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Un homme à table, illustration du "Procès" en 1905, issue de la collection du Muséum de Prague
Épisode 9 :

La cathédrale

24 min
À retrouver dans l'émission

« Vous m'avez confisqué mon procès, en tant qu’avocat vous me tenez à l'écart, afin que je ne puisse pas intervenir ; résultat : un beau jour un jugement sera rendu en mon absence. Désormais je prends les choses moi-même en main… »

Un homme à table, illustration du "Procès" en 1905, issue de la collection du Muséum de Prague
Un homme à table, illustration du "Procès" en 1905, issue de la collection du Muséum de Prague Crédits : Fine Art Images/Heritage Images - Getty

Traduction et adaptation radiophonique de David Zane Mairowitz
Conseillères littéraires  Emmanuelle Chevrière et Katell Guillou
Réalisation  Michel Sidoroff

Août 1914. Partout, la guerre fait rage. A Prague le sentiment refoulé de haine qui existe entre Allemands et Tchèques conduit à une flambée des tensions. Dans la vieille ville, depuis sa fenêtre, Franz Kafka, rédacteur dans une compagnie d'assurances et écrivain à mi-temps, regarde un défilé et il ressent « de l'envie et de la haine envers les combattants, auxquels je souhaite avec passion tous les maux ».
Ecrire chez lui, où il habite avec ses parents, est un enfer. Il est obligé d'exercer son travail d'écrivain uniquement la nuit. En plus, il vient de rompre ses fiançailles avec Felice Bauer après une vive altercation dans un hôtel à Berlin, hôtel qu'il décrit comme « cour de justice », événement qu'il appelle « un procès ».
Pris dans la tourmente personnelle et aussi par les événements qui vont ébranler le monde, Kafka, une nuit, écrit la première phrase d'un roman qui va bouleverser le monde de la littérature pour le siècle à venir : « Jemand musste Josef K. verleumdet haben, denn ohne dass er etwas Böses getan hätte, wurde er eines Morgens gefangen. » « Quelqu'un avait dû calomnier Joseph K, car, sans rien avoir fait de mal, il fut capturé un matin. » Très vite, il efface le mot gefangen (capturé) et le remplace par  verhaftet (arrêté).
L'histoire est celle de Joseph K, antihéros, arrêté un beau matin « sans rien avoir fait de mal ». Accusé d'une faute qu'il ignore par des juges qu'il ne voit jamais et conformément à des lois que personne ne peut lui enseigner, il va pousser un nombre ahurissant de portes pour tenter de démêler la situation. À mesure que le procès prend de l'ampleur dans sa vie, chaque porte ouverte constitue une fermeture plus aliénante sur le monde de la procédure judiciaire, véritable source d'enfermement et de claustrophobie.
Mais le projet de Kafka n'était pas de dénoncer un pouvoir tyrannique ni de condamner une justice mal faite. Le procès intenté à Joseph K. ne relève d'aucun code et ne peut s'achever ni sur un acquittement ni sur une condamnation, puisque Joseph K. n'est coupable que d'exister.
Cette adaptation radiophonique de David Zane Mairowitz insiste sur l'humour singulier de Kafka très influencé par la tradition mystique et antirationnelle du monde juif d’Europe de l’Est. Elle met en œuvre la dualité entre la mélancolie la plus noire, et l’humiliation de soi - humiliation aussi lucide que cruelle -,  et elle tente de mettre en lumière l'érotisme de l’univers de Kafka, un pan de son œuvre moins souvent évoqué. 

Avec :                            

Stéphane Valensi      ( K)
Audrey Meulle    ( Léni)
André Cazalas     ( L’aumonier)

Bruitage  Bertrand Amiel
Prise de son, montage et mixage  Bernard Lagniel et Emmanuel Armaing
Assistant à la réalisation Guy Peyramaure

Rediffusion de 2014

Bibliographie

Le Procès de Franz Kafka

Le ProcèsFranz Kafka et Jean-Pierre MorelGallimard/Foliothèque, 1998

L'équipe
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