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Enregistrement du spectacle "Le rosaire des voluptés épineuses"

"Le rosaire des voluptés épineuses" de Stanislas Rodanski

56 min
À retrouver dans l'émission

"Les poètes ont buté l’amour au coin d’un bois. Et c’est mieux pour toujours." Stanislas Rodanski

Enregistrement du spectacle "Le rosaire des voluptés épineuses"
Enregistrement du spectacle "Le rosaire des voluptés épineuses" Crédits : ©Marie Clauzade.

Un homme soliloque, écouté distraitement par un barman aussi méticuleux que facétieux nommé Carlton. Cet homme parle de l’empoisonnement de « Madame » ; il semble revenir de son enterrement dans une ville luxueuse (Megève ? Chamonix ?). Est-ce un mythomane, un meurtrier, un poète raté, un acteur pris dans le jeu des miroirs ? Une femme arrive.  « La Dame du lac. » Ce pourrait être tout aussi bien la Mort. Héroïne de série B évoluant avec sophistication, elle vient rejouer le rôle de son amie, empoisonneuse qui a elle-même succombé au poison. S’est-elle suicidée ? A-t-elle été victime d’un meurtre érotique ? « Je lui ai fait boire la tasse », dit Lancelot (sic). Rituel enfantin ou jeu sado-masochiste ? Cherchez la femme- ne cherchez pas l’histoire. – Ça chemine, ça serpente, ça s’égare, ça se mord la queue – les fulgurances éclatent comme des obus inoffensifs. On passe du roman de gare aux écrits surréalistes les plus purs. Texte d’aventure ou aventure du texte ? Il ne reste plus qu’à s’abandonner à une écoute flottante et rêveuse, et laisser les mots se déposer sur vos paupières comme des flocons silencieux. Quatre fragments de textes tirés d’autres œuvres viennent compléter, éclaircir (obscurcir ?) ce Rosaire et la vie de cet écrivain trop méconnu : Stanislas Rodanski "de Shangri-la"   

Georges Lavaudant

Mise en scène Georges Lavaudant
Réalisation radiophonique Pascal Deux
Création sonore Jean-Louis Imbert
Avec Frédéric Borie (Lancelot), Élodie Buisson (La Dame du Lac), Clovis Fouin Agoutin (Rodanski à 20 ans, gangster n°2), Frédéric Roudier (Carlton), Thomas Trigeaud (gangster n°1), Ariel Garcia-Valdès (lecture des didascalies)  
Equipe technique  Chef opérateur : Ivan Charbit      
Opérateur : Antoine Hespel
Assistante à la réalisation : Manon Dubus
Conseillère littéraire Caroline Ouazana
Enregistré en juin 2021 au Théâtre des 13 Vents à Montpellier  Merci au théâtre des 13 Vents de Montpellier et à Juliette Augy-Bonnaud
Georges Lavaudant est au micro de Blandine Masson, il nous raconte sa rencontre avec l'auteur Stanislas Rodanski

Enregistrement du spectacle "Le rosaire des voluptés épineuses"
Enregistrement du spectacle "Le rosaire des voluptés épineuses" Crédits : ©Marie Clauzade
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9 min
Georges Lavaudant au micro de Blandine Masson

Note d’intention de Georges Lavaudant  Comme très souvent avec Rodanski, qui à ma connaissance n’a jamais écrit de véritables pièces de théâtre, nous nous trouvons confrontés à plusieurs énigmes qu’il nous faut déchiffrer – parfois même accepter de laisser irrésolues. En apparence, nous sommes dans un hôtel/palace/tombeau (chez Rodanski, ne biffez jamais les mentions inutiles). Un dandy/criminel/poète du nom de Lancelot (comme le valet de trèfle) vient d’empoisonner/pousser au suicide une amie/amante portée sur le mensonge et les jeux érotiques. Bientôt on frappe à la porte. Apparaît alors la Dame du Lac, sorte de double ou d’ombre de la précédente, venue pour jouer son rôle. Mais c’est aussi, bien évidemment, la Mort, une mort aux multiples masques. S’ensuivent quelques échanges décalés, des réponses incertaines, des jeux de mots, des sommations, tout un attirail verbal évoquant des paysages enneigés ou retraçant la figure de la défunte (« Imago »). Tout cela à travers de longues phrases enroulées sur elles-mêmes comme des serpents se mordant la queue, sous le regard amusé et en la présence manipulatrice d’un serviteur : Carlton (« la voix de son Maître »). Tout ce beau monde, après l’apparition inopinée de deux gangsters, finira par s’enfuir pour la "Villa des mystères" qui, comme son homonyme pompéienne, réserve bien des surprises. Bien sûr, ce résumé ressemble à un mauvais fait divers, à la description d'un trip onirique ou à un scénario de série B, un genre que prisait particulièrement Rodanski. Il ne serait rien sans la langue somptueuse, elliptique, surréaliste de celui qui, tel Pessoa et d’autres, emprunta de multiples identités pour mieux brouiller les pistes. Mais derrière ces jeux de miroirs, ce dandysme de façade, ces chausse-trappes ironiques, il y a une vraie douleur, pudique, distanciée. Douleur de la naissance, douleur de la séparation de ses parents, expérience malheureuse de la déportation en camp de travail près de Mannheim, de la folie. Et douleur d'une Histoire tragique et aveugle, avec en toile de fond la menace jamais apaisée de l'extermination.  
Georges Lavaudant, avril 2016

