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Pages arrachées à Isaac Babel 9/10

24 min
À retrouver dans l'émission

Traduction : Sophie Benech

Réalisation : Etienne Vallès

Qui était Isaac Babel, ce Juif d’Odessa considéré comme l’un des plus grands écrivains russes du XXe siècle, qui connut une gloire fulgurante au début des années 20 avant d’être réduit au silence et exécuté par la Tchéka à l’âge de 45 ans, en janvier 1940 ?

Plutôt que d’évoquer en quelques lignes le destin terrible d’Isaac Babel, son univers rocambolesque, entre Cosaques Rouges et Blancs, dans les ruelles sombres du ghetto, les auberges juives et les champs de bataille, Babel coincé entre un nourrisson qui braille, un tas d’infirmières résignées, des matrones infatigables entourées d’innombrables vieillards, on pourrait recopier quelques-unes de ces premières phrases qui coupent le souffle. Laisser place à l’éclat aveuglant de son style. G.B.

« J’étais allongé par terre, et les viscères de l’oiseau écrasé coulaient sur ma tempe. (…) Les tendres boyaux du pigeon glissaient sur mon front, et je fermais mon dernier œil encore ouvert afin de ne pas voir le monde qui se déployait devant moi. Ce monde était petit et affreux. (…) J’ai fermé les yeux pour ne pas le voir, et je me suis aplati contre la terre qui reposait sous moi dans un mutisme apaisant. Cette terre piétinée n’avait rien à voir avec notre existence ni avec l’attente des examens dans notre vie. Quelque part au loin, elle était parcourue par le malheur monté sur un grand cheval, mais le bruit de ses sabots s’estompait, disparaissait, et le silence, ce silence douloureux qui s’abat parfois sur les enfants en détresse, a soudain aboli la frontière entre mon corps et la terre immobile qui n’allait nulle part. La terre avait une odeur de tréfonds humides, une odeur de tombe, de fleurs. J’ai senti cette odeur et j’ai fondu en larmes sans éprouver aucune peur » (Isaac Babel, Histoire de mon pigeonnier )

Même un incendie qui brûle lumineux comme un dimanche ne se peut comparer au style de Babel , disait le linguiste Viktor Chklovski.

« Je prends un petit rien, une anecdote, une histoire qui traîne sur la place du marché, et j’en fais une chose à laquelle moi-même, je n’arrive plus à m’arracher. Ca joue, c’est rond comme un galet. Ca tient par cohésion de ses particules. Et la force de cette cohésion est telle que même la foudre ne saurait la briser. » Isaac Babel en 1921, dans une conversation avec Constantin Paoustovski.

Une édition des Œuvres complètes de Isaac Babel, établie et traduite du russe par Sophie Benech, a paru en 2011 aux Editions le Bruit du Temps.

9ième épisode

Début

Travail sur un récit

Avec

Féodor Atkine Isaac Babel

Nicolas Raccah Menchikov

Et la voix de Marie-Christine Letort

Musiques : Julius Meytuss (Dnieprostroi) Dimitri Chostakovitch (symphonie n°4)

Prise de son et Mixage: Claude Niort

Assistance technique et montage : Eric Villenfin

Assistante à la réalisation : Yaël Mandelbaum

Les œuvres complètes de Isaac Babel sont publiées aux éditions Le bruit du temps

Intervenants
L'équipe
Conseiller(e) littéraire
Avec la collaboration de
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