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Roger Planchon, en 2001
Épisode 2 :

2 ème Partie

1h59
À retrouver dans l'émission

Suite et fin de cette grande saga de Roger Planchon.

Roger Planchon, en 2001
Roger Planchon, en 2001 Crédits : Eric Canabis - AFP

Réalisation Christine Bernard-Sugy

"Sur une montagne pelée d'Ardèche, j'ai gardé les vaches longtemps. Aussi ce n'est pas étonnant qu'à trente-trois ans -lorsque j'écris ma première pièce- je parle du grand exil des paysans pauvres vers les mines de charbon, les chemins de fer, les usines, des années 20 à la chute de Dien Bien Phu. C'est ma saga familiale. La remise c'est le récit du suicide d'un jeune paysan : mon oncle Gabriel. Je raconte du mieux que je peux l'histoire occultée des immigrants de l'intérieur, des pauvres jeunes paysans perdus dans les grandes villes qui vont constituer le socle industriel français. En Haute Ardèche, au pied du Gerbier des Joncs, petit garçon, j'ai connu les dernières veillées villageoises. Ces soirées m'ont laissé une empreinte ineffable. Dans ces veillées, en sabots, j'ai appris à rêver éveillé. Je gardais encore les vaches, lorsque, à 14 ans, je décidai de travailler dans le spectacle. Le champ était large : Théâtre, Cinéma...Eschyle, Théâtre de Boulevard, Théâtre de chansonniers, Shakespeare, Music-hall, Revues, Spectacles de variétés... Je ne savais rien, je n'avais rien lu, rien vu, mais j'avais une boussole : mes veillées ardéchoises. Depuis, chaque heure de ma vie, j'ai cherché à retrouver et à offrir au public, sur les scènes et les plateaux de cinéma, la magie de ces soirées paysannes. Elles ont donné à ma vie sa seule et grande inspiration. Dans ces soirées, on chantait, on braillait, on balançait des vannes, on rigolait. Puis les conteurs, de fabuleux auteurs-acteurs, prenaient le crachoir. Recueillis, nous écoutions des faits divers troublants, sanglants, de grands récits de guerre, de belles histoires d'amours, magnifiés en épopées, en contes. Des contes qui accueillaient l'Ahurissant et la Merveille. Des épopées où des morts venaient demander des comptes aux vivants ou leur tendre la main... Le vent d'hiver, furieux de ne pas être invité à nos fêtes, cognait la porte. Toutes mes pièces se souviennent de ces veillées. Beaucoup sont des contes avec amours, fantômes et guerriers. Toutes, comme Les libertins, sont de grandes sagas familiales. Des comédies populaires qui racontent chacune une page de l'Histoire de France. Après La remise, que vais-je écrire? Dans ma tête, mille anecdotes ardéchoises se bousculent. Trop. Je décide donc de partir de personnages qui soient aux antipodes des paysans miséreux, des prolétaires des bistrots populaires. 

Les libertins, c'est une histoire d'aristocrates du XVIIIème siècle qui, entre 1787 et 1800, traverse ces années chaudes. En 1965, des cercles philosophiques les plus pointus aux journaux les plus populaires, "Révolution politique" et "Libération sexuelle" sont les deux volets du paysage mental européen. A l'aube du XXIème siècle "Les lendemains qui chantent" ont disparu. "Le sexe" est toujours le sujet des essais philosophiques et la couverture des hebdos "people" européens. Dans La remise je présente en cherchant à le comprendre un monde paysan qui vit une agonie. Dans Les libertins, le crépuscule des aristocrates qui, dans la nuit du 4 août, saluaient la révolution en renonçant à leurs privilèges et qui, quelques mois plus tard, prenaient le chemin de l'exil. Face à eux, des Robespierristes sincères qui, en 1800, se retrouvent derrière Bonaparte. En 1965, quelques-uns s'interrogeaient et cherchaient à comprendre pourquoi les révolutionnaires du XX ème siècle sont devenus staliniens. Beaucoup d'autres, plus nombreux, ne voulaient dans les théâtres européens que de pieuses images révolutionnaires exaltantes. Depuis, le Mur de Berlin est tombé et le Petit Livre Rouge du Président Mao est devenu une curiosité. Auteur, metteur en scène, chef de troupe, j'appartiens à un petit groupe qui a combattu du mieux qu'il a pu deux épidémies mortelles : le Théâtre de Propagande si lourd et le Formalisme si brillant, et creux, si souvent. Hier des spectacles naïfs de propagande exaltaient et gangrenaient les têtes, aujourd'hui le théâtre est contaminé par un virus séduisant et redoutable : le Formalisme vide. Artisan de théâtre pour des acteurs, pour la troupe de Théâtre de la Cité qui devint celle du Théâtre National Populaire, j'ai tenté d'écrire un théâtre franco-français, d'offrir aux acteurs des rôles. Trop de pièces modernes offrent à ceux-ci peu de blé à moudre, trop peu à jouer. Un théâtre épique, historique, populaire. Vilar un jour - et cela peut faire ricaner les cyniques - me fit lever la main et jurer "d'écrire pour le public populaire même si -ajouta-t-il- sa présence dans nos salles est assez discrète." A Jean Vilar qui aimait Les libertins et qui les programma dans la Cour d'Honneur d'Avignon en 1967 et à France Culture qui en offre aujourd'hui la production radiophonique, MERCI." Roger Planchon 

Avec: 

David Geselson (Aubier),
Judith Chemla(Maurille),
Roger Planchon (L'évêque),
Serge Kribus (L'Abbé Judrin),
Colette Dompietrini (Mlle Mignot),
Régis Royer (Edouard),
Julie-Anne Roth (Adélaïe),
Quentin Baillot (Cyprien),
Pierre Santini (Boriani),
Brigitte Catillon (Mme Renoir),
Hélène Babu(Gabriella),
Anne Benoit (Mme Clair),
Alain Libolt (M. Descombes),
Thomas Cousseau(Chevalier des Rougettes),
Roger Souza (Hilaire),
Marie Réache (Rose),
Jacques Frantz(Le colonel),
Vanessa Larré (La voix) 

Bruitage: Bertrand Amiel
Prise de son, montage, mixage: Claude Niort, Sébastien Royer
Assistante réalisation: Alexandra Malka

Les Libertins, et 7 autres textes de Roger Planchon sont réunis dans un ouvrage « Théâtre complet » publié chez Gallimard en 2010

Bibliographie

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