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New York, vue de manhattan , le 31 décembre 1899

"L'échange" de Paul Claudel

1h47
À retrouver dans l'émission

Le drame se déroule sur la côte est des États-Unis, dans la propriété où vivent un riche homme d'affaires américain, Thomas Pollock Nageoire, et Lechy Elbernon, une actrice. Un jeune couple désargenté, Louis Laine, métis d'Indien, et Marthe, son épouse, y font office de gardiens.

New York, vue de manhattan , le 31 décembre 1899
New York, vue de manhattan , le 31 décembre 1899 Crédits : Bernhard MOOSBRUGGER - Getty

Louis a rencontré Marthe en France, dans la campagne où elle vivait sans jamais avoir quitté son village. Rêveur, épris de liberté et de vastes horizons, Louis vient de tromper la sage Marthe avec Lechy Elbernon. De son côté, Thomas Pollock, pour qui " il n'est de valeur que de l'or ", convoite Marthe qu'il finit par acheter à Louis contre une liasse de dollars. Le chassé-croisé amoureux se termine mal. Louis décide de partir, abandonnant à la fois Marthe, qui tente en vain de le retenir, et Lechy Elbernon, qui le menace de mort. Désespérée et pressentant le malheur, Marthe lance une longue plainte, où elle demande justice face à Dieu et à l'univers. Mais le destin s'accomplit. Lechy Elbernon se venge : elle fait assassiner son amant, ramené mort sur son cheval, et elle incendie la maison de Thomas Pollock, ainsi ruiné. Elle s'écroule ivre-morte sur le sol tandis que Marthe accepte la main tendue de Thomas Pollock. Dans son déploiement mouvementé, fait de terre lourde, de glèbe épaisse mais de mers ouvertes aux vents du monde aussi, le théâtre de Paul Claudel tend au répertoire dramatique français une proposition baroque. Non seulement parce que le monde s'y expose, parce que le déplacement y domine, parce que les formes proposées bousculent l'attendu, mais parce qu'une langue le constitue, l'achève et l'initie totalement. Poète, il offre à l'actrice, à l'acteur, un vers dont le muscle et l'architecture supposent une maîtrise précise de leur art : celui de l'interprétation. Au sens musical du terme, surtout pas cette fuite dans un psychologisme flou qui permet de négocier avec le souffle fort de l'affirmation. Jouer Claudel, c'est se battre en toute conscience, à sa propre forge, sans coulisse. Art d'athlète, tous ne peuvent le jouer. Ou plutôt le faire sonner comme l'on dirait d'une cloche. Antidote assuré à l'usage de ces prothèses sournoises que sont les micros en scène, le vers claudélien est corps aussi, impossible d'ignorer le travail de dépense qu'il demande, dépense partagée entre salle et plateau du reste. Le curieux avec L'Échange est que ce graveur de mots vigoureux et de scènes hors normes - s'il ne perd rien de sa monstruosité poétique -, propose un cadre classique à sa narration. Unité de lieu, bord de plage, d'action, marchandage des corps, de temps, de l'aube au crépuscule. La puissance de l'opéra dans la retenue d'un orchestre de chambre. La question du décor, entendons de la nécessité décorative de la scène, doit nécessairement tomber : autant colorier une partition. La dépense de l'interprétation doit être, impérativement, l'objet même de la représentation. Au fond, ces quatre âmes ne sont qu'une. Le plateau comme celui d'une balance : nu. Qu'y voit-on d'autre que ce que l'on voit aujourd'hui encore : la puissance marchande dérégulée et en un sens admirable, dans son goût du risque, avançant dollars en main avec, à son bras, le sourire dansant de l'actrice avide, diable à la joie forcée, bruyant emblème de la pomme croquée. Le couple américain avance vers son miroir inversé, le couple en fuite, le couple insensé, les âmes inspirées, la foi chrétienne et la force libertaire d'un sang-mêlé. La foi comme la poésie peuvent-elles s'acheter, devenir propriété, ou plus pervers, peuvent-elles se vendre ?

Christian Schiaretti, mars 2018

Réalisation Baptiste Guiton & Blandine Masson
Conseillère littéraire Caroline Ouazana
D’après la mise en scène Christian Schiaretti
Avec : Francine Bergé (Lechy Elbernon), Louise Chevillotte (Marthe), Robin Renucci (Thomas Pollock Nageoire) et Marc Zinga (Louis Laine).
Assistantes à la réalisation : Louise Loubrieu et Sophie Pierre
Prise de son, montage et mixage : Cédric Chatelus, Benjamin Vignal, Antoine Viossat 

Production Théâtre National Populaire Villeurbanne
Coproduction Les Gémeaux / Sceaux / Scène nationale

L'échange de Paul Claudel est repris du 12 au 20 mars au TNP (Théâtre National Populaire) à Villeurbanne

La fiction est suivie d'un entretien de Paul Claudel en 1951, au micro de Jean Amrouche, Paul Claudel qui revient sur son séjour en Amérique, lorsqu’il y était vice consul

Écouter
8 min
Entretien de Paul Claudel au micro de Jean Amrouche

Bibliographie

L'échange

L'échangePaul ClaudelGallimard, 2012

L'échange

L'échangePaul ClaudelGallimard, 1977

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