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"Farben" de Mathieu Bertholet

2h
À retrouver dans l'émission

Spécial "Semaine de la guerre" Réalisation : Marguerite Gateau. Eric Caravaca, Florence Loiret Caille, Andrea Schieffer, Susanne Schmidt, Dominique Guihard, Georges Claisse, Mohammed Rouabhi, Johanna Nizart, Chrystelle Wurmser, Jörn Cambreleng, Frédéric Schulz Richard, Aurélie Billetdoux, Elise Durel, Claudine Galea, Eva Hernandez, Caroline Espargilière, Blanche Leleu, Damien Houssier, Maxime Kerzanet, Grégoire Baujat, Nicolas Buchoux et Géraldine Martineau. Piano et direction musicale Pierre Michel Sivadier Deux coups de feu dans l'aurore. Berlin-Dahlem se réveille en sursaut. Le front est loin, mais aujourd'hui la guerre était dans la maison d'à côté. Mai 1915, Clara Haber perd son sang dans la gazon mouillé. Près d'elle, son fils, son mari avec son arme de service. Pas de larmes. Le mari remonte les marches vers la villa, il prend le téléphone et dicte une annonce mortuaire. Il fait ses valises, donne des ordres au personnel de la maison et de son laboratoire. Il quitte Berlin, direction le front de l'Est. Il y avait une fête hier soir dans cette villa. Des officiers, des scientifiques et leur femmes ont fêté le succès de Fritz Haber et de son Institut dans les tranchées d'Ypres. On fêtait la mort de dix-huit mille hommes, tombés dans la première attaque au gaz de l'histoire. Ils étaient des ennemis, une bonne raison de fêter ça. Clara se traîne dans la maison depuis le matin. Elle ne veut pas. Ce soir, elle se disputera avec son mari pendant sa fête et elle montera très tôt dans sa chambre. Les gens parleront. Ils penseront, ils diront: Fritz en aime une autre, une plus jeune, une plus belle, une vraie femme, pas une de ces scientifiques, pas une de ces femmes modernes. Mais ils auront tort. Oui, Fritz en a une autre, mais Clara ne s'y intéresse pas. Elle ne peut plus supporter que leur science, leur travail aient mis fin à tant de vies. En 1890, ils se sont rencontrés à Breslau. Il était officier. Elle encore une jeune fille. Ils ont pris des cours de danse ensemble. Il est parti ailleurs. Pendant de longues années, Clara s'est battue pour réaliser son rêve : être plus qu'une épouse et une mère; elle veut devenir chimiste. Et ce n'est pas simple. Il y a encore très peu de femmes dans les universités et les vieux professeurs n'aiment pas enseigner au sexe faible. Mais Clara est douée et quelques professeurs vont quand même l'aider. En 1900, elle est la première femme docteur en chimie de l'Université de Breslau. Lors d'un voyage de travail à Fribourg, elle revoit Fritz. Elle a beaucoup entendu parler de lui pendant ses études; il est devenu un chimiste réputé. Il n'a pas pu l'oublier depuis ces cours de danse, prétend-il. Il veut l'épouser. Elle hésite et finit par accepter, touchée par l'idée de deux bureaux „égaux" qui se feront face dans un même laboratoire. Un mariage pour encadrer la recherche commune. Mais les choses se passent autrement. Pour Fritz rien n'est facile non plus. Il est Juif. Aussi difficile pour lui d'obtenir un poste universitaire que pour sa femme d'étudier. Elle le soutient, cuisine, nettoie, fait tout ce qu'une femme a fait depuis des siècles, mais sans grand talent. Elle espère qu'un jour tout ira mieux, qu'ils pourront employer du personnel et qu'elle pourra travailler avec son mari au laboratoire. Mais les choses se passent encore autrement. Elle (ils) a (ont) un fils et son destin est scellé. Plus jamais elle ne fera de chimie; son mari ne veut pas la voir „traîner" au laboratoire. Fritz Haber commence à être reconnu professionnellement. Après chaque promotion, la famille emménage dans un appartement plus grand. Son travail avance. Il invente une méthode pour produire de l'azote avec de l'air. Sa situation financière et sa réputation s'améliorent. On l'appelle à Berlin où on lui offre son propre Institut. Clara a montré qu'une femme de son époque pouvait être plus qu'une mère? Fritz veut montrer qu'un Juif peut être aussi un bon Allemand. Il veut -à tout prix- aider l'Allemagne a faire une avancée significative dans les tranchées de la Grande Guerre. Depuis le début de la guerre, il concentre ses recherches sur une nouvelle arme: le gaz de combat. Il utilise les relations qu'il a tissées dans l'industrie chimique durant ses années de travail. Il cherche un produit qui soit facile à exploiter dans l'Allemagne isolée par le Blocus et trouve des produits dérivés de la fabrication d'engrais. Après de nombreux tests dans son Institut et sur le terrain près de Cologne, la première attaque a lieu le 22 avril 1915. Durant la guerre, il développe de nombreux gaz, du gaz de chlore en passant par le gaz Moutarde jusqu'au Zyklon. Il ne sait pas que 25 ans plus tard, des millions d'autres Juifs mourront de sa découverte dans les chambres à gaz. "Moi, jeune homme, j'ai écrit une pièce sur cette femme parce qu'elle me touche. Moins par son précoce combat féministe que par son ambition de réaliser son rêve. Clara Haber ne s'est jamais battue en tant que femme contre un monde d'hommes. Elle a, humaine avec des rêves trop grands, tout entrepris avec envie et plaisir: ses études, son couple, son enfant. Trop naïve comme le sont souvent les gens trop bons elle n'a malheureusement pas toujours su voir les conséquences de ses choix. Elle a fait confiance à Fritz qui ne pouvait pas vivre avec une femme comme elle. Je me suis approprié cette histoire, parce qu'elle est l'image d'une époque et qu'elle pose tant de questions à notre nouveau siècle. J'ai écrit l'histoire d'une femme avec des rêves trop grands. J'ai écrit l'histoire d'un homme et d'une femme qui se sont consacrés à la science avec la même conviction : faire le bien de l'Humanité. Et pourtant, en une nuit, sont morts dix-huit mille soldats anonymes et la première femme chimiste de Breslau. Tout deux ont porté la responsabilité de leurs rêves. Fritz croyait en l'Allemagne, en la recherche et en la science. Clara en une science pour l'Humanité. Cette pièce s'appelle fArbEn, parce que les gaz de combat sont colorés, et parce que Clara rêve en couleurs. Une pièce sur des rêves, des rêves en couleurs, sur le pouvoir et les dangers de la science. J'ai écrit sur une femme qui s'appelle Clara IMMERWAHR (toujours vrai). Mathieu Bertholet

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