite ! Comme je courais parfois ! Avec quel bonheur je saluai les premiers arbres et les paysages familiers de prairies et de collines. Enfin, les bois apparurent et un croassement rompit le silence matinal. Une joie singulière me possédait ; je me hâtai toujours plus. Un autre champ, puis un sentier, et ce seraient les murs de la cour, les dépendances et la maison : j’avançais la tête avec précaution, désireuse de m’assurer que personne ne se trouvait aux fenêtres. J’attendais la vue d’une demeure imposante et je vis une ruine noircie. Inutile, en vérité, d’imaginer entendre un pas sur le gravier… La cour, les gazons étaient piétinés, le portail bâillait. La façade, telle que je l’avais vue une fois en rêve, n’était plus qu’un mur très haut et très fragile, percée de fenêtres sans vitres, sans toit, sans remparts, sans cheminée. Tout avait été englouti. Et c’était un silence de mort qui régnait, la solitude d’un désert. Rien d’étonnant à ce que mes lettres n’aient pas reçu de réponse ! La sinistre noirceur des pierres disait par quel fléau le château était tombé. Mais comment le feu s’était-il déclenché ? Quelle était l’histoire de ce désastre ? Y avait-il eu mort d’homme ? Et dans ce cas, qui donc avait été frappé ? Terrible question à laquelle personne ici ne pouvait me répondre, même par un signe muet. »
Adaptation : Pauline Thimonnier
Conseillère littéraire : Emmanuelle Chevrière
Réalisation : Juliette Heymann
Avec : Julie-Marie Parmentier ( Jane), Eric Herson-Macarel  ( Mr Rochester), Jean-Claude Sachot  ( l'Hotellier), Sarah Capony  ( Léa), Guillaume Marquet ( Saint-John)
Et les Voix de : Sophie Daull et Manon Jusforgues

Bruitages : Patrick Martinache,  assisté de Elodie Fiat Musique originale
Compositeur : Denis Chouillet Quator Cactus : Violons : Théo Ceccaldi et Anne Le Pape, Alto : Séverine Morfin, Violoncelle : Sabine Balasse

Equipe de réalisation : Claude Niort, Manon Houssin, Vivien Demeyère

Bibliographie

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