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Vêtements typiques fin du XIX ème

"À vau-l’eau" de Joris-Karl Huysmans (extraits)

57 min
À retrouver dans l'émission

Personnage caractéristique de la fin du XIXème siècle, M. Folentin est un célibataire triste, un petit fonctionnaire qui végète, sans attaches, sans famille. Il est l’homme moderne, c’est-à-dire personne, M. Tout-le-monde.

Vêtements typiques fin du XIX ème
Vêtements typiques fin du XIX ème Crédits : Hulton Archive - Getty

Huysmans avait d’abord envisagé d’intituler sa nouvelle « M. Folantin ». Zola l’en a dissuadé. Le changement se fait à la dernière minute, au moment où le volume est sous presse. […] Zola avait vu juste. Le célibataire triste, le petit fonctionnaire qui végète, sans attaches, sans famille, est un personnage caractéristique de la fin du XIXème siècle. À vau-l’eau est peut-être le texte qui en fait le portrait le plus saisissant. Il ne pouvait donc pas s’intituler « M. Folantin ». […] Le naturalisme se conforme ici au paradoxe de la modernité qui, tout en donnant à l’individu droit à l’existence, le standardise dans les modes de vie et l’économie, le fait disparaître dans la foule. M. Folentin est l’homme moderne, c’est-à-dire personne, M. Tout-le-monde. Sa vie, son emploi du temps et ses amours sont ceux de n’ importe qui. Le décor de son existence est un Paris qui perd son charme, et que les travaux d’Haussmann ont « américanisé » […] Contrairement aux ambitieux ou aux héros pathétiques des romans romantiques, ceux de Balzac ou de Hugo, il a renoncé à être quelqu’un, il s’est résigné à la médiocrité, il ne cherche qu’un peu de confort. La quête de la réussite ou de la lutte morale a laissé place à des soucis minuscules. […] Comme Huysmans, il est fonctionnaire et son métier l’ennuie. C’est Huysmans sans l’écriture et sans la passion pour l’art qui vient de lui faire publier en 1881, plusieurs chroniques d’art, un compte-rendu du salon officiel et un autre de l’exposition des Indépendants. […]          
Les préoccupations de M. Folantin sont presque exclusivement tournées vers la plus quotidienne des activités : se nourrir. En effet, la cuisine devient métaphore de l’impossibilité d’atteindre quelque chose de réel. Elle est l’occasion d’une expérience toujours renouvelée, qui deviendra une obsession de Huysmans, celle de la contrefaçon. Le monde moderne est le règne du faux-semblant, même les nourritures y sont frelatées, les mets sont des apparences de mets. […]          
À vau-l’eau est une histoire de nausée, « une nausée, oui, mais créée et portée, il faut bien l’apercevoir aussi, par une extrême jouissance d’écriture.

Pierre Jourde (La Pléiade, extraits de la notice)

En direct du studio 119 de la maison de la radio

Réalisation : Cédric Aussir
Conseillère littéraire Caroline Ouazana
Avec Jean-Charles di Zazzo
Accompagnement musical Alice Botté
Equipe de réalisation : Lidwine Caron et Manuel Couturier
Assistante à la réalisation Romane Chibane

A l’occasion de la parution des Romans et nouvelles de Huysmans chez Gallimard dans La Pléiade, édition publiée sous la direction d’André Guyaux et de Pierre Jourde.

Joris-Karl Huysmans , de son vrai nom, Georges Charles Marie Huysmans, est né à Paris le 5 février 1848. Il suit pendant quelque temps des cours de droit, puis devient, en 1868, petit fonctionnaire au ministère de l'Intérieur. Incorporé en 1870 dans les mobiles de la Seine, réformé, réintégré dans son ministère, il fait quelque temps après la guerre un voyage en Hollande, à la suite duquel il prend les prénoms de Joris-Karl En 1874, il publie à compte d’auteur Le Drageoir à épice, recueil de poèmes en prose, et en 1876 un premier roman, Marthe, histoire d'une fille. Ces débuts le font remarquer d'Émile Zola et, en compagnie de Henry Céard, Guy de Maupassant, Paul Alexis et Léon Hennique, Huysmans, avec sa nouvelle Sac au dos, collabore aux Soirées de Médan, recueil-manifeste de la jeune école naturaliste. En 1879, c'est à Zola qu'il dédie Les Soeurs Vatard. En ménage (1881)  décrit l’itinéraire d’André Jayant, romancier raté, célibataire en proie à des « crises juponnières ». À vau-l’eau (1882) met en scène un célibataire encore, Folantin. Il est Huysmans, l’homme moderne, M. Tout-le-monde, personne. En 1884, À Rebours marque un tournant. Barbey d’Aurevilly réutilisa la formule par laquelle il avait salué Les Fleurs du Mal : après un tel livre, l’auteur n’a plus qu’à choisir « entre la bouche d’un pistolet et les pieds de la croix ». Là-bas (1891) est le roman du satanisme, et En route (1895) une sorte de Là-haut, le roman de sa conversion qui va se poursuivre avec La Cathédrale (1898) et L'Oblat (1903). Il meurt à Paris 12 mai 1907, après de terribles souffrances supportées avec une foi ardente. 

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