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Philippe Cherdel et Christine Letailleur  dans la mise en scène de "La Vénus à la fourrure" de Christine Letailleur au Théâtre National de Bretagne.

La Vénus à la fourrure ou les confessions d’un suprasensuel, d'après Sacher-Masoch

1h59
À retrouver dans l'émission

La Vénus à la fourrure est le roman le plus célèbre de Sacher-Masoch, l’écrivain des fantasmes. "Nous sommes ici dans ce que j’appellerais le théâtre de l’Eros, de l’intime, de l’indicible…“ estime la metteur en scène Christine Letailleur dont cette fiction propose une version radiophonique.

Philippe Cherdel et Christine Letailleur  dans la mise en scène de "La Vénus à la fourrure" de Christine Letailleur au Théâtre National de Bretagne.
Philippe Cherdel et Christine Letailleur dans la mise en scène de "La Vénus à la fourrure" de Christine Letailleur au Théâtre National de Bretagne. Crédits : Caroline Ablain

« Après avoir mis en scène La Philosophie dans le boudoir  de Sade, au Théâtre National de Bretagne et au Théâtre de Gennevilliers, j’ai choisi d’adapter et de mettre en scène La Vénus à la fourrure  de Sacher-Masoch, et ce, pour plusieurs raisons.

A 18 / 20 ans, La Vénus à la fourrure  me fit une forte impression la poésie de Sacher-Masoch avait laissé en moi des sensations délicates, des images sensuelles et chatoyantes. Vingt ans après, quand j’ai eu l’opportunité de faire un projet dans l’institution (au Théâtre National de Bretagne et à la Colline), j’ai proposé, tout de suite, La Vénus à la fourrure  sans éprouver le besoin de relire le texte tant les impressions étaient encore là, inscrites en moi.

Pour aller dans le sens de Gilles Deleuze, je trouvais que, contrairement à Sade, Sacher-Masoch souffrait « d’un injuste oubli » en effet, l’écrivain est peu connu, enfin, disons qu’on le connaît de nom, sans avoir lu son œuvre. Bien souvent, on fait allusion à la perversion sexuelle et non à l’œuvre littéraire. On se moque de l’auteur, on le charrie, encore aujourd’hui ! Le masochiste apparaît comme un être bizarre, déréglé, peu fréquentable, alors qu’il est, sans doute, d’une extrêmement sensibilité - « un suprasensuel », selon Sacher-Masoch il est celui qui a certainement su transposer son angoisse le masochiste nous ramène à une chose très concrète : l’énigme de l’être, la complexité du désir. La maladie a très certainement occulté le poète, entaché l’œuvre poétique. C’est le psychiatre, Krafft-Ebing, qui, s’inspirant de l’œuvre de Sacher-Masoch, créa en 1886 le terme de masochisme afin d’exprimer une perversion sexuelle et ce bien que l’auteur s’opposa à cette désignation.

Sacher-Masoch est né en 1836 à Lwow, dans une province polonaise annexée par l’Autriche. Il fut très connu de son vivant, célébré dans toute l’Europe, pour ses romans, ses contes et ses nouvelles après 25 ans d’activité littéraire, il reçut la Légion d’honneur en 1886. Après sa mort, en 1895, son œuvre tomba dans l’oubli et flamba sous l’Allemagne nazie. Il a fallu attendre les années 60, notamment avec Deleuze, pour que l’on reparle de cet écrivain. En 2004 ont paru certains écrits autobiographiques, notamment L’Amour de Platon  et Diderot à Saint-Pétersbourg , aux éditions Léo Scheer, Un testament insensé  aux éditions Autrement/ Littérature. J’ai donc souhaité rendre justice à cet auteur malmené et resté en marge.

La Vénus à la fourrure  est le roman le plus célèbre de Sacher-Masoch écrit entre 1862 et 1870, il est considéré comme son chef-d’œuvre mondialement connu, il fut traduit en plusieurs langues et maintes fois réédité. Il paraît, pour la première fois, en France, en 1902 dans une traduction de Raphaël Ledos de Beaufort. La Vénus à la fourrure  est l’une des premières œuvres marquantes de la littérature du XIXème siècle qui, dans une certaine lignée avec le roman courtois, s’attache à décrire de manière précise, et sans concession, une relation amoureuse, sensuelle et érotique, entre un homme et une femme, sous la forme d’un esclavage librement consenti et dont les clauses sont celles d’un contrat. A l’époque, cette œuvre eut un grand retentissement, non parce que l’auteur avait découvert que l’on pouvait accéder au plaisir par la souffrance (le christianisme nous en avait déjà montré « son chemin de croix » Rousseau, dans ses Confessions , aimait à rappeler ce châtiment que lui infligea sa gouvernante) mais parce que Sacher-Masoch fut le premier à décrire précisément, avec les mots qu’il fallait, cette forme de sexualité liée à la souffrance.

