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Ubu Roi

1h59
À retrouver dans l'émission

France Culture et la Comédie Française présentent :

Ubu Roi de Alfred Jarry

Réalisation de Michel Sidoroff, librement inspirée de la mise en scène

de Jean-Pierre Vincent, avec la distribution initiale.

« De par ma chandelle verte, merdre, madame, certes oui, je suis content » » lance le père Ubu, nouveau Macbeth de pacotille, à sa femme qui préférerait plutôt le voir déjà sur le trône. Elle l’y verra bientôt, après l’avoir incité, avec la complicité du capitaine Bordure, à tuer le roi, contraignant la reine et son fils Bougrelas à l’exil. Ubu va exercer le pouvoir avec la délicatesse d’un char d’assaut : il accapare les impôts, assassine la noblesse, les magistrats et les financiers. Joyeux archétype de la bassesse humaine, Ubu manie redoutablement la machine à décerveler et le croc à merdre ou crochet à noble... Mais, s’il a pensé à éliminer ses adversaires pour régner sans partage sur cette improbable Pologne, « c’est-à-dire nulle part », comme dit Alfred Jarry, Ubu a négligé de respecter de ses promesses. Sa seule solution est donc la fuite en avant : ce froussard déclenche une guerre, attaque le « Czar » et la Russie ! Sortant sain et sauf d’une bataille aussi rocambolesque que le reste de l’histoire, il finit par décider de venir vivre en France, le pays qui finalement lui convient le mieux… Et le voilà à la Comédie Française, où d’ailleurs il « fait son entrée au Répertoire » !....

Ubu est né dans la cour du lycée de Rennes où Alfred Jarry et ses amis, les frères Morin, caricaturaient leur professeur de physique M. Hébert, qui devint « Ébé » puis « Ubu ». Cela prit la forme d’une pièce pour marionnettes, Les Polonais (1885). Plus tard, à Paris, Jarry reprit et compléta la farce lycéenne pour en faire Ubu Roi. Devenus officiers d’artillerie, les frères Morin déclinèrent le partage de cette paternité. Ubu occupa une place centrale dans la fulgurante carrière dramatique de l’auteur. Le cycle Ubu nous emmène loin du symbolisme, du naturalisme et du réalisme théâtral d’alors. Ubu roi (1896), Ubu cocu (publié en 1944), Ubu enchaîné (1899), Ubu sur la butte (1901), ainsi que les Almanachs du père Ubu (1899 et 1901), créent un personnage mythique. Novatrice par l’imbrication d’archaïsmes et de néologismes, Ubu roi parodie Shakespeare et bien d’autres célébrités littéraires. Lors de la création d’Ubu Roi, au soir de la tumultueuse générale, Alfred Jarry prononça devant le rideau une inaudible allocution, qui était autant une tentative d’explication qu’une provocation. Et la soirée fut proprement « ubuesque ».

La mise en scène de Jean-Pierre Vincent prenait pour point de départ l’allocution prononcée par Alfred Jarry. L’absence de situation théâtrale collective à la radio a poussé Michel Sidoroff à rechercher la provocation, en ce qu’elle a de violemment et légitimement antibourgeoise, antireligieuse et antimilitariste, dans le texte même, dans sa langue extraordinairement torsadée, incongrue, merveilleuse aussi. D’où un travail sur le refus de la banalisation, du quotidien : passé au-delà du symbolisme par son invention théâtrale, Jarry n’en est pas moins un poète du mouvement symboliste. Le contexte militaire voulu de pantomime par Jarry devait trouver son équivalent sonore dans les ambiances enregistrées par le réalisateur lors du défilé du 14 juillet, avec leur délicieux répondant dans les commentaires des journalistes TV au garde-à-vous, le doigt sur la couture de l’uniforme. Le procédé marionnettiste de la trappe pour les aristocrates, ministres et financiers (on se prend à rêver…) devait trouver un équivalent sonore dans un bruitage énorme de machinerie saisissant les coupables et les jetant dans un cul de basse-fosse résonant de leurs cris. Le bruiteur et les comédiens s’employèrent à synchroniser ce ballet macabre et drôle, en fonction du rythme imposé par la réalisation : plus que grotesque, la pièce doit toujours conserver une allure de music-hall énorme pour marionnettes.

Ubu ayant envahi la vie même d’Alfred Jarry, sa première pièce se prête particulièrement bien à l’intertextualité. Jean-Pierre Vincent, tout en citant le passage des Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, consacré à la laideur physique et morale du cheval, avait montré une tête énorme de cheval pour la monture d’Ubu. Vision de cauchemar, avec toutes les allusions humoristiques au fameux « nightmare » de Füesli (« jument des nuits et cauchemar). La réalisation de Michel Sidoroff, tout en plaçant ce texte à l’endroit où Ubu réclame son cheval (allusion à Richard III dans ce Mac-Beth parodié), s’est attaché à disproportionner ce cheval pour l’auditeur. C’est là un des nombreux tours de magie sonore que l’ingénieur du son, Jehan Richard-Dufour, a su déployer dans ce music-hall de l’énormité où nous nous sommes bien méchamment réjouis.

Michel Sidoroff

Avec :

Martine Chevallier : La reine Rosemonde, paysanne et mère du Czar

Anne Kessler : Mère Ubu

Christian Blanc : Conspirateur, M. de Königsberg, 2ème noble, magistrat, Stanislas Leczinsky, Un Conseiller, Rensky et le commandant du navire

Alain Lenglet : Venceslas, 5ème noble, magistrat, 1er financier et Boyard

Christian Gonon : Alfred Jarry, Pile

Serge Bagdassarian : Père Ubu

Nicolas Lormeau : Conspirateur, ancêtre

Grégory Gadebois : Conspirateur, ancêtre, M. Fédorovitch, paysan et le Czar

