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Un homme dans la brèche

58 min
À retrouver dans l'émission

Ecrit et réalisé par Michel Sidoroff

Un homme dans la brèche
« L’action se situe en été 1917 à La Courtine (Creuse) et dans ses environs, où ont été relégués plus de 9000 soldats russes mutinés, appartenant à la Première Brigade de soldats fournis à la France dès 1915 par le tsar Nicolas II, en échange de vieux fusils. Une chair à canon bon marché et réputée courageuse… Non loin de là, au Courneau, est cantonnée la troisième Brigade, à l’état d’esprit partagé entre le désir de rentrer au pays et celui d’obéir. Autour d’un homme censé jouer le rôle d’interprète auprès des Russes, le scénario concentre des événements étalés entre juillet et septembre 1917. Les dialogues font parfois référence à des événements survenus en amont, fragments d’un récit qui pourrait constituer l’épopée de ces soldats russes révoltés. Qu’on sache ici seulement que 7000 d’entre eux périrent lors des tristement célèbres “offensives Nivelle”.

Les tenants et les aboutissants de ces événements encore mal connus en France, sont analysés magistralement dans l’ouvrage très documenté de Rémy Adam, “Histoire des soldats russes en France, les damnés de la guerre”, paru aux éditions L’Harmattan en 1996. Le choix d’avoir concentré, ou plutôt condensé sur une courte durée des événements nombreux et chaotiques, correspond à la manière dont procèdent les mouvements de l’imagination et du rêve. Il répond à une volonté dramaturgique : interroger, éclairer le rôle de l’individu dans l’Histoire, à travers la décision d’un personnage d’interprète, André, placé à l’exacte frontière entre le monde des soldats russes aspirant à la liberté et celui des puissants (pour combien de temps encore?), aspirant à anéantir cette liberté.

Le camp de La Courtine est entouré d’une enceinte. Il m’a plu d’y imaginer une brèche. Le propre d’une brèche est de pouvoir s’élargir. Un homme ne peut y suffire. Mais si un seul s’y tient, d’autres alors s’y engouffreront, et les murs tomberont. À l’issue de l’ultimatum de début septembre 1917, les soldats de La Courtine avaient répondu aux bombardements, dans un premier temps, par la musique. La singularité de leur réaction, en même temps qu’elle me parut magnifique, dans son humour cinglant, s’imposa comme une donnée dramaturgique initiale à la radio : la musique de ces Russes est ici une réponse insupportable pour le commandement français, chargé de superviser et épauler les officiers russes rejetés par leurs soldats. Elle joue un rôle non négligeable dans la résolution des problèmes temporels soulevés par la durée réelle des événements.

À Gentioux, non loin de La Courtine, depuis 1924, un célèbre monument aux morts de 14-18 représente un enfant montrant du poing la liste des morts de cette commune, et porte l’inscription : “Maudite soit la guerre.”

Le 15 septembre 2012, un monument a été érigé à La Courtine, à la mémoire des soldats russes insurgés contre la guerre. » Michel Sidoroff

Auditeur depuis l’enfance, Michel Sidoroff est venu à la radio par désir de prolonger sa pratique de la poésie et de mettre en ondes, tant les textes théâtraux que les scénarios qui l’avaient fait rêver. Après le passage du concours de réalisateurs, sa première émission dramatique fut son adaptation de la nouvelle de Cesare Pavese, “L’Idole”. Très tôt, l’écriture, à travers des productions de documentaires et d’émissions littéraires, des adaptations (“Meurtres pour mémoire”, de Didier Daeninckx, “La Flèche jaune”, de Viktor Pelevine…), l’écriture s’est tressée avec son travail de réalisation. Premier scénario original: “La Dérive des glaciers”, mêlant son expérience d’alpiniste à la réflexion politique sur la réaction régionaliste en Lombardie et en Savoie. La poésie y trouvait une fonction dramaturgique, à travers Maurice de Guérin et son poème en prose “Le Centaure”. Le second scénario, “Beth-Saïda” offrait une place plus importante à la poésie avec Rimbaud et l’une de ses proses préparatoires aux Illuminations. Ce travail était nourri à la fois par une réflexion sur la défense de la laïcité et par le travail de recherche effectué en commun avec le linguiste Henri Cottez, ancien professeur et ami.

Récusant la notion restrictive et entachée par le stalinisme d’auteur “engagé”, Michel Sidoroff intègre la réflexion politique dans l’action poétique et dramatique, prolongeant ainsi sa fréquentation de groupes poétiques surréalistes ou proches de ce mouvement. Dans cet esprit, il a récemment produit et réalisé “Avec Benjamin Péret, l’oreille entre les dents”. L’imagination lui paraît la seule issue à la crise de la pensée. Récemment, l’auteur a coécrit avec Andréa Finck le feuilleton radiophonique “Artemisia, claire, obscure”, consacré au peintre du XVIIème siècle Artemisia Gentileschi”, et récemment diffusé. Ce texte, comme “Un Homme dans la brèche”, a été en partie écrit à l’occasion d’une résidence d’auteurs, en 2012, sur le cargo “Fort Saint-Pierre”, entre Dunkerque et la Guadeloupe, où l’auteur a d’ailleurs réalisé, autour d’Elie Domota, le documentaire “Volcan sous surveillance”. Organisée par le Centre National du Théâtre et soutenue par la SACD, cette résidence flottante a aussi permis à Michel Sidoroff de commencer l’écriture d’un scénario marqué par l’expérience de la traversée.

Avec :

(André Voronej ) Nicolas Struve

(Hélène) Flora Brunier

(Marceau) Olivier Peigné

(Général Comby) Alain Rimoux

(Général Pétain) Jean-Pierre Moreux

(Général Zankévitch) Serguei Vladimirov

(Gauthier) Daniel Carraz

(Adèle) Sonia Masson

(Le maire de la Courtine) Pierre Constant

(Fernand) Daniel Krellenstein

(Gilberte ) Claire Beaugé

(Le pope) Igor De Savitch

(Globa) Miglen Mirtchev

(Soldats Russes) Daniel Krellenstein , Yvan Manoukov , Anton Yakovlev

(Gendarmes Français ) Didier Brice , Nicky Marbot

Et les voix de :

Manon Leroy , Karine Huguenin , Sophie Bezard , Sarah Cillaire , Léo Gobin , Louna Muratti, Rose Raguel , Eliza Calmat , Julien Barret , Guillemette Ferrie , Justin Blanckaert, Etienne Launay , Léo Poulet , Laurent Navarro , Henri Alexandre , Samuel Charle et Donatien Guillot

Musique Fanfare Haut-Débit

Bruitage Bertrand Amiel

Prise de son / montage et mixage Eric Boisset et Sébastien Labarre

Assistante à la réalisation Clémence Gross

En bonus un entretien avec le réalisateur Michel Sidoroff Il revient sur son travail d'écriture et de réalisation, au micro de Lucie Spindler :

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photo sidoroff Crédits : Radio France
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