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Macbeth Horror Suite, Suivi de La rose et la hache

1h59
À retrouver dans l'émission

En juillet 2008, nous avions proposé à Georges Lavaudant de diriger pour la radio et au moment du Festival d’Avignon, la lecture d’une œuvre de Carmelo Bene. Il fit le choix de Macbeth Horror Suite , et la lecture fut enregistrée en direct et en public dans la cour du musée Calvet, avec André Wilms et Astrid Bas, avec la complicité du réalisateur Jacques Taroni. Nous avions déjà partagé une histoire commune avec Georges Lavaudant, puisque nous avions enregistré et diffusé son spectacle La Rose et la hache , de Carmelo Bene qu’il avait recréé en 2004 aux ateliers Berthier, avec Ariel Garcia Valdès et qu’il avait réalisé pour la radio en 2007, la pièce encore inédite de Michel Deutsch, La décennie rouge . Une histoire qui s’est poursuivie en 2009 avec l’enregistrement public au Théâtre de la Ville de Roberto Zucco , de Bernard Marie Koltès. C’est le goût et le talent de Georges Lavaudant pour le son, sa manière si originale d’allier les voix, le texte, les éléments sonores, d’une manière toujours surprenante et puissamment évocatrice, c’est tout cela qui nous a séduits et convaincus de l’inviter régulièrement à la radio, en studio ou pour des enregistrements en public.

Nous avons l’art, et la nécessité à la radio, de produire des événements uniques, non reproductibles, relativement éphémères – (les œuvres restent néanmoins gravées sur des bandes magnétiques que nous pouvons réécouter ou rediffuser). Nous savons aussi « capter » des spectacles, les retransmettre.

Mais ce qui nous ravit le plus, c’est lorsqu’une œuvre, conçue à l’origine pour la radio comme le fut ce Macbeth , à mi-chemin entre la lecture et la création sonore, trouve une seconde vie, plus longue, plus complète, sur un plateau de théâtre. C’est pourquoi nous avons souhaité accompagner Georges Lavaudant pour cette nouvelle création et enregistrer ce nouveau Macbeth , créature radiophonique redevenue créature théâtrale et qui hantera de nouveau les ondes, dans le cadre d’un cycle consacré à Carmelo Bene et diffusé sur France Culture en mars 2011.

Blandine Masson, conseiller de programme à la fiction

Macbeth Horror Suite Enregistré en public au théâtre des Bouffes du Nord le 30 et 31 janvier et le 1er février 2011

Traduction Jean-Paul Manganaro

D’après William Shakespeare

Avec Astrid Bas et André Wilms

Mise en scène et réalisation de Georges Lavaudant et Jacques Taroni

Poète de l’outrance, Carmelo Bene cumulait tous les talents… Acteur, réalisateur de cinéma, auteur et metteur en scène, il témoigne avec éclat d’une liberté créatrice, celle des années 70, où dans une effervescence colorée ses happenings baroques s’affranchissaient des frontières entre les arts. Proche du maître italien, c’est en exégète et en aficionado des premières heures, que Georges Lavaudant a porté à la scène, en de nombreuses occasions, la flamboyance de ses réécritures d’une oeuvre de Shakespeare dont Carmelo Bene avait fait son miel. Autant de visions hallucinées d’un théâtre qui dans les années du Pop Art lorgnait avec envie sur la performance d’artiste. Une première lecture du “Macbeth horror suite” de Carmelo Bene a été réalisée pour France Culture au Festival d’Avignon en 2008, cette seconde version tente d’accentuer et de complexifier l’aspect “objet sonore” de cette entreprise. Voix enregistrées, distorsions, extraits de Verdi et de Salvatore Sciarrino, cris, portes qui grincent, combats, battements de coeur. C’est un poème “plein de bruits et de fureur” que nous vous offrons.

Angoisse, ambition, hallucinations, remords, peur, implacable huis-clos où la conscience et la raison ne peuvent que sombrer. Ni actualisation, ni approche nouvelle, seulement la déploiement des voix dans la nuit où nous nous perdons.

Prise de son Olivier Beurotte Montage Emilie Pair Mixage Julien Doumenc Assistante à la réalisation Chloé Mauduy

Les œuvres complètes de Carmelo Bene sont publiées chez P.O.L.

Suivi de :

La Rose et la hache

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1h06
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Enregistré en public le 25/11/2004 au Théâtre de l'Odéon - Ateliers Berthier

Traduction Jean-Paul Manganarro et Danielle Dubroca (Editions de Minuit)

Mise en scène : Georges Lavaudant

Réalisation Blandine Masson

Il y a, dans Richard III, l'une des scènes les plus inoubliables de tout le théâtre : celle où Richard séduit Lady Anne en pleine voie publique. A croire que Shakespeare l'a écrite pour résoudre le problème suivant. Soit d'une part un être hideux à tous égards, d'âme et de corps, un égorgeur brutal et cynique, bossu et pied-bot, aussi sanguinaire que répugnant, comparé tour à tour à un chien, un loup, un tigre, un sanglier, ou à une araignée, un hérisson, un porc, un crapaud : Richard, duc de Gloucester. Soit d'autre part Lady Anne, une belle, noble et vertueuse jeune femme. Soit enfin toutes les circonstances aggravantes susceptibles de transformer le dégoût de l'une pour l'autre en haine inexpiable : Richard a tué le mari, puis le beau-père d'Anne, qui est précisément en train d'accompagner son corps jusqu'à sa dernière demeure. Cela posé, mettons que le tueur fasse arrêter en pleine rue le convoi funèbre et affronte la veuve éplorée dans l'intention déclarée d'obtenir sa main. Telles sont les données du problème. En voici l'énoncé : conduire la scène qui s'ensuit de telle sorte qu'Anne et Richard soient fiancés à l'issue de leur rencontre. Autrement dit, faire en sorte que l'inconcevable ne soit pas pour autant impossible, et rendre visible - sensible - cette distinction. Solution, d'une élégance impeccable : elle intervient dès la scène 2 du premier acte de Richard III. Cette scène, où se donnent à voir comme nulle part ailleurs les noces d'une rose et d'une hache (Lavaudant a emprunté le titre de son spectacle à Cioran, qui résumait ainsi, dans l'un de ses aphorismes, le théâtre shakespearien), a parfois été critiquée pour son invraisemblance. Mais le souci de Shakespeare n'est évidemment pas d'être vraisemblable. Et tous les spectateurs qui assistent à cette scène le savent bien : elle n'est pas un tableau réaliste mais un feu d'artifice, une fête. Car le "réel" qui est ainsi produit ne peut l'être qu'en scène ; ou si l'on veut, la scène est un dispositif, une machine qui permet de porter la "réalité" à un état (au sens où l'on parle d'états de la matière) inouï, inanticipable.

Interpréter un tel rôle passe forcément par une réinvention. A l'égard de Shakespeare, dit Bene, l'infidélité est un devoir. A l'égard de Bene, on peut et on doit en dire autant. En matière d'art, et notamment au théâtre, n'est pas infidèle qui veut : cela réclame un travail de longue haleine. Et si la fidélité artistique à Shakespeare implique de le traiter en scène comme combustible théâtral, alors Carmelo Bene, avec Richard III, aura choisi une pièce qui s'y prête particulièrement bien. Chez Shakespeare, en effet, Richard met ses qualités proprement théâtrales au service de la construction de soi comme figure royale ; une fois produite cette figure, elle se défait comme d'elle-même. Mais chez Bene, ainsi que l'a observé Deleuze, tout l'appareil du pouvoir qui sous-tend la pièce de Shakespeare a été soustrait. Bene s'est taillé dans l'étoffe shakespearienne un Richard naissant/mourant à même le théâtre, et dont le corps même se décompose en accessoires. A la place de Richard, et par lui, se tient désormais l'acteur : celui qui joue de "Richard" comme Gloucester jouait des situations, pour les affoler et les consumer tout en s'y précipitant soi-même. Ariel Garcia Valdès a fait de ce rôle l'une des légendes du Festival d'Avignon, lorsqu'il y joua Richard III.

Mais son personnage avait pris corps quelques années plus tôt, dans le secret de la création de La Rose et la hache. C'est-à-dire dans un montage qui dégage et concentre l'un des aspects les plus jubilatoires de l'oeuvre originale : son histrionisme onirique et pervers, son élégance vénéneuse et sublime. C'est peut-être ce qui explique son désir, plus de vingt ans après, de revenir à Richard via Carmelo Bene. Du coup, en s'appuyant sur son montage-réécriture pour y élaborer à leur guise leur propre vision du phénomène Richard (en s'inspirant de Bene comme lui-même le fit de Shakespeare), Georges Lavaudant et Ariel Garcia Valdès n'ont pas seulement réussi à provoquer une magnifique rencontre entre un interprète et son rôle, comme le théâtre seul en permet : ils ont aussi rendu à un créateur qu'ils admirent tous deux un hommage d'artistes. Car si le Richard de Bene est conçu pour ses interprètes, il revient à chacun d'entre eux de recréer pour la scène "l'infidélité" qui reste due à celui qui leur ouvrit la voie, et dont Lavaudant a pu dire un jour qu'il lui avait donné "la force d'oser".

Daniel Loayza.

Avec Astrid Bas Babacar M’baye Fall Ariel Garcia Valdès Georges Lavaudant Céline Massol

Les œuvres complètes de Carmelo Bene sont publiées chez P.O.L.

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