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Georges Simenon en 1981

Les mémoires de Maigret de Georges Simenon

58 min
À retrouver dans l'émission

Une mise en abyme du personnage du commissaire Maigret par le romancier, irrésistible et étourdissante conversation entre la créature et son créateur.

Georges Simenon en 1981
Georges Simenon en 1981 Crédits : Louis Monier - Getty

France Culture et la Comédie-Française, en partenariat avec la BnF présentent
Les mémoires de Maigret de Georges Simenon Adaptation Pierre Assouline Réalisation : Laurence Courtois

Conseillère littéraire : Caroline Ouazana

  • Enregistré en public dans le cadre de La Bibliothèque parlante, le festival de la BnF, le 26 mai au Grand auditorium

« On comprend que Georges Simenon ait confié avoir une tendresse particulière pour ce roman. Car c’en est un, malgré l’ambiguïté du titre. Il a l’originalité de mettre en présence en les confrontant Maigret et le jeune Simenon,  le commissaire et l’écrivain, la créature face à son créateur, dès leur première rencontre dans les bureaux de la Police judiciaire au Quai des Orfèvres. L’expérience est fascinante à observer pour tout écrivain parfaitement au fait des mécanismes de la création littéraire, et passionnante à découvrir pour tout lecteur curieux de l’envers du décor.  S’ensuit une mise en abyme drôle, instructive et vertigineuse. Simenon avait écrit ce roman  en 1950 à l’occasion des 20 ans d’existence éditoriale du plus célèbre flic de France. C’est un livre tellement à part dans sa bibliographie qu’il avait un temps songé à le publier sans nom d’auteur sur la couverture….

Pour le grand public, Georges Simenon (1903-1989) est d’abord un phénomène : l'homme aux 400 livres et aux 10 000 femmes, et l’auteur de langue française le plus souvent porté à l’écran. Personnage excessif, écrivain de génie, père du célèbre Maigret et d'une importante œuvre  purement romanesque, Simenon restera l'un des écrivains majeurs de ce siècle. L’énigmatique « pudeur Simenon », transmise de génération en génération, aura poussé le mémorialiste en lui à étaler en fin de parcours ce que l’on aurait cru très privé (le tumulte de ses relations avec sa seconde femme, la descente aux enfers de leur fille) tout en faisant l’impasse sur des pans entiers de sa vie (son implication dans l’affaire Stavisky, son attitude pendant la guerre, les vraies raisons de son départ en Amérique à la Libération, la mort de son frère). Quand il nous faisait pénétrer dans la fabrique de son œuvre, nous donnant l’illusion d’être entraînés à sa suite en toute indiscrétion, il procédait à un tri du même ordre; il ne retenait que ce qui confirme la primauté de l’instinct sur la réflexion (mise en transes, promenades en forêt, écriture de « déglutissement ») à l’exclusion de toute préméditation (choix d’un titre-pro- gramme, établissement de dossier sur un projet bien précis, personnages puisés parmi ses relations, intrigues calquées sur des événements vécus) ; son projet d’existence releva autant du calcul et de la projection dans le futur que d’une étonnante faculté de s’adapter aux convulsions de son temps. Mais qui dira jamais à quoi obéissent véritablement le rythme d’une vie et le mouvement d’une œuvre?

Le génie de Simenon, c’est qu’il vous parle de vous sans jamais vous interpeller. Il vous fait accéder, directement, à l’universel. Il n’y a pas de gras chez Simenon. On est à l’os tout de suite. De quoi parle-t-il ? De l’amour, de la haine, de  l’envie, de la jalousie, de la honte... Ses romans sont construits de la même manière. Ils sont structurés comme une tragédie grecque.

Simenon a eu du succès tout de suite et dans le monde entier. Il ne se présente jamais comme un écrivain. Il parle de lui comme d’un romancier parce que, comme dit Beckett, bon qu’à ça. Il sait jusqu’où outrepasser ses limites. Il ne va pas faire ce qu’il ne sait pas faire. C’est ce qui s’appelle creuser son sillon. On aurait dû ceindre les deux cents « romans durs » de Simenon d’un bandeau  intitulé « la condition humaine ». C’est une œuvre tragique où la rédemption est difficile à trouver. 

Lui, un homme comme un autre ? La concentration, la puissance de travail, la faculté d’adaptation, la curiosité, la détermination sont des qualités assez répandues mais on les retrouve rarement en un seul individu, et pratiquement jamais chez un homme qui a eu très tôt, très jeune, le goût d’inventer et de raconter des histoires, et l’intuition animale que seule cette activité serait de nature à lui conserver un équilibre relatif. »

Pierre Assouline

Avec les comédiens de la Comédie Française
Bruno Raffaelli   (Maigret-Narrateur)
Alain Lenglet    ( Jaquemain)
Clotilde de Bayser    ( Mme Maigret)
Laurent Natrella    (Simenon)
Christian Gonon   ( Guichard)

Accordéoniste : Johann Riche Equipe technique : Benjamin Peru, Lucas Vaillant, Bastien Varigault   

Assistante à la réalisation Claire Chaineaux

Pierre Assouline a publié Simenon (Folio Gallimard) et Autodictionnaire Simenon (Omnibus, Le livre de poche). Il est l’auteur du documentaire Le siècle de Simenon diffusé sur Arte et d’une Grande traversée consacrée à Simenon sur France Culture.

A réécouter, L'émission "La Cie des auteurs " consacrée à Georges Simenon, diffusée sur France Culture du 12 au 15/03/2018

Les Mémoires de Maigret de Georges Simenon est publié aux éditions Omnibus et au Livre de Poche 

Pour aller plus loin, à découvrir le coffret de ses entretiens avec André Parinaud, Thérèse de Saint-Phalle et Eric Laurent (de 1955 à 1975) «  Des entretiens exemplaires »   

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