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Pages arrachées au journal (2/2)

1h
À retrouver dans l'émission

de 1925 à 1941 « Le 8 mars 1941, Virginia Woolf écrit dans son journal, comme presque tous les jours. C'est le vingt-sixième volume, elle le tient depuis trente ans, elle en a cinquante-neuf. C'est le premier jour de printemps et elle se bat contre ses démons. « Je ne sombrerai qu'avec tous mes étendards déployés » note-t-elle, avant de se lancer dans des considérations sur le haddock et la saucisse. Et puis elle sombre. Sans renoncer jamais à noter des sensations, une branche d'arbre, un vertige. A trouver le mot juste pour la couleur d'un chapeau entrevu dans la rue, pour le clapotement du temps. Tout cela d'où surgit l'émotion, la création. Ce qu'elle appelle la vie supérieure et la vie tout court. C'est un ouvrage inépuisable, drôle et émouvant, fragile et intense, d'une sincérité inégalée. Tous les clichés qui opposent la création à la réflexion, la lecture de tous les livres à l'écriture d'un seul livre, la futilité à la profondeur, la mélancolie au goût le plus vif de la vie sous toutes ses formes, s'y trouvent réduits en miettes. De 1918 à 1941, les livres inscrivent leur trace. Elle espère à chaque fois qu'elle a fait des progrès, que le prochain roman est meilleur que le précédent : Mrs Dalloway, La promenade au phare, Orlando, Les vagues... Elle doute, elle tâtonne, elle renonce, elle est traversée par des visions, des illuminations, des désespoirs. Les pages consacrées à l'écriture sont les plus fortes. Elle revient inlassablement sur sa technique, consigner des scènes, un fatras, refaire chaque jour environ six pages, trouver le mouvement comme on danse, atteindre le naturel. Il y a une lumière incroyable dans le Journal de Virginia Woolf, tout y est affaire de lumière, d'ombre et de lumière. « Si je pouvais, note-t-elle en 1924, garder à un travail élaboré et achevé la légèreté d'une esquisse ». La légèreté de la vie. L'éphémère battement d'ailes en soi, qu'il faudrait pouvoir garder vivant, garder tel quel. La chute d'une fleur. » Geneviève Brisac. Le Journal intégral, 1915-1941 est traduit de l'anglais par Colette-Marie Huet et Marie-Ange Dutartre, préfacé par Agnès Desarthe et postfacé par Frédérique Amselle. Tous deux sont publiés chez Stock. Avec Laurence Roy et Marie-Christine Letort. Prise de son, montage, mixage : Olivier Dupré, Romain Lenoir Assistante : Anne-Laure Chanel Réalisation : Myron Meerson

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