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Alain Crombecque à Avignon en 1988

"Hommage à Alain Crombecque"

1h58
À retrouver dans l'émission

"Pour le dixième anniversaire de sa mort, France Culture rend hommage à Alain Crombecque"

Alain Crombecque à Avignon en 1988
Alain Crombecque à Avignon en 1988 Crédits : ©Isabelle Minssen

Emission composée à  partir des deux émissions diffusées en juillet 2009 et novembre 2009 sur France Culture
« Les années avignonnaises », par Joëlle Gayot et Jean Pierre Thibaudat, émission enregistrée en public dans le jardin du musée Calvet au Festival d’Avignon en juillet 2009
« Les années  Festival d’ Automne », par Laure Adler et Jean-Pierre Thibaudat, émission enregistrée en public au Théâtre des Bouffes du Nord en novembre 2009

C’était il y a exactement 10 ans, le 12 octobre 2009, Alain Crombecque mourait d’une crise cardiaque dans le métro parisien. Dans une ville qu’il arpentait depuis des décennies, à pied ou en solex, comme il avait sillonné Avignon plusieurs étés de suite. Il fut le directeur de deux grands festivals. Au festival d’automne, Alain Crombecque n’avait pas de bureau directorial, il marchait, se promenait, voyageait, et souvent se taisait. Alain Crombecque était né à Lyon en 1939, il aurait eu 80 ans cette année. Il fut très tôt et pour toujours du côté des artistes, ouvert à toutes les formes, et à tous les arts. A Paris, il organisa des festivals de théâtre pour l’UNEF, il fut l’attaché de presse silencieux du Grand Magic Circus et de Claude Regy et il accompagna Patrice Chereau dans l’aventure de Nanterre Amandiers.  Il présida nombre de commissions et conseils d’administrations, fut le  Délégué général du « Premier siècle de cinéma » avec Michel Piccoli et Serge Toubiana, Président de l’Académie expérimentale des théâtres de Michelle Kokosowski et veilla sur l’institut des techniques du spectacle à Avignon. « Serviteur des arts », comme le nomme Jean Pierre Thibaudat, il fut directeur du festival d’Avignon de 1985 à 1992 et directeur du Festival d’Automne, qu’il dirigea jusqu’à sa mort le 12 octobre 2009.  Quelques mois après sa disparition, France Culture avait imaginé un hommage en deux parties, l’une enregistrée à Avignon et animée par Joëlle Gayot s’attachait aux années avignonnaises, l’autre  animée par Laure Adler aux Bouffes du Nord évoquait  les années passées par Alain Crombecque au Festival d’automne à Paris. Nous avons recomposé une émission de deux heures à partir de ces deux hommages. Tout au long de ces deux heures, les auditeurs seront  guidés par la voix de Jean Pierre Thibaudat, journaliste et écrivain, ami fidèle d’Alain Crombecque, retraçant au fil des souvenirs la vie d’Alain Crombecque.                 
Dans cette émission, l’on pourra aussi entendre d’une part la voix d’Alain Crombecque, d’autre part les voix de nombreux artistes, acteurs, metteurs en scène,  peintres, musiciens, qui  traversèrent les deux festivals qu’il dirigea avec bonheur.  « Les auditeurs spectateurs qui ont traversé toutes ces années se souviendront, les plus jeunes découvriront un homme d’exception » nous dit Jean-Pierre Thibaudat. Enfin l’on évoquera dans cet hommage, la relation privilégiée qu’entretenait Alain Crombecque avec Alain Trutat, responsable des émissions dramatiques de France Culture jusqu’en 1998, inventeur de  l’atelier de création radiophonique et fondateur de  France Culture. Une complicité entre deux hommes de création qui s’est traduite par la richesse des enregistrements produits à Avignon entre 1985 et 1992,  qu’il s’agisse de captations ou de programmes communs  liés à la poésie.

Blandine Masson 

« Les années avignonnaises », par Joëlle Gayot et Jean Pierre Thibaudat, émission enregistrée en public dans le jardin du musée Calvet au Festival d’Avignon en juillet 2009
Avec : Sami Frey (lecture d’un extrait de « Je me souviens » de Georges Perec), Valérie Dréville, Peter Brook, Patrice Chéreau , Jacques Bonnaffé
Et les voix d’Alain Crombecque, Alain Trutat, Antoine Vitez, Tadeusz Kantor, Maria Casarès, Ludmilla Mikaël…. !

« Les années  Festival d’ Automne », par Laure Adler et Jean-Pierre Thibaudat, émission enregistrée en public au Théâtre des Bouffes du Nord en novembre 2009
Avec : Valère Novarina, Alfredo Arias, Peter Brook, Annette Messager, Gérard Garouste, Christian Boltanski, Gérard Pesson
Et les voix de Michel Guy, Jack Ralite Emission recomposée par Blandine Masson et Mary Simon

Alain Crombecque était…par Jean-Pierre Thibaudat

Quand on rencontrait Alain Crombecque pour la première fois ou que l’on déjeunait avec lui pour la énième fois, on cherchait en vain à capter son regard au-delà de l’instant furtif où, balayant le champ de vision, ses yeux croisaient un instant les vôtres, avant de s’en aller sur le côté rejoindre la tanière de leur poste d’observation, la main calée sous le menton soutenant la pose. Le regard de côté était sa meilleure façon de considérer le monde et rendait plus attentive encore son écoute, intense sous son apparente nonchalance. Alain était un homme de biais. On s’attendait à ce qu’il parle de théâtre et il vous parlait littérature, une lecture en cours dépassait invariablement de la poche de sa veste. Ou bien il vous parlait de l’œuvre d’un artiste plasticien. Le verbe « parler » étant ici à prendre avec des pincettes. Parler consistait à poser une question ou bien à lâcher une ou deux phrases sibyllines, quasi en catimini, assorties d’un final « c’est magnifique ». Ces dernières années, Alain, parfois, devenait plus disert. Il lui arrivait de raconter par bouffées un pan de sa vie, de raconter une incroyable anecdote puisée dans sa fantasque jeunesse, terminant son récit par un pudique « c’est fou ». Ce taiseux s’était retrouvé dans les structures dirigeantes du syndicat étudiant UNEF où les forts en gueule, les manipulateurs et les orateurs formaient le noyau dur. Cet homme timide avait été engagé par Michel Guy lors de la création du Festival comme attaché de presse. Alain était un homme paradoxal. Quel festivalier d’Avignon ne l’a pas vu, droit sur son Solex, enfiler les rues et même les ruelles à un train de sénateur, vêtu d’une veste en tweed sans âge, faisant la tournée des lieux du Festival non seulement les soirs de première mais tous les soirs. Tout au long de ces épuisantes semaines de juillet, sous le cagnard et le feu des médias, il demeurait disponible, prenant le temps de bavarder, de prendre un verre. Il avait l’art de ralentir le sablier des heures. Ce n’était pas un homme pressé. On ne l’a jamais vu stressé, crispé, sauf les toutes dernières semaines de sa vie, comme si son corps, avant lui, présageait la brutale échéance qui l’attendait un matin dans un wagon du métropolitain. Alain était un homme hors temps.                
À Paris, le directeur du Festival d’Automne qu’il fut jusqu’à son dernier jour n’avait pas de bureau directorial spacieux et calfeutré pour recevoir en toute intimité. D’une part, son bureau était installé en face de celui d’une proche collaboratrice et, d’autre part, il ne s’y asseyait que très rarement. Quand on poussait la porte du Festival au troisième étage de cet immeuble haussmannien de la rue de Rivoli, Alain se tenait le plus souvent dans cette vaste pièce d’accueil, debout, bavardant entre deux plantes vertes avec un collaborateur, une stagiaire, ou bien il entrait dans cette pièce, allant de son pas tranquille d’un bureau à l’autre, les bras croisés, le léger grincement du parquet accompagnait ses pas feutrés. Quand on discutait avec lui ce n’était jamais à son bureau, mais au coin d’un canapé, au café, voire au restaurant. Ce natif des bouchons lyonnais aimait prendre le temps de déjeuner aux mêmes endroits, commandant toujours le même plat avant de disposer sa serviette sur son plastron. Alain était un homme de bonne compagnie. Très tôt (et donc très jeune), au début des années soixante, organisant à Lyon une exposition de peintres contemporains comme la ville n’en avait sans doute jamais connue, il fut du côté des artistes. Près d’eux, jamais devant eux. Ce fut le cas un peu plus tard lorsqu’il mit sur pied des festivals de théâtre (mais aussi de musique, etc.) pour l’UNEF à Marseille et à Paris (et même sous les fenêtres de Jean Vilar du côté de Mouffetard), puis en devenant l’administrateur du Grand Magic Circus ou de Claude Régy, et plus tard encore en étant à côté de Patrice Chéreau lors de l’aventure de Nanterre-Amandiers. Cela perdura lorsque, devenu un homme public malgré lui, il fut nommé directeur du Festival d’Avignon et n’eut de cesse de se placer sous l’aile de Jean Vilar et de René Char. Il n’aimait pas les sunlights mais il chérissait la discrétion des conseils d’administration : il présida des commissions au Centre National des Lettres, fut le délégué général du Premier Siècle du Cinéma, veilla sur l’Institut des Techniques du Spectacle, fut le président de l’Académie Expérimentale des Théâtres, etc. La liste est longue. Alain, ce grand serviteur des arts, était un homme qui n’aimait rien tant que d’être à l’ombre des artistes. Dans son dernier éditorial en tête du programme du Festival d’Automne 2009, à propos de Robert Wilson, invité pour la dix-neuvième fois, il parlait de fidélité. Ce n’était pas un homme de ruptures. D’Alain Trutat (à France Culture) à Alain Cuny (qu’il fit revenir en Avignon et qu’il accompagna jusqu’au bout, veillant après sa disparition à la conservation de ses archives), en passant par les artistes iraniens ou américains, Tadeusz Kantor, Antoine Vitez ou Peter Brook et bien d’autres, il versait tout son savoir-faire en matière de production, de diplomatie, de relations, et tout autant son art discret de la persuasion, au compte d’artistes connus ou pas, d’amis connus ou pas. Alain était un homme de belles fidélités.

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