Note de Daniel Loayza "Il faut parfois expier le crime du monde." S.Rodanski  Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1954, Rodanski a ponctué sa vie en deux moitiés définitives : vingt-sept ans hors de l'asile puis vingt-sept ans au-dedans, jusqu'à sa mort en 1981. Quelques amis ne l'oublient pas. Dès 1966, les publications de textes devenus introuvables ou d'inédits se succèdent. Parmi ces derniers, Le Rosaire des voluptés épineuses clôt le recueil Des Proies aux chimères (1983). De quand date ce texte ? Rodanski le destinait-il à n'être connu qu'à titre posthume ? Est-il sûr qu'il soit achevé, ou ne se présente-t-il qu'à l'état de fragment ? Nous n'en savons rien. Les vingt-sept pages qu'il occupe dans le volume des Écrits (Christian Bourgois, 1999) ne répondent à aucune question. Au contraire, l'énigme elle-même y devient un personnage. L'énigme ne se résout pas. On peut tout au plus l'éprouver. On peut répondre à son appel, autrement dit la suivre, accompagner sa fuite. Tout le texte de Rodanski s'inscrit et se défait dans son sillage. Chemin faisant, le poète sème d'étranges lieux : grands hôtels, chartreuse, autostrade et statues mégalithiques de l'île la plus lointaine, collines bleues à l'horizon, jardin endormi sous la neige, Villa des Mystères... Quelque part dans ce « dédale », la voix de Lancelot commence une phrase que la Dame achève pour lui « dans une chambre à coucher monumentale ». Un dialogue se noue, qui n'en est pas tout à fait un, entre un personnage et celle qu'il rêve peut-être, à la fois présente, passée et encore à venir ou à revenir, sous plusieurs noms : Dame du Lac, Bella Donna ou Imago. Peut-être qu'il l'a tuée ou la tuera, elle ou une autre, à force de lui faire jouer la mort. Peut-être que vie et mort échangent leurs masques, de même que rêve et raison, douleur et volupté renoncent à toute opposition trop simple. Est-on dans une cérémonie, dans un rituel tenant du sacrifice, du supplice, de la prise de voile ? Ce qui se bâtit, on croit l'entrevoir, c'est un lieu hors du monde trop plat et de la vie qui « a le style d'un télégramme », outre-monde ou "autre vie" où la Dame peut enfin se dire « merveilleusement solitaire avec ta morne voix de spirite en transe » – où elle et Lancelot seront "aussi isolés que les politiciens qui discutent la paix au Pays du Matin Calme". Isolés : dans une île, à l'abri. Dans l'asile d'un texte, nus dans leurs corps de mots, soustraits aux atteintes de ce qu'on appelle l'existence.

A suivre un extrait de la fiction "Les scènes imaginaires". En 2019, Georges Lavaudant, était l'invité de France Culture sur le plateau de l'Odéon théâtre de l'Europe, pour un entretien avec Arnaud Laporte. Entouré d'acteurs, de son choix Astrid Bas, Isabelle Adjani, Pascal Reneric, André Marcon et Ariel Garcia Valdes, Georges Lavaudant nous avait fait partager à la fois sa bibliothèque et son monde imaginaire de metteur en scène. selon le principe de la collection il avait choisi des textes qui avaient comptés pour lui ou d'autres qu'il venait de découvrir et les avait offert à ces acteurs. Entrons dans l'univers du metteur en scène, avec un texte de Marguerite Duras lu par Isabelle Adjani

Écouter
49 min
Extrait de la Fiction "Les scènes imaginaires" de Georges Lavaudant
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