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Long John Silver, illustration de N.C. Wyeth (1882-1945), in Robert Louis Stevenson, Treasure Island, Charles Scribner’s Sons, New York, 1911

Concert fiction : "L'Île au trésor" de Robert Louis Stevenson

1h03
À retrouver dans l'émission

C’est à la fin d’un été pluvieux que Robert Louis Stevenson, descendant d’une lignée de concepteurs de phares, dessine une carte au trésor pour le jeune Samuel. Nous sommes en Écosse, août 1881. C’est de cette carte tracée au débotté pour son beau-fils que naîtra L’île au trésor son 1er roman publié

Long John Silver, illustration de N.C. Wyeth (1882-1945), in Robert Louis Stevenson, Treasure Island, Charles Scribner’s Sons, New York, 1911
Long John Silver, illustration de N.C. Wyeth (1882-1945), in Robert Louis Stevenson, Treasure Island, Charles Scribner’s Sons, New York, 1911 Crédits : llustration de N.C. Wyeth (1882-1945)

Pour cette adaptation radiophonique, nous avons pris le parti de resserrer la narration aux deux voix qui prenaient déjà en charge le récit dans le roman de Stevenson : Jim d'abord, avec qui l'on observe et découvre l'île et ses hommes fraîchement débarqués ; et le Docteur Livesey, médecin loyal à la Couronne d'Angleterre, homme d'expérience et charitable.  Quant au monde de la piraterie, nous faisons confiance à Long John Silver, le meneur d'hommes aux mille tours, prêt à se renier à chaque virement de bord, pour donner corps et voix à ce monde multiple, monde littéralement hors la loi et régi par des codes inconnus, monde fascinant et cruel…  Silver, figure paradoxale, étrangement tutélaire pour le jeune Jim, annonce sans doute certains personnages duplices de Stevenson, comme ceux de L'étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, le court roman qu'il publiera quelques années plus tard. Et puis, nous voulions faire entendre Ben Gunn, ancien pirate membre de l'équipage de Flint, abandonné trois ans à sa solitude et à l'île déserte dont il devient presque l'incarnation : cassé et robuste, âpre et galopant, agile et fuyant, il est radicalement étranger à tout ce que Jim pouvait connaître avant lui.  Et avec Ben Gunn, c'est à l'île elle-même que nous souhaitions donner la place prépondérante qu'elle occupe dans le roman, dont elle est pour ainsi dire le personnage principal aux côtés du jeune Jim. On dit souvent que l'écriture de Stevenson avance par touches visuelles et concrètes, à partir de détails frappants, (le roman est d'ailleurs l'un des plus adaptés à l'écran, et ce dès 1920), que les points de vue qu'il choisit, par l'entremise de ses personnages, sont délibérément lacunaires, laissant l'incompréhension et le suspens planer, avant de se répondre les uns aux autres. Mais nous avons aussi été sensibles à la dimension profondément sonore et musicale de cette écriture, de ce monde maritime et nautique, hanté par les chansons de marin, de cette île hostile et luxuriante à la fois, jamais déserte, déroutante toujours.  Ironie de l'histoire, bien des années après l'écriture de ce premier roman, Stevenson choisira de terminer sa vie sur l'archipel des Samoa, en Polynésie, où il a toujours pris fait et cause pour les voix autonomistes, en pleine période coloniale. 

Marion Stoufflet

Couverture de "L'île au trésor" de 1886
Couverture de "L'île au trésor" de 1886 Crédits : Print Collector - Getty

