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Serge Merlin, en Mai 2015

"Auslöschung, Extinction" de Thomas Bernhard

1h27
À retrouver dans l'émission

"Nous rendons hommage ce soir à Serge Merlin, qui nous a quittés le 16 février dernier"

Serge Merlin, en Mai 2015
Serge Merlin, en Mai 2015 Crédits : Loïc Venance - AFP

"En 1986, Thomas Bernhard publie Auslöschung . C'est son dernier roman et le plus gros livre qu'il ait jamais écrit. Magistralement traduit par Gilberte Lambrichs, Extinction  paraît trois ans plus tard en français. Dans un bref texte qui semble brosser par anticipation le portrait de Bernhard, Walter Benjamin écrivait que « le caractère destructeur ne connaît qu'un seul mot d'ordre : faire de la place ; qu'une seule activité : déblayer. Son besoin d'air frais et d'espace libre est plus fort que toute haine. Le caractère destructeur possède la conscience de l'homme historique, son impulsion fondamentale est une méfiance insurmontable à l'égard du cours des choses, et l'empressement à constater à chaque instant que tout peut mal tourner. De ce fait, le caractère destructeur est la fiabilité même. » Dans Extinction , sous-titré Un effondrement , Thomas Bernard pousse son projet d'« antiautobiographie » jusqu'à ses extrêmes conséquences : l'extinction du sujet qui écrit, offrant ainsi en miroir et à l'autre bout du siècle une sorte d'écho assombri de l'entreprise proustienne. Certainement, la référence pourra étonner, jamais pourtant l'écriture de Bernhard ne s'était faite aussi large et puissante, une prodigieuse machine à amplifier et suspendre le temps. Extinction  est aussi le livre le plus politique de Thomas Bernhard, qui règle avec une insolente liberté ses comptes avec l'Autriche. De Rome, la ville aimée, où il reçoit le télégramme sensationnel qui lui annonce la mort de ses parents et de son frère dans un accident de voiture, le sujet qui écrit, soudain catapulté « héritier et légataire universel de Wolfsegg », décide de mettre à jour la vérité historique et politique que chacun s'emploie à ensevelir. L'exagération typique de Bernhard, son art consommé du renversement appellent le théâtre, de même que le temps exactement compté d'Extinction  - trois jours -, ramené ici à une unité que mesure le simple déclin de la lumière, sa « catastrophe quotidienne » : de la pleine clarté d'un début d'après-midi romain, avec le ressort tout italien et vitaliste de la farce et du comique, jusqu'à la nuit dangereuse et aux ténèbres de l'intime, où s'évanouit la chimère d'un improbable salut dans le monde de la littérature et de l'art, laissant l'être seul et nu devant l'impossibilité d'éteindre le « vieil ordre infamant » (Ingeborg Bachmann) et de ranimer le paradis de l'enfance, irrémédiablement perdu et sali. Même le coup de théâtre final, ultime pirouette bernhardienne, ne fait que déjouer plus farouchement l'« extinction » rêvée. Thomas Bernhard est mort le 12 février 1989. Vingt ans après, il nous donne encore d'inquiétantes nouvelles d'Autriche." Jean Torrent

Réalisation de Blandine Masson et Alain Françon .
Adaptation de Jean Torrent

A la demande de la succession Thomas Bernhard : "les œuvres autobiographiques de Thomas Bernhard sont de nature fictionnelle et ne prétendent pas rendre compte de faits"

Chroniques

22H28
19 min

Fictions / Théâtre et Cie

"Hommage à Serge Merlin"

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