Ce qui m’a séduite dans ce roman, c’est le mélange de la matière romanesque et de la biographie. Pour écrire ce roman, Sacher-Masoch s’inspira de ses liaisons amoureuses. Anna von Kottowitz lui inspira plusieurs de ses écrits, notamment, le très beau roman, La femme séparée . Avec Fanny von Pistor, il élabora pour la première fois, en 1869, un contrat par lequel il s’engageait à être son esclave pour une durée de 6 mois. Avec Aurora Rümelin, il signa un contrat de 10 ans et l’épousa en 1873.

Pour finir, je dirai que Sacher-Masoch est l’écrivain des fantasmes. Avec la Vénus à la fourrure,  il a su traduire son monde intérieur, scruter les désirs enfouis, cachés au plus profond de l’être. Avant Freud, il sonde les rêves, les premiers émois sensuels de l’enfance. Loin du discours puritain et normatif, il a su questionner le désir, son origine, la sexualité, le rapport homme/ femme à son époque, bref, réinventer la relation amoureuse. Chez Sacher-Masoch, ce n’est plus la jeune fille qui est l’héroïne du roman, c’est la femme d’expérience : elle est la partenaire, la complice idéale celle qui saura, au plus fort de la tension érotique, se montrer à la fois cruelle et voluptueuse. S’inspirant des déesses de l’Antiquité, des tsarines, il aime à la revêtir, à la parer de somptueuses fourrures, à lui offrir des fouets et des cravaches. Jusqu’à sa mort, il eut beaucoup d’admiratrices : « Si son œuvre eut tant de succès immédiat auprès des femmes, c’est parce qu’elles reconnaissaient, en lui, un homme qui ne s’intéressait pas seulement à leur beauté, mais aussi à leur intelligence et à leur âme. Il sait les écouter, les comprendre. La femme n’est jamais, chez-lui, objet de mépris, elle est au contraire l’énigme de la vie de l’homme, son sens et sa profondeur » (Bernard Michel). Les femmes avaient bien compris que Sacher-Masoch était de leur côté, qu’il plaidait en faveur de leur émancipation. Et si l’écrivain voit dans l’amour la guerre des sexes, c’est parce qu’il sait, au fond, que la femme ne pourra devenir sa véritable partenaire, sa complice, que lorsqu’elle se sera affranchie des conventions morales et sociales, bref, lorsqu’elle possédera les même droits que l’homme… »

Christine Letailleur, texte publié aux solitaires intempestifs

"La Vénus à la fourrure ou les confessions d’un suprasensuel", adaptation de Christine Letailleur, d’après la traduction d’Aude Willm

Réalisation Jacques Taroni, d’après la mise en scène de Christine Letailleur au Théâtre National de Bretagne (2008)

Distribution

  • L’ami  : Philippe Cherdel
  • La déesse  : Christine Letailleur
  • Séverin  : Andrzej Deskur
  • Wanda  : Valérie Lang
  • Le Grec  : Rodolfo de Souza

Equipe technique

  • Bruitage : Frédéric Antoine
  • Prise de son et mixage : Catherine Déréthé
  • Assistance technique et montage : Adrien Roch
  • Assistante à la réalisation : Pauline Ziadé

Suivi de :

Le désir de Morton Feldman de Christine Montalbetti

Réalisation : Catherine Lemire

Rediffusion du 13/02/2010

Un moment dans une maison d'amis en bord de mer est l'occasion de faire quelques expériences auditives: l'agitation des voisins, le bruit de la pluie, et ce morceau de Morton Feldman, qui semble raconter l'inquiétude et le désir qui animent au moment de composer.

Dit par Matthias Mégard.

Avec les voix de Myren Astrée, Thierry Garet, Tariq Bettahar.

Bruitage : Alain Platiau

Prise de son, montage, mixage : Marie-Thérèse Ferrand, Adrien Roch

Assistante de réalisation : Marie Plaçais

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