Réalisation Sophie-Aude Picon
Musique originale Quentin Sirjacq
Création sonore : Nicolas Becker
Traduction de Jean-Jacques Greif
publiée aux éditions Tristram  
Adaptation Marion Stoufflet
Orchestre National de France Direction : Didier Benetti
Avec Christophe Brault (le docteur Livesey), Samuel Charle (Jim), Jérôme Kircher (Long John Silver), Emmanuel Matte (Ben Gunn)  Bruitages : Elodie Fiat
Equipe de réalisation
Assistante à la réalisation Manon Dubus
Musicien metteur en ondes Raffi Kevorkian
Chef opérateur Musique Jean-Louis Deloncle
Chef opérateur Fiction Pierric Charles
Opérateur Fiction Julien Calvas
Conseillère littéraire Caroline Ouazana
Opérateur plateau Ines de Bruyn
Opérateur plateau Guillaume Leplege
Opérateur postproduction Lucas Derode
Sonorisation Nadège Antonini et Stéphane Thouvenin
Régisseur de production Farid Melab
Remerciements : Lucien Saurin et Antoine Martin
Note d’intention de Marion Stoufflet  C’est à la fin d’un été pluvieux que Robert Louis Stevenson, descendant d’une lignée de concepteurs de phares, dessine une carte au trésor pour le jeune Samuel Lloyd Osbourne, douze ans. Nous sommes en Écosse, août 1881. L’année précédente, Stevenson a épousé Fanny Osbourne, une peintre américaine divorcée, et après leur lune de miel en Californie, ils sont revenus s’établir en Écosse, pays natal de Stevenson, avec le jeune fils de Fanny. C’est de cette carte tracée au débotté pour son beau-fils que naîtra L’île au trésor, son premier roman publié. Dès le mois d’octobre 1881, (Stevenson a vingt-neuf ans, et il n’est encore l’auteur que d’un récit de voyage et de quelques nouvelles), le texte commence à paraître sous forme de feuilleton hebdomadaire, dans un magazine pour enfants. Puis, en 1883, après une véritable réécriture, le célèbre roman d’aventures sera publié tel que nous le connaissons aujourd’hui. On y suit l’histoire haletante de Jim Hawkins, arraché, pour son plus vif plaisir et ses cauchemars les plus sombres, à la crique et aux falaises de son enfance pour être projeté sur une île sauvage, le temps d’une quête au trésor aussi brutale qu’enchanteresse. Ou l’inverse. Sur une côte battue par vents et marées, sur la route de Bristol, le jeune Jim vit dans l’auberge isolée de ses parents. C’est là qu’un étrange pirate balafré et mutique est venu trouver refuge. Narrateur principal de l’histoire qui débute, Jim a perdu brutalement son père malade, et voit presque aussitôt mourir sous ses yeux le mystérieux pirate pour qui il devait faire le guet. Lorsque le docteur Livesey arrive à l’auberge, il est trop tard pour sauver les morts. Mais du lugubre pirate, il reste une malle ; et dans cette malle, une carte au trésor tracée de la main même du Capitaine Flint, le pirate le plus sanguinaire qui ait jamais navigué... pirate mort sans avoir révélé où était enterré son légendaire trésor. Un navire est aussitôt affrété, un équipage constitué, et nous voici embarqués sur l’Hispaniola à destination d’une île inconnue, à la recherche d’un trésor enfoui ! C’est tout le monde parallèle de la flibusterie qui s’ouvre alors devant Jim. Et tandis que, terrorisé, le jeune mousse vient de surprendre un complot qui menace la vie de tous les honnêtes gens à bord, on entend retentir le cri de l’homme de vigie : Terre en vue ! Un soleil de plomb se lève sur l’île aux marécages fumants. Jim se glisse dans un canot, fausse compagnie au reste de l’équipage, et le premier, il pose pied à terre… Il s’échappe, court, se faufile, et on se livre avec lui au plaisir de l’exploration : on zigzague entre les joncs, les saules, les arbres exotiques bizarres, on respire des fleurs inconnues, survolées par les cris d’oiseaux en nuées, on échappe aux serpents à sonnette, on rampe sous les branches curieusement tordues de chênes lièges noueux, on perçoit le grondement continuel du ressac… Et l’île mystérieuse semble devenir un personnage à part entière… Seul, livré à ses premières aventures, Jim fera d’emblée une impossible rencontre : Ben Gunn, « l’homme de l’île », apparition vive et hirsute qui démentira tout ce que le garçon pensait savoir des hommes. Mais Stevenson, qui avait écrit d’une traite les quinze premiers chapitres de son roman, ralentit, perd l’inspiration dira-t-il, s’arrête sur l’île… Et lorsqu’il recommencera à écrire quelques mois plus tard, pour achever son roman en à peine deux semaines, c’est le docteur Livesey qui prendra le relais et se fera momentanément narrateur, décrivant, sitôt l’absence de Jim découverte à bord, son propre débarquement à l’insu des pirates assoupis par le rhum. Les péripéties ne manquent pas, ni à bord dans le clan des mutins menés par Long John Silver, pirate fascinant, boiteux charismatique qui s’est fait cuisinier ; ni à terre, où la carte au trésor passe curieusement de main en main et d’un camp à l’autre sans qu’on comprenne d’abord bien pourquoi... Sur cette île, Jim fera toutes les expériences. Alors que les hommes meurent les uns après les autres, s’entretuant ou succombant à la fièvre des marais, Jim assiste à un assassinat scélérat et il finira par commettre un meurtre à son tour ; Pour se défendre et sauver l’Hispaniola. Car sans navire, rien ni personne ne pourrait arracher les survivants à cette île, et les ramener à la civilisation. Témoin de la trahison, de la duplicité, comme de la droiture indéfectible, balloté en mer, terrassé par le soleil, Jim est le héros d’un roman d’apprentissage et d’initiation qui frôle parfois le fantastique sur cette île sauvage.

Note d’intention de Sophie-Aude Picon  Quand Blandine Masson m’a proposé la réalisation de ce concert fiction, les premières images qui sont remontées de mes souvenirs de lecture d’enfance, ce sont celles du bateau, de la carte, des pirates, d’un très jeune homme au milieu d’adultes aguerris, du danger, d’un monde très codifié et très masculin. En relisant le texte, j’ai été frappée, tout comme Marion Stoufflet et Quentin Sirjacq, par la place occupée par l’Île dans le roman de Stevenson. Peut-être seul personnage féminin de ce voyage initiatique accompli par Jim et ses compagnons, attirés par l’appât du gain, c’est elle qui occupe aujourd’hui mon imaginaire, elle et ses secrets, ses squelettes, ses eaux fangeuses, sa végétation et sa faune. C’est sur l’Île que le destin de Jim s’accomplit, qu’il prend la mesure de son courage et de sa bravoure, qu’il découvre ses capacités à réagir aux situations les plus inattendues. Tout cela il va vous le raconter, mais aussi le revivre avec vous, puisque nous avons choisi de conserver la forme du roman de Stevenson qui alterne narration et dialogues. Quatre comédiens sont réunis pour vous raconter cette histoire : Samuel Charle, Jérôme Kircher, Christophe Brault et Emmanuel Matte vont vous donner à entendre les aventures du petit monde qu’ils représentent et qu’ils incarnent. Ils ne sont pas seuls sur scène pour donner vie à l’épopée romanesque de Stevenson. Outre la musique, riche en timbres et propositions rythmiques et mélodiques composée par Quentin Sirjacq et interprétée par l’Orchestre National de France sous la direction de Didier Benetti, nous avons la chance d’avoir sur le plateau une bruiteuse, Elodie Fiat, qui va prendre en charge des plans sonores serrés, en proximité avec l’action décrite ou jouée, et le sound designer Nicolas Becker qui, lui, travaille pour la première fois avec la radio. Il lui revient de vous donner à entendre les plans larges de l’action, la matière impalpable des bruissements et des grincements, de l'écume des vagues et de la brise qui souffle, des insectes qui s’éveillent ou de la petite source qui coule à vos pieds, pour mieux vous accompagner dans le rêve éveillé de cette aventure. Acteurs, musique, bruitage et design sonore, tout doit collaborer pour vous embarquer à bord de l’Hispaniola et poser le pied sur notre Île au trésor !

Note d’intention Quentin Sirjacq Le roman de R.L Stevenson est d’une grande force et met en scène de grandes passions humaines et violentes. Il combine le voyage vers l’inconnu, l’aventure, l’initiation, le crime, la convoitise, avec un style et un rythme toujours soutenus. Ce qui en fait à mon sens sa grande modernité et son succès. Dans la composition j’ai voulu alterner entre la tension narrative du récit et les paysages désolés et malsains de l’île. J’ai souhaité que le texte et les personnages baignent dans un flot sonore fait de timbres, rythmes et mélodies de l’orchestre autant que de timbres de bruitages et de design sonore, afin que l’auditeur soit plongé lui aussi, au même titre que les comédiens, les personnages, dans l’atmosphère hostile et violente de cette « île au trésor » tant convoitée. Cette histoire fondatrice du roman de piraterie et de la figure mythique du pirate à la jambe de bois a aussi été l’occasion de jouer très sérieusement avec ces émotions enfantines profondément ancrées dans nos imaginaires d’adultes….

Note d’intention de Nicolas Becker Ce qui m'intéresse dans ce projet musical et sonore est l'articulation entre bruitage, sound design et musique. C’est aujourd'hui une des problématiques majeures de la fabrication du son des films. Il me semblait intéressant de pouvoir questionner cette approche dans un dispositif en live et sans images. L’histoire de ma pratique ayant commencé par le bruitage pour aller vers le sound design puis se tourner vers le monde musical, ce projet est vraiment pour moi l’occasion de comprendre comment ma pratique peut s’inscrire dans une performance en direct avec un orchestre entre le travail de composition de Quentin Sirjacq, les voix des acteurs et le travail de bruitage d’Elodie Fiat .

Enregistrement au Studio 104 de la Maison de la radio le 5 mai 2021

Illustration de "Lîle au trésor"
Illustration de "Lîle au trésor" Crédits : API - Getty
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