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Le Château de Berry Pomeroy, Devon, 1995.

"Le Château" de Franz Kafka (partie 1)

56 min
À retrouver dans l'émission

Arrivé dans la nuit dans un village enfoui sous la neige, K. se présente comme le nouvel arpenteur, appelé par les autorités du Château.

Le Château de Berry Pomeroy, Devon, 1995.
Le Château de Berry Pomeroy, Devon, 1995. Crédits : Heritage Images - Getty

Écrit après Amerika et Le Procès, Le Château est le dernier des trois grands romans de Franz Kafka (1883-1924). À son ami Max Brod, qui publiera cette oeuvre inachevée en 1926, deux ans après la mort de l’écrivain praguois, Kafka avait confié que Le Château n’existait « que pour être écrit, pas pour être lu. » Il y travaille de janvier à septembre 1922, pour se soustraire à l’angoisse et à la maladie. Atteint de tuberculose pulmonaire, Kafka sait que sa mort est proche. Écrire Le Château est pour lui un acte de survie. Les pas étouffés par la neige de l’arpenteur K. (un double anonyme de Kafka) frémissent d’attente et de désir, et leur avancée opiniâtre sur un paysage blanc évoque la plume de l’écrivain creusant un sillon dans les ténèbres. "Il était tard le soir lorsque K. arriva. Le village était enfoui sous la neige. On ne pouvait voir la colline du château, le brouillard et la pénombre l’environnaient. Il n’y avait pas la moindre lueur indiquant le grand château. K. resta un moment sur le pont de bois qui relie la route au village, les yeux levés vers ce qui semblait être le vide. Puis il se mit en quête d’un gîte pour la nuit."    
Brouillard, obscurité, et peut-être le vide : le premier paragraphe du Château pose d’emblée les motifs obsédants du roman. Aux prises avec une administration dont les voies sont impénétrables, l’arpenteur K. va cheminer dans le village jusqu’à l’épuisement, croyant percer à chaque étape le mystère d’un pouvoir qui se tient caché. Mais Le Château est aussi un grand roman d’amour. Sous les traits de Frieda on reconnaît Milena Jesenska, la traductrice tchèque de Kafka, avec laquelle il vivra un amour impossible. Milena est l’épouse d’un certain Ernst Pollak, qui a inspiré le personnage de Klamm. En 1920, l’écrivain célibataire confie à Milena : « Cet échange de lettres n’amènera jamais qu’à conclure que tu es liée à ton mari par un mariage indissoluble, positivement sacramentel, et moi, par un mariage exactement semblable, à... je ne sais à qui, mais le regard de cette épouse terrifiante se pose souvent sur moi, je le sens. » Et de fait, tout le monde épie tout le monde dans Le Château, dont un autre motif souterrain est le panoptique, dispositif de surveillance qui permet de voir sans être vu. Théâtrales, cinématographiques, radio ou BD, les adaptations du Château sont innombrables. Chaque fois, le même dilemme se pose à l’adaptateur : comment terminer cette histoire laissée inachevée par Kafka ? Et qui d’ailleurs oserait clore ce récit auquel l’inachèvement, l’errance perpétuelle, vont si bien ?    
Plutôt que dans la fiction, la réponse se trouve peut-être dans la réalité : celle de la République tchèque à la fin du vingtième siècle. Václav Havel, l’écrivain dissident et figure emblématique de la Révolution de velours, a raconté comment, élu Président en 1989, il s’efforça de faire passer son pays du système totalitaire à la démocratie. Dans À vrai dire : Livre de l’après-pouvoir (Editions de l’aube 2007), l’écrivain-Président revient sur son parcours singulier : « Mon histoire ressemble à un conte de fées, à la conclusion kitsch : alors que tout le monde lui dit que cela n’a pas de sens, le brave Jeannot tchèque tape sans relâche avec sa tête contre le mur jusqu’à ce que celui-ci s’écroule, pour devenir le roi qui a régné, règne et régnera pendant treize longues années. Pourquoi ne pas attirer l’attention précisément sur des happy ends de ce genre ? Ne peuvent-ils pas devenir source d’espoir pour d’aucuns qui continuent encore à taper contre le mur ? »    
À Prague, le palais présidentiel est appelé le Château. Ce n’est sans doute pas celui que Kafka avait en tête en rédigeant son roman. Et les happy ends n’étaient pas sa tasse de thé. Mais on peut penser qu’il aurait apprécié, s’il avait pu la connaître, cette ironie de l’Histoire.

Stéphane Michaka 

L’arpenteur K. arrive de nuit dans un village anonyme. Il a quitté son pays d’origine et prétend avoir été recruté par le comte West-West. En attendant d’obtenir un poste d’arpenteur, K. tente de se faire une place dans la communauté. Mais il est en butte à la méfiance des habitants du village. À l’auberge des Messieurs, où logent les fonctionnaires du Château, K. rencontre Frieda, une jeune serveuse qu’il séduit. Or Frieda est la maîtresse de Klamm, le Chef de Bureau dont dépend le sort de K...
Librement adapté par Stéphane Michaka
Réalisation : Cédric Aussir.
Conseillère littéraire Caroline Ouazana
Avec Xavier Brossard (K), Maud Le Grevellec (Frieda), Jana Bittnerova (La Présentatrice), Michel Crémadès (L’Aubergiste du Pont), Jonathan Cohen (Schwarzer), Ollivier Arrighi (Oswald), Benjamin Abitan (L’Instituteur), Christian Cloarec (Lasemann), Sophie Gubri (Madame Brunswick), Bartolomew Boutellis  (Arthur), Igor Mendjisky (Jérémie), Jérémie Boireau (Barnabé), Caroline Breton  (Olga), Charlotte Hirsch (Amalia), Daniel Berlioux (L’Aubergiste des Messieurs), Patrice Bornand (Klamm), Martine Schambacher (L’Hôtelière), Jackie Berroyer (Le Maire), Claude Aufaure (L’Aveugle), Grégory Gadebois (Le Cocher), Olivier Broche (Momus)
Et les voix de Phil Bouvard, Thierry Garet, Sylvain Elie, Valentine Galey, Fabien Gravillon, Marie Ouguergouz et Cyril Menauge.
Bruitage : Sophie Bissantz Prise de son, montage, mixage : Pierre Minne et Xavier Lévêque. Assistante à la Réalisation : Marie Plaçais   Stéphane Michaka est né en 1974 à Paris. Après des études de littérature à Cambridge (Royaume-Uni), il part enseigner le français en Afrique du Sud. Auteur de romans (La Fille de Carnegie chez Rivages, Ciseaux chez Fayard) et de pièces de théâtre (Le Cinquième Archet, Les Enfants du docteur Mistletoe), il a signé plusieurs concerts-fictions mis en musique par l'Orchestre National de France, parmi lesquels Alice & merveilles (coédité en livre-CD par Radio France et Didier Jeunesse), Vingt mille lieues sous les mers et Moby-Dick (coédités par Radio France et Gallimard Jeunesse). Sa série en deux tomes Cité 19, parue chez Pocket Jeunesse, a conquis un large public parmi les adolescents et les adultes. Son roman La Mémoire des Couleurs (Pocket Jeunesse) a été sélectionné pour le Prix Vendredi et fait partie de la sélection 2020 des 100 livres préférés de la Revue des Livres pour Enfants.

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