LE DIRECT

Altiplano d'Arnaud Bedouet

2h
À retrouver dans l'émission

De nos jours en Russie. Un poète, ex-dissident, est contraint d'accepter la « protection de l'état » à la suite d'une tentative d'assassinat due à ses écrits. Cela fait sept ans qu'il subit sa condition de prisonnier sans barreaux, coupé du monde extérieur, déménageant sans cesse et perdant peu à peu la notion du temps, de l'espace et de la sociabilité. Dans cette fuite sans fin, il ne voit plus que deux personnes : une psychologue et un gardien. Cette absence de repères le plonge dans une confusion mentale où le passé et le présent se confondent. Il ne distingue plus les émotions vécues de celles qu'il est en train de vivre. L'image de sa psychologue et de son gardien se substitue à celle de sa femme et de son ancien ami, devenu député. Les appartements qu'il habite prennent les contours des cellules de l'asile. Effet de miroir qui éclaire et lie le destin d'un artiste en résistance à l'histoire d'une nation et d'un peuple. Avec: Gérard Desarthe (Alexis), Dominique Reymond (Natalia), Didier Sandre (Irina), Coraly Zahonero (Nicolas), Charles Ardillon (Dmitri), Loïc Houdré (le gardien) Bruitage : Patrick Martinache, Jean-François Bernard-Sugy Réalisation : Michel Sidoroff « La fatwa prononcée à l'encontre de l'écrivain Salman Rushdie a fortement inspiré l'écriture de ma pièce Altiplano et la création de son personnage central. Le fait aussi que l'on m'ait proposé de lire en public les versets sataniques parmi d'autres textes de l'auteur, avant que ce passage, par crainte, ne soit purement et simplement annulé par les organisateurs, ont renforcé en moi un sentiment de révolte face à cette volonté d'étouffer les identités et les valeurs morales. La résistance aux régimes totalitaires et ce que je nomme « les cocus de l'histoire », c'est-à-dire ces femmes et hommes qui luttent au péril de leur vie pour faire advenir un temps nouveau et que les sociétés nées de leur sacrifice rejettent, sont des thèmes qui m'importent. L'URSS et sa transition « démocratique » vers la Russie, se sont naturellement imposées à moi, tout comme la figure du dissident confronté à ce bouleversement. A travers le destin de cet homme, je voulais parler de ces écrivains emprisonnés et bâillonnés pour avoir revendiqué la liberté d'expression. Des écrivains qui endurent mais refusent de voir la création sous l'emprise de l'autorité et l'indépendance d'esprit contrôlé par la censure. Il me semblait intéressant de mettre en parallèle deux formes de résistance, incarnées par un même homme à quelques années d'intervalle. Montrer comment la liberté d'expression pouvait être combattue par un pouvoir arbitraire ou libéral, bizarrement avec les mêmes procédés et la même perversion. Je voulais rendre hommage à toutes ces vigies qui ne se contentent pas d'une société qu'on leur présente comme démocratique, affranchie des totalitarismes et dont on garantit la liberté par la seule force de la liberté de marché. Derrière celle-ci combien de nouvelles oppressions sont en train de naître, combien de compromissions sont en train de restreindre la liberté individuelle et publique. Devrais-je préciser que lorsque j'ai écrit Altiplano, Anna Politkovskaïa n'avait pas encore été assassinée. J'ai écrit cette pièce en pensant à Salman Rushdie ; je la dédie aujourd'hui à cette femme morte au champ de la résistance. » Arnaud Bedouet

Intervenants
L'équipe
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......