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Jean Giono en 1942

"Refus d’obéissance" de Jean Giono

56 min
À retrouver dans l'émission

Hanté par le souvenir de la Première Guerre mondiale, Jean Giono rédige un manifeste dans lequel il exprime son pacifisme intransigeant et son refus d’obéir à un ordre de mobilisation.

Jean Giono en 1942
Jean Giono en 1942 Crédits : ullstein bild Dtl - Getty

Paru en 1937, Refus d'obéissance rassemble deux textes distincts. Le premier, Je ne peux pas oublier, publié trois ans plus tôt dans la revue Europe, est une sorte de manifeste pour la paix dans lequel Giono évoque l’atrocité de ce qu’il a vécu dans les tranchées durant la Première Guerre mondiale qui ne cesse de le hanter, et son refus d’obéir à un ordre de mobilisation. Le second texte intitulé « Chapitres inédits du Grand Troupeau  » est un récit dont l’action se situe pendant la Première Guerre mondiale. Il y décrit dans une langue bouleversante de réalisme la vie, l'attente et surtout la peur des soldats de la Grande Guerre.
 

On trouvera dans ce livre cet article contre la guerre publié en novembre 1934 à la revue Europe, plus quatre chapitres inédits du Grand Troupeau. Bien souvent des amis m'ont demandé de publier ces textes réunis. Je n'en voyais pas l'utilité. Maintenant j'en vois une : je veux donner à ces pages la valeur d'un refus d'obéissance.                        
Autour de nous, trop d'anciens pacifistes ont obéi, obéissent, suivent peu à peu les grands remous, tout claquants d'étendards et de fumées, marchent dans les chemins qui conduisent aux armées et aux batailles. Je refuse de les suivre : même si mes amis politiques s'inquiètent dans cet acte d'un individualisme suspect.                        
Je trouve que personne ne respecte plus l'homme. De tous les côtés on ne parle plus que de dicter, d'obliger, de forcer, de faire servir. On dit encore cette vieille dégoûtante baliverne : la génération présente doit se sacrifier pour la génération future. On le dit même de notre côté, ce qui est grave. Si encore nous savions que c'est vrai! Mais, par expérience, nous savons que ça n'est jamais vrai. La génération future a toujours des goûts, des besoins, des désirs, des buts imprévisibles pour la génération présente. On se moque des diseurs de bonne aventure. Il faut sinon se moquer, en tout cas se méfier des bâtisseurs d'avenir. Surtout quand pour bâtir l'avenir des hommes à naître, ils ont besoin de faire mourir les hommes vivants. L'homme n'est la matière première que de sa propre vie.                        
Je refuse d'obéir.»                        
«Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l’entends, je la subis encore. Et j’ai peur. Ce soir est la fin d’un beau jour de juillet. La plaine sous moi est devenue toute rousse. On va couper les blés. L’air, le ciel, la terre sont immobiles et calmes. Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre. L’horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marque.

Jean Giono.

Première partie : Je ne peux pas oublier et « Chapitres inédits du Grand Troupeau  »

Lu par Denis Podalydès
Réalisation : Manoushak Fashahi

Jean Giono, né le 30 mars 1895 à Manosque et mort le 9 octobre 1970 dans la même ville, est un écrivain français. Mobilisé en 1914, il découvre les horreurs de la guerre et devient un pacifiste convaincu. Apres avoir travaillé un temps dans une banque, il se consacre exclusivement à l'écriture. En avril 1935, il publie Que ma joie demeure qui connaît un grand succès, particulièrement auprès de la jeunesse. Accusé à tort de soutenir le Régime de Vichy et de collaborer avec l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale en raison de son pacifisme, il sera arrêté en septembre 1944, passera cinq mois en détention et sera pratiquement mis en quarantaine jusqu'en 1951, date à laquelle il sort enfin du purgatoire, grâce au succès de ses livres, notamment du Hussard sur le toit. Elu à l'Académie Goncourt en 1954, il voyage, diversifie sa production par des récits de voyage, des comptes rendus judiciaires, des billets d'humeur remis à des journaux, se lance même dans la production de scénarios pour le cinéma. Vaste et prolifique, l'œuvre de Jean Giono mêle un humanisme naturel à une révolte violente contre la société du XXe siècle. Un grand nombre des ouvrages de Jean Giono ont pour cadre le monde paysan provençal. Inspirée par son imagination et ses visions de la Grèce antique, son œuvre romanesque dépeint la condition de l'Homme dans le monde, face aux questions morales et métaphysiques et possède une portée universelle.
 

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