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Alexandre Soljenitsyne , en 1993, sur l'émission "Bouillon de Culture"
Épisode 2 :

La maison de Matriona

25 min
À retrouver dans l'émission

La poétesse Anna Akhmatova écrivait à propos de la nouvelle intitulée La maison de Matriona : « C’est plus terrible qu’Une journée d’Ivan Denissovitch… parce que ce n’est pas seulement Matriona, mais toute la campagne russe qui passe sous la locomotive et se retrouve en mille morceaux. »

Alexandre Soljenitsyne , en 1993, sur l'émission "Bouillon de Culture"
Alexandre Soljenitsyne , en 1993, sur l'émission "Bouillon de Culture" Crédits : Antonio Ribeiro - Getty

Réalisation : Jean Matthieu Zahnd
Extraits choisis par Grégoire Lopoukhine
Conseillère littéraire Emmanuelle Chevrière

Alexandre Soljenitsyne, le nom est familier, mais jamais un écrivain russe n’a fait l’objet d’un si grand malentendu. 

On connaît sa description du système concentrationnaire des goulags, son bras de fer avec le régime soviétique, et, après son exil en 1974, ses prises de positions polémiques, entre autres contre le modèle démocratique occidental ; c’est donc la figure publique qui surgit dans les mémoires lorsque l'on prononce son nom. Mais derrière ce symbole porté aux nues d’un côté et conspué de l’autre, il y a avant tout un écrivain, à la plume vive, pleine d’énergie, d’humour et de poésie. C’est ce Soljenitsyne – le Soljenitsyne écrivain, prix Nobel de littérature en 1970 –, injustement ignoré, que nous avons voulu faire entendre ici. 

Né en 1918, à Kislovodsk, dans le nord du Caucase, il mène une vie semblable à tant d’autres en URSS : il est socialiste convaincu, il  adhère aux Jeunesses communistes et il ne remet pas en cause la légitimité du pouvoir soviétique.  Mais en février 1945, tout bascule. Officier d’artillerie sur le front allemand, il est arrêté pour avoir critiqué Staline dans une série de lettres à un ami et il est envoyé dans un camp de travail forcé. Il a 26 ans. C’est là, dans l’enfer du goulag soviétique, que lui apparaît clairement la mission supérieure de son écriture : donner une voix aux milliers de morts du goulag et lutter contre le grand mensonge soviétique.

En 1953, il est libéré et envoyé en « relégation perpétuelle » au Kazakhstan. 

De retour en Russie en 1959, il prend un poste d’enseignant en province et il continue à écrire dans ce qu’il appelle le souterrain : c’est-à-dire dans la clandestinité et sans espoir de publication. Il cache, il brûle et éparpille soigneusement ses archives. L’expérience du goulag l’a endurci et l’a préparé à cette vie souterraine.

Pourtant, un jour de 1961, n’y tenant plus, il tente tout de même de se faire publier. Il prend un de ses récits, écrit deux ans auparavant en trois semaines, TCH-854, d’après le matricule de bagnard de son personnage principal. Le récit est publié début 1962, sous le titre d’Une journée d’Ivan Denissovitch.

S’ensuivent de nombreux récits et romans dont le plus célèbre reste L'Archipel du Goulag qui traite du système carcéral et de travail forcé mis en place en Union soviétique. Écrit de 1958 à 1967 dans la clandestinité, l'ouvrage ne se veut ni une histoire du goulag ni une autobiographie, mais le porte-parole des victimes des goulags : il est écrit à partir de 227 témoignages de prisonniers ainsi que de l'expérience de son auteur. Soljenitsyne précise que « Ce livre ne contient ni personnages ni événements inventés. Hommes et lieux y sont désignés sous leurs vrais noms ».

La publication à Paris aux éditions du Seuil de la première partie du livre en 1974 provoqua une véritable déflagration qui se propagea dans le monde entier. Quant à son auteur, il fut contraint à l'exil et déchu de sa citoyenneté. Réfugié en Europe de l'Ouest puis aux États-Unis, il est finalement réhabilité par Gorbatchev, et rentre à Moscou où il termine sa vie. Il y meurt en 2008 à l'âge de 89 ans.

Avec les voix de : Aurélien Recoing et Marina Moncade

Equipe de réalisation : Benjamin Vignal, Maïwen Le Jehan
Assistante à la réalisation : Claire Chaineaux

L'équipe
Conseiller(e) littéraire
Avec la collaboration de
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