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 La Cuisine de nos Poilus'. Series: Guerre de 1914 - 1915. No. 533
Épisode 2 :

Qu'est-ce qu'on fait là ?

24 min
À retrouver dans l'émission

« Nous montâmes en ligne au début de septembre, par un soir calme et assez frais. »

 La Cuisine de nos Poilus'. Series: Guerre de 1914 - 1915. No. 533
La Cuisine de nos Poilus'. Series: Guerre de 1914 - 1915. No. 533 Crédits : Culture Club - Getty

Réalisation et adaptation Michel Sidoroff
Conseillère littéraire Emmanuelle Chevrière

Gabriel Chevallier, que l’on reconnaît sous les traits de son narrateur Jean Dartemont, raconte dans La Peur la guerre de 14-18 telle qu’il l’a vécue et subie, alors qu’il n’avait que vingt ans. Le quotidien des soldats – les attaques ennemies, les obus, les tranchées, la vermine – et la Peur, terrible, insidieuse, « la peur qui décompose mieux que la mort ».            
« Ce livre, tourné contre la guerre et publié pour la première fois en 1930, a connu la malchance de rencontrer une seconde guerre sur son chemin. En 1939, sa vente fut librement suspendue, par accord entre l’auteur et l’éditeur. Quand la guerre est là, ce n’est plus le moment d’avertir les gens qu’il s’agit d’une sinistre aventure aux conséquences imprévisibles.            
On enseignait dans ma jeunesse - lorsque nous étions au front – que la guerre était moralisatrice, purificatrice et rédemptrice. On a vu quels prolongements ont eu ces turlutaines : mercantis, trafiquants, marché noir, délations, trahisons, fusillades, tortures ; et famine, tuberculose, typhus, terreur, sadisme. De l’héroïsme, d’accord. Mais la petite, l’exceptionnelle proportion d’héroïsme ne rachète pas l’immensité du mal. D’ailleurs, peu d’êtres sont taillés pour le véritable héroïsme. Ayons la loyauté d’en convenir, nous qui en sommes revenus.            
La grande nouveauté de ce livre, dont le titre était un défi, c’est qu’on y disait : j’ai peur. Dans « les livres de guerre » que j’avais pu lire, on faisait bien parfois mention de la peur, mais il s’agissait de celle des autres. L’auteur était un personnage flegmatique, si occupé à prendre des notes qu’il faisait tranquillement risette aux obus.            
L’auteur du présent livre estima qu’il y aurait improbité à parler de la peur de ses camarades sans parler de la sienne. C’est pourquoi il décida de prendre la peur à son compte, d’abord à son compte. Quant à parler de la guerre sans parler de la peur, sans la mettre au premier plan, c’eût été de la fumisterie. On ne vit pas aux lieux où l’on peut être à tout instant dépecé vif sans connaître une certaine appréhension.            
Le livre fut accueilli par des mouvements divers, et l’auteur ne fut pas toujours bien traité. Mais deux choses sont à noter. Des hommes qui l’avaient injurié devaient mal tourner dans la suite, leur vaillance s’étant trompée de camp. Et ce petit mot infamant, la peur, est apparu, depuis, sous des plumes fières.            
Quant aux combattants d’infanterie, ils avaient écrit : « Vrai ! Voilà ce que nous ressentions et ne savions exprimer. » Leur opinion comptait beaucoup… »

Gabriel Chevallier, extrait de la préface à La Peur

Gabriel Chevallier est né le 3 mai 1895 à Lyon. Fils de clerc de notaire, il entre aux Beaux-Arts à 16 ans. La guerre interrompt ses études. Mobilisé en 1914 dans l’infanterie, blessé en 1915 en Artois, il termine néanmoins les combats en première ligne en 1918. De retour à la vie civile, il exerce de nombreux métiers : journaliste, dessinateur, représentant, petit industriel, etc. En 1929, il publie un premier livre, Durand, voyageur de commerce, et l’année suivante La Peur. En 1934, avec Clochemerle, son quatrième titre, il connaît le succès. Gabriel Chevallier peut dès lors se consacrer entièrement à l’écriture. Il publiera jusqu’en 1968 une vingtaine d’ouvrages. Il est mort le 5 avril 1969 à Cannes, à l’âge de 73 ans.

La Peur est publié aux éditions Le Dilettante

Avec
Stanislas Perrin   ( Jean Dartemont)
Baptiste Dezerces   ( Bertrand)
Zacharie Lorent   ( un caporal)
Simon Larvaron    ( un sergent)
Et les voix de Théo Comby-Lemaître, Jean-Charles Delaume, Loïc Hourcastagnou, Johann Proust, Matyas Simon

Bruitage : Bertrand Amiel
Prise de son, montage et mixage : Olivier Dupré, Lidwine Caron
Assistante à la réalisation : Laure Chastant

Bibliographie

La peur

La peurGabriel ChevallierDilettante, 2008

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