LE DIRECT
Barbey d'Aurevilly, portrait par Carolus-Duran 1860

"Le plus bel amour de Don Juan", de Barbey d’Aurevilly

1h
À retrouver dans l'émission

Convié à un somptueux dîner par douze dames du faubourg Saint-Germain, le comte Ravila est prié de raconter ce que fut le plus bel amour de sa vie.

Barbey d'Aurevilly, portrait par Carolus-Duran 1860
Barbey d'Aurevilly, portrait par Carolus-Duran 1860 Crédits : Dea picture Library - Getty

Réalisation : Jean-Matthieu Zahnd
Conseillère littéraire Caroline Ouazana

  • En direct du studio 119 de la Maison de la radio

Le comte Ravila est à l’âge où l’on commence à contempler le chemin parcouru. Le narrateur raconte le somptueux souper auquel le convièrent un soir douze dames de la meilleure société du faubourg Saint-Germain. Chacune d’entre elles fut un jour la maîtresse du comte Ravila.  Alors que l’aube point derrière les rideaux roses fermés, que l’alanguissement commence à prendre les chevalières de cette Table Ronde, la voix de la duchesse de*** s’élève : « Vous qui passez pour le Don Juan de ce temps-ci, vous devriez nous raconter l’histoire de la conquête qui a le plus flatté votre orgueil d’homme aimé et que vous jugez, à cette lueur du moment présent, le plus bel amour de votre vie ?... »
Ravila déploie alors devant les douze femmes son talent de conteur. Il prend soin de les désappointer tout d’abord par le récit de sa liaison avec une marquise dont il tait le nom. Jusqu’au moment où celle-ci lui raconte une visite que lui a faite M. le curé de Saint-Germain-des-Prés. Lequel se dit « extrêmement troublé » par la confession d’une pénitente…

Dans Les Diaboliques, recueil de six nouvelles paru en novembre 1874 chez l’éditeur Dentu, Barbey d’Aurevilly se plaît à emboîter ses narrateurs comme des poupées russes, et cette nouvelle en fournit un bon exemple. 

Enigmatiques, parfois presque irréelles, les femmes sont au centre de chacune des nouvelles. La chute, brève et inattendue, laisse toujours planer un non-dit qui parcourt toute l’œuvre. 

L’univers scandaleux que dépeint Barbey lui a valu d’être accusé d'immoralisme. 

Lors de sa parution des Diaboliques, il est poursuivi pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs, et complicité ». Et lorsque l’œuvre sera rééditée en 1883, l’auteur prend la précaution d’y ajouter une préface : « Bien entendu qu’avec leur titre de Diaboliques, elles n’ont pas la prétention d’être un livre de prières ou d’Imitation chrétienne... Elles ont pourtant été écrites par un moraliste chrétien, mais qui se pique d’observation vraie, quoique très hardie, et qui croit – c’est sa poétique, à lui – que les peintres puissants peuvent tout peindre et que leur peinture est toujours assez morale quand elle est tragique et qu’elle donne l’horreur  des choses qu’elle retrace. Il n’y a d’immoral que les Impassibles et les Ricaneurs. Or, ’auteur de ceci, qui croit au Diable et à ses influences dans le monde, n’en rit pas, et il ne les raconte aux âmes pures que pour les en épouvanter. 

Le recueil est donc censé être didactique, mais la jouissance de l'écriture dans les descriptions et la narration peut parfois rendre perplexe. Cette ambivalence fait partie de la complexité de l'ouvrage et participe à en faire une grande œuvre.

Avec

Le narrateur : Gabriel Dufay Le Comte Ravila de Ravilès et le vieux curé : Laurent Lederer La Marquise Guy de Ruy : Bernadette Le Saché La Duchesse de *** : Evelyne Guimmara La Comtesse de Chiffrevas : Marie-Armelle Deguy La Princesse Jable et la petite fille : Cécilia Dassonneville La Marquise anonyme décrite par Ravila de Ravilès : Catherine Tartarin

Pièces interprétées au clavecin par Annie Kalifa
Equipe de réalisation : Sébastien Royer, Philippe Merscher, Léa Racine

Barbey d’Aurevilly (1808-1889) est écrivain, critique littéraire, dandy et polémiste. Il est issu de la petite noblesse normande profondément catholique. Un moment républicain et athée, il finit par adhérer à un monarchisme intransigeant sous l'influence de Joseph de Maistre. Il revient au catholicisme vers 1846 et se fait le défenseur acharné de l’ultramontanisme et de l’absolutisme, tout en menant une vie élégante et désordonnée de dandy. Il théorise d'ailleurs, avant Baudelaire, cette attitude de vie dans son essai sur le dandysme et George Brummell. Ses choix idéologiques nourriront une œuvre littéraire, d’une grande originalité, fortement marquée par la foi catholique et le péché.

Son œuvre a été saluée par Baudelaire et plusieurs écrivains ont loué son talent extravagant, notamment à la fin de sa vie. Hugo, Flaubert ou Zola, quant à eux, ne l’appréciaient pas. Ses « héritiers » sont Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau ou Paul Bourget et sa vision du catholicisme a exercé une profonde influence sur l’œuvre de Bernanos

L'équipe
Coordination
Conseiller(e) littéraire
Avec la collaboration de
À venir dans ... secondes ...par......