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Georges Simenon
Épisode 4 :

Tout dépend du point de vue où on se place

24 min
À retrouver dans l'émission

"Depuis que je suis couché ici avec la quasi-certitude de ne pas me relever, je m'efforce de me comprendre, d'avoir enfin une opinion sur moi-même. Je suis loin du compte... "

Georges Simenon
Georges Simenon Crédits : Victor Diniz © ™ Simenon.tm, all rights reserved

« A tous ceux, professeurs, médecins, infirmières et infirmiers, qui, dans les hôpitaux et ailleurs, s’efforcent de comprendre et de soulager l’être le plus déconcertant : l’homme malade. » Ce n’est pas seulement le décor qui est planté dès l’épître dédicatoire des Anneaux de Bicêtre (qui fut dans un premier temps intitulé « Les cloches de Bicêtre ») que Georges Simenon publia en 1963, c’est l’esprit même du roman, accompagné dès l’entame de l’inévitable, mais nécessaire, avertissement : « Toute ressemblance avec des personnes existantes ne pourrait être que fortuite. » L’auteur craignait qu’on le prît pour un roman à clefs, genre vain et par lui dédaigné. Il est vrai que le restaurant n’était autre que le Grand Véfour du chef Raymond Oliver et que son héros, magnat de la presse parisienne, vivait une tragédie traversée dans des circonstances similaires par Pierre Lazareff, le patron de France-Soir, ami de Simenon depuis l’avant-guerre… Mais cela importe peu.  Ce qui compte, c’est une fois de plus la dimension universelle et intemporelle du roman : le monde vu d’un lit d’hôpital par un malade qui ne peut s’exprimer et que, partant, tous croient hors du monde jusqu’à ce qu’il sorte de son état apparemment végétatif. Il passe alors d’une perception auditive à une perception visuelle mais n’en poursuit pas moins sa crise de conscience jusqu’à ce qu’à la fin, il boucle la boucle, tant celle de sa méditation que celle de sa maladie, ou plutôt jusqu’à ce qu’il en referme l’anneau.          
Le véritable point de départ du roman, c’est un homme en pleine activité dont l’auteur lui-même ignore le passé à ce moment précis. Il a besoin de voir cet homme-là tout à coup handicapé, à la merci des autres, un grabataire incapable de boire et manger, entièrement dépendant. Ce personnage emblématique du Tout-Paris, familier des meilleurs restaurants et des hôtels particuliers, se retrouve à l’hôpital dans une chambre (Simenon a avoué avoir hésité à le mettre dans la salle commune). L’important était de voir comment cet homme allait considérer les autres humains, comment cet homme, réduit presque à l’état de momie en raison de son AVC,  allait voir ce qui se passait autour de lui.          
La petite graine de son histoire, ce fut donc cela : un fait d’observation dans la rue. Simenon regardait parfois dans la rue un homme ou une femme d’un certain âge, observait sa démarche, et à son regard, à sa façon de tenir la main, il se disait que cette personne était condamnée et qu’elle s’attendait à une crise d’un moment à l’autre. L’hémiplégie, plutôt que l’infarctus du myocarde, lui permettait d’imaginer l’aphasie motrice qui coupait donc la communication avec le monde.          
Simenon n’en ressentit pas moins la nécessité de se documenter afin de n’être pas pris en défaut sur les détails comme sur l’ensemble. Comme il se trouvait à l’étranger, pour une fois, il se permit d’adresser un questionnaire détaillé à un responsable médical de l’hôpital. Mais la plus précise de ses questions, celle qui lui importait le plus, n’avait rien de scientifique : Quand on est allongé dans un lit à tel étage de telle aile, entend-on sonner les cloches de la chapelle ? Et surtout, ressent-on, à travers les cercles concentriques qu’elles lancent dans l’espace, les vibrations des anneaux ?...          
Pierre Assouline

Adaptation : Pierre Assouline
Réalisation : Michel Sidoroff
Conseillère littéraire : Emmanuelle Chevrière
Avec la Comédie Française
Thierry Hancisse  (René Maugras), Coraly Zahonero (Lina), Laurent Natrella  (Pr Audoire), Gilles David (Clabaud), Suliane Brahim  (Mlle Blanche), Elliot Jenicot  (Narrateur), Julien Frison  (L'Interne)
Bruitage : Bertrand Amiel
Prise de son, montage et mixage : Eric Boisset, Maïwenn Le Jehan
Assistant à la réalisation : Claire Chaineaux

Bibliographie

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