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Affiche du Film de François Truffaut, en 1966

"Fahrenheit 451" de Ray Bradbury

1h28
À retrouver dans l'émission

Dans une société où les livres sont interdits et brûlés, le pompier Montag se met à rêver d’un monde différent et entre en résistance. Une course effrénée vers la liberté. Un homme contre un monde. Et au milieu de tout cela, une guerre qui menace.

Affiche du Film de François Truffaut, en 1966
Affiche du Film de François Truffaut, en 1966 Crédits : Universal History Archive - Getty

451, c’est le point d’auto-inflammation du papier en degrés Fahrenheit, soit 232,8° Celsius. Dans le monde imaginé par Ray Bradbury, un monde sûr, ignifugé, maîtrisé, purifié, le chiffre 451 est le signe de ralliement des pom-piers. Il s’érige en symbole. Car dans ce monde, les pompiers n’éteignent plus les feux mais les déclenchent. Devenus exécuteurs pyromanes de la censure, c’est à cette température qu’ils regardent les livres partir en fumée. Source d’inépuisables questions et polémiques, les livres sont interdits car ils détournent les esprits de la pensée unique, engagent les personnes qui les lisent à réfléchir, à s’interroger, à mettre le monde en équation. Ils font obstacle au bon fonctionnement d’une société sans trouble, sans heurt et sans discussion. Brûler les livres, faire la chasse à la pensée, devient alors la garantie du Bonheur pour tous.

Montag, pompier de son état, comme son père et son grand-père, est le pur produit de cette société. Depuis des années, il vit sans se poser de questions. Jusqu’à sa rencontre, un soir, avec sa voisine Clarisse qui lui demande s’il est heureux. Cette question si simple le laisse sans voix et fait germer dans son esprit une graine qui bientôt grandira : le doute. Le doute et sa cohorte de questions et de remises en cause de l’ordre établi dont il était, jusqu’alors, l’inflexible exécutant. Que lui manque-t-il pour être heureux ? C’est dans les livres qu’il cherchera la réponse à cette question.

Le parcours de Montag, son revirement, sa révolution, a guidé notre travail d’adaptation radiophonique et musicale. C’est un personnage qui lutte pour échapper au bonheur artificiel, au mensonge et à la manipulation que lui impose la société dans laquelle il vit. Et la lutte est effective car Montag est assailli par ce monde, il est en prise continuelle avec des sons, des slogans, des musiques et des discours, il n’a aucun champ libre pour vivre et penser par lui-même.

L’enjeu est sonore car il s’agit de rendre perceptible ce monde saturé d’in-jonctions, l’absence de répit, de repos, de rêverie et, en contrepoint, la quête de silence et de sens du personnage de Montag qui entreprend une course effrénée vers la liberté, quête seulement partagée par quelques rares indi-vidus. Pour faire exister cette lutte sur scène : sept comédiens, un quatuor à cordes, six musiciens improvisateurs, un sound designer, une bruiteuse pour un entrelacs de musique classique, de free jazz et de musique électronique. Il y a un combat à mener, mais les combattants sont à armes inégales : une société contre un individu, et tout autour une guerre qui gronde et menace. Ce texte résonne puissamment à l’heure des dépendances numériques, du tout technologique, de l’info en continu, des fake news et autres com-munications tous azimuts. Le monde imaginé par Ray Bradbury, bien que fictionnel et extrémiste, a des ressemblances saisissantes avec notre réalité d’aujourd’hui. Relire ce roman, c’est aussi être pris de vertige. Vertige d’une pensée qui, au milieu des années 1950, nous alertait déjà des dérives possibles d’un monde technologique qui apporte de plus en plus de contrôle, d’une mondialisation qui flirte avec l’uniformisation… Un appel à la vigilance qui continue de se faire entendre, une résistance, un profond humanisme. 

Réalisation : Alexandre Plank
Adaptation : Pauline Thimonnier
Musique originale : Quentin Sirjacq
Conseillère littéraire : Caroline Ouazana

Avec
Pascal Reneric (Montag), Xavier Gallais (Beatty), Judith Chemla ( Clarisse), André Wilms (Faber), Emmanuel Matte (Granger), Slimane Yefsah  (Stoneman), Philippe Beautier (Black) et la voix de Sarah Blamont
Avec le Quatuor Ellipse : Lyodoh Kaneko (Premier violon), Youngeun Koo (Second violon), Allan Swieton (Alto), Marlène Rivière (Violoncelle)
Et les musiciens improvisateurs Arnaud Lassus ( percussions), Julien Loutelier (batterie), Yoann Durant (saxophones), Youen Cadiou (contrebasse), Vincent Taurelle (claviers), Quentin Sirjacq (claviers), Antony Capelli  (Sound Design)

Bruitages : Elodie Fiat
Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu
Prise de son, montage, mixage : Pierre Montheil, Mathieu Touren
Sonorisation : Romain Lenoir, Stéphane Thouvenin
Techniciens plateau : Emmanuel Armaing, Antoine Hespel

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury est traduit de l’anglais par Jacques Chambon et Henri Robillot et publié chez Denoël

Chroniques

22H28
34 min

Fictions / Théâtre et Cie

"Le martien" de Ray Bradbury

Bibliographie

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