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Portrait de Vladimir Maïakovski , de Pyotr Adolfovich Otsup

Année 17, conférence d'André Markowicz

38 min
À retrouver dans l'émission

Nous revisitons ensemble l'année 1917... !

Portrait de Vladimir Maïakovski , de Pyotr Adolfovich Otsup
Portrait de Vladimir Maïakovski , de Pyotr Adolfovich Otsup Crédits : LEEMAGE - AFP

Réalisation Christophe Hocké 

Conseillère littéraire Caroline Ouazana

« Il y a ce géant, Vladimir Maïakovski (1893-1930), qui, dans ses premiers chefs-d’œuvre comme Le nuage en pantalon, La flûte vertébrale ou Un homme, casse tous les codes de la poésie russe, brise les rythmes réguliers, trouve, en le détruisant, un chant entièrement nouveau et fait jaillir l’énergie brute de chaque mot, dans une violence géniale et destructrice, mettant sans cesse en compte sa mort ou son suicide, — un poète qui, au sens propre du terme, quand il se met à déclamer ses vers, de sa voix de stentor, fait trembler les vitres. Un jeune homme qui révolutionne la langue même. Et il y a cette révolution dans laquelle il se lance à corps perdu, pensant que, comme lui change la langue, trouve du nouveau en cassant l’ancien, l’enkysté, l’encroûté, elle, cette révolution, et eux, les Bolchéviks, les révolutionnaires, vont changer la vie — parce que la poésie, elle n’est pas pour les salons, pour les bureaux, elle est pour cette Russie immense, affamée, ce monstre de misère et d’espérances, et qu’il faut absolument, absolument changer les choses.

Et il y a la façon dont, de lui-même, au service de ce qui est devenu une terreur de masse, il casse sa propre voix, il « marche sur la gorge de son propre chant ». Comment, ce qui, en 1915-16, était d’une complexité magnifique, réellement révolutionnaire, devient, volontairement, transparent, direct, déclaratif. Comme cette langue de feu qui se transforme en une langue de slogans — une langue de propagande, délibérément utilitaire. Et, peu à peu, pas seulement pour répandre des notions élémentaires d’hygiène ou l’instruction publique, ou pour faire des chansons destinées aux soldats qui se battent contre les Blancs, mais aussi pour exalter la terreur, chanter la gloire de ceux-là même qui noient le pays bouleversé dans une tempête de sang.

Et il y a, en même temps, la conscience de cette transformation — ou bien, comme on voudra, de cette révélation : ceux qui cassent tout l’ordre ancien, — un ordre de privilégiés, un ordre inacceptable, — deviennent les nouveaux privilégiés, et s’enkystent, eux aussi, très vite, dans la bureaucratie. Et, ce qui dirige le pays, ce n’est plus l’espérance d’un homme renouvelé sur une terre fraternelle, mais l’administration tatillonne, grise, pusillanime, qui élimine toute étincelle de vie. Et il y a, en même temps, lui, Maïakovski, devenu une icône soviétique, qui devient un homme riche, achète à Lili Brik, cash, la première Renault qui roulera à Moscou, et profite d'un système de mensonges qui inspire l’espoir à tous les opprimés du monde.

Et il y a sa poésie des années vingt, et son théâtre, dans la toute fin des années vingt : une lucidité de son désastre. Il écrit un long poème à la gloire d’Octobre, « C’est bien », — pour célébrer les dix ans du coup d’Etat qu’on appelle « Révolution », — et non, ce n’est pas bien. Et il y a sa solitude d’homme, et sa solitude d’icône, et il y a son suicide, le 14 avril 1930. Un suicide qui, pour chacun en URSS, annonce les grands massacres. »

Prise de son, montage et mixage : Pierre Monteil et Nicolas Depas Graf  Assistante à la réalisation : Julie Briand

Chroniques
22H35
19 min
Fictions / Théâtre et Cie
L'amour des mots - Marina Tsvetaieva et Boris Pasternak
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