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Un couple qui s'embra(s)se...!

"La Vénus à la fourrure ou les confessions d’un suprasensuel" de Leopold Von Sacher-Masoch

1h39
À retrouver dans l'émission

Le Roman le plus célèbre de Sacher-Masoch qui s’attache à décrire de manière précise, et sans concession, une relation amoureuse, sensuelle et érotique, entre un homme et une femme, sous la forme d’un esclavage librement consenti et dont les clauses sont celles d’un contrat.

Un couple qui s'embra(s)se...!
Un couple qui s'embra(s)se...! Crédits : lowball-jack - Getty

La Vénus à la fourrure  est le roman le plus célèbre de Sacher-Masoch écrit entre 1862 et 1870, il est considéré comme son chef-d’œuvre mondialement connu, il fut traduit en plusieurs langues et maintes fois réédité. Il paraît, pour la première fois, en France, en 1902 dans une traduction de Raphaël Ledos de Beaufort. La Vénus à la fourrure  est l’une des premières œuvres marquantes de la littérature du XIXème siècle qui, dans une certaine lignée avec le roman courtois, s’attache à décrire de manière précise, et sans concession, une relation amoureuse, sensuelle et érotique, entre un homme et une femme, sous la forme d’un esclavage librement consenti et dont les clauses sont celles d’un contrat. A l’époque, cette œuvre eut un grand retentissement, non parce que l’auteur avait découvert que l’on pouvait accéder au plaisir par la souffrance (le christianisme nous en avait déjà montré « son chemin de croix » Rousseau, dans ses Confessions , aimait à rappeler ce châtiment que lui infligea sa gouvernante) mais parce que Sacher-Masoch fut le premier à décrire précisément, avec les mots qu’il fallait, cette forme de sexualité liée à la souffrance. Ce qui m’a séduite dans ce roman, c’est le mélange de la matière romanesque et de la biographie. Pour écrire ce roman, Sacher-Masoch s’inspira de ses liaisons amoureuses. Anna von Kottowitz lui inspira plusieurs de ses écrits, notamment, le très beau roman, La femme séparée . Avec Fanny von Pistor, il élabora pour la première fois, en 1869, un contrat par lequel il s’engageait à être son esclave pour une durée de 6 mois. Avec Aurora Rümelin, il signa un contrat de 10 ans et l’épousa en 1873. (Je renvoie à la belle biographie de Bernard Michel, aux éditions Robert Laffont, Paris, 1989). Pour finir, je dirai que Sacher-Masoch est l’écrivain des fantasmes. Avec la Vénus à la fourrure,  il a su traduire son monde intérieur, scruter les désirs enfouis, cachés au plus profond de l’être. Avant Freud, il sonde les rêves, les premiers émois sensuels de l’enfance. Loin du discours puritain et normatif, il a su questionner le désir, son origine, la sexualité, le rapport homme/ femme à son époque, bref, réinventer la relation amoureuse. Chez Sacher-Masoch, ce n’est plus la jeune fille qui est l’héroïne du roman, c’est la femme d’expérience : elle est la partenaire, la complice idéale celle qui saura, au plus fort de la tension érotique, se montrer à la fois cruelle et voluptueuse. S’inspirant des déesses de l’Antiquité, des tsarines, il aime à la revêtir, à la parer de somptueuses fourrures, à lui offrir des fouets et des cravaches. Jusqu’à sa mort, il eut beaucoup d’admiratrices : « Si son œuvre eut tant de succès immédiat auprès des femmes, c’est parce qu’elles reconnaissaient, en lui, un homme qui ne s’intéressait pas seulement à leur beauté, mais aussi à leur intelligence et à leur âme. Il sait les écouter, les comprendre. La femme n’est jamais, chez-lui, objet de mépris, elle est au contraire l’énigme de la vie de l’homme, son sens et sa profondeur » (Bernard Michel). Les femmes avaient bien compris que Sacher-Masoch était de leur côté, qu’il plaidait en faveur de leur émancipation. Et si l’écrivain voit dans l’amour la guerre des sexes, c’est parce qu’il sait, au fond, que la femme ne pourra devenir sa véritable partenaire, sa complice, que lorsqu’elle se sera affranchie des conventions morales et sociales, bref, lorsqu’elle possédera les même droits que l’homme.

Christine Letailleur

Adaptation de Christine Letailleur, d’après la traduction d’Aude Willm
Réalisation Jacques Taroni, d’après la mise en scène de Christine Letailleur au Théâtre National de Bretagne

Avec : Philippe Cherdel  (L’ami), Christine  Letailleur (La déesse), Andrzej Deskur (Séverin), Valérie Lang (Wanda), Rodolfo de Souza (Le Grec)

Bruitage : Frédéric Antoine
Prise de son et mixage : Catherine Déréthé
Assistance technique et montage : Adrien Roch
Assistante à la réalisation : Pauline Ziadé

Sacher-Masoch est né en 1836 à Lwow, dans une province polonaise annexée par l’Autriche. Il fut très connu de son vivant, célébré dans toute l’Europe, pour ses romans, ses contes et ses nouvelles après 25 ans d’activité littéraire, il reçut la Légion d’honneur en 1886. Après sa mort, en 1895, son œuvre tomba dans l’oubli et flamba sous l’Allemagne nazie. Il a fallu attendre les années 60, notamment avec Deleuze, pour que l’on reparle de cet écrivain. En 2004 ont paru certains écrits autobiographiques, notamment L’Amour de Platon  et Diderot à Saint-Pétersbourg , aux éditions Léo Scheer plus récemment, Un testament insensé  aux éditions Autrement/ Littérature.

Texte publié aux solitaires intempestifs

Pour finir cette soirée nous vous proposons d'écouter ou réécouter Pas de deux de Manuela Morgaine, texte inédit de l’artiste cinéaste,
Pas de deux, c'est une danse amoureuse interprétée par Hugues Quester, Irène Jacob, Edith Scob et réalisée par Blandine Masson

Écouter
15 min
Pas de deux
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