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Ossip Mandelstam
Épisode 1 :

L'enfance

24 min
À retrouver dans l'émission

« Je n’ai pas envie de parler de moi, mais d’épier les pas du siècle, le bruit et la germination du temps. »

Ossip Mandelstam
Ossip Mandelstam Crédits : @Leemage - AFP

Extraits choisis par Hélène Bleskine et traduits par Jean-Claude Schneider
Conseillère littéraire : Emmanuelle Chevrière
Réalisation : Cédric Aussir

Le poète russe Ossip Mandelstam est né dans une famille juive à Varsovie en 1891. Il a cinq ans quand ils obtiennent l’autorisation de s’installer à Saint-Pétersbourg. Dès l’enfance, le poète apprend l’allemand et le français. Son père est un commerçant en maroquinerie et sa mère enseigne le piano.
À Saint-Pétersbourg, il suit les cours de la prestigieuse école Tenichev de 1900 à 1907. Puis d'octobre 1907 à mai 1908, il est étudiant à la Sorbonne à Paris où il suit les cours de Joseph Bédier et d'Henri Bergson. Il y découvre la poésie de Verlaine. Ne pouvant rentrer à l'université de Saint-Pétersbourg en raison des quotas limitant les inscriptions des étudiants juifs, il part en septembre 1909 pour l'Allemagne, où il étudie la littérature française et l'histoire de l'art à l’université de Heidelberg jusqu'en 1910.
De retour en Russie, à 20 ans, il se tourne vers la philosophie à l’université de Saint-Pétersbourg où il a pu s'inscrire et publie ses premiers poèmes, en 1913, dans la revue Apollon.
Il fait partie de cette génération de poètes née dans les années 1890, avec Anna Akhmatova, Boris Pasternak, Marina Tsvétaéva, Maïakovski, qui tracèrent avec force de nouvelles inventivités. Avant la première guerre mondiale, on assiste à Saint-Pétersbourg à une effervescence des mouvements d'avant-garde qui s'opposent au symbolisme vieillissant. Ossip Mandelstam fait partie de cette avant-garde et fonde, avec Nicolas Goumiliov et Anna Akhamtova, « l'atelier des Poètes ».
Il est difficile aujourd'hui d'imaginer la vie des poètes  «exilés de l'intérieur» dans la Russie soviétique. L'histoire d'Ossip Mandelstam  fut découverte en France grâce à la publication en 1972 des souvenirs de sa femme Nadejda intitulés : Contre tout espoir. Elle y raconte notamment, les difficultés rencontrées par Mandelstam pour s’adapter, dans les années 20, à ce nouveau monde : « Toutes ses tentatives pour s'accorder à l'époque furent vaines, écrit-elle. Il n'avait pas encore remarqué comment « ces hommes nouveaux », si animés et volubiles en apparence, subissaient une métamorphose classique : ils devenaient insensibles, ce qui est parfaitement normal lorsque l'homme perd ce qui fait de lui un homme, c'est-à-dire la notion des valeurs. »
En novembre 1933, Mandelstam écrit l’un des poèmes politiques les plus connus du XXe siècle. Un brûlot contre Staline. Selon le témoignage d’Anna Akhmatova, il disait, avant de le réciter : « Aujourd’hui, la poésie doit être civique. » Ce texte constitue le principal chef d’accusation contre Mandelstam et la raison de son arrestation en mai 1934, pour activités contre-révolutionnaires. Grâce à l’intervention de Boukharine à la demande d’Anna Akhmatova et de Boris Pasternak, sa condamnation à la déportation est commuée en exil. Il est alors placé en résidence surveillée à Voronej, privé de tout moyen de subsistance.
Après leurs trois années d’exil, le couple Mandelstam rentre et cherche à s’installer à Moscou, mais le permis de séjour leur est refusé. Ils survivent alors clandestinement dans des bourgades autour de la capitale, grâce à l’aide de leurs amis mais le 2 mai 1938, le poète est de nouveau arrêté et condamné cette fois à cinq ans de travaux forcés. Après avoir subi les pires humiliations, il meurt de faim et de froid, à 47 ans, du côté de Vladivostok, pendant le voyage qui devait le conduire dans un camp de transit, aux portes de la Kolyma. Son corps est jeté dans une fosse commune.
En 1956, pendant le « dégel » de la déstalinisation, Mandelstam fut partiellement réhabilité et disculpé des accusations portées contre lui en 1938 mais ce n’est que le 28 octobre 1987, sous le gouvernement de Gorbatchev, qu’il fut pleinement lavé des accusations de 1934.

Avec :
Laurent Manzoni, Vincent Berger et Julie Pouillon

Prise de son, montage, mixage : Cédric Chatelus
Assistant à la réalisation : Vivien Demeyère

Les œuvres complètes d’Ossip Mandelstam ont été publiées en 2018 aux éditions Le Bruit du Temps-La dogana dans une traduction de Jean-Claude Schneider

Vous pouvez réécouter ici l'émission "Poésie et ainsi de suite" de Mars 2013, consacrée à Ossip Mandelstam

Bibliographie

Oeuvres complètes

Oeuvres complètesOssip Mandelstamle bruit du temps, 2018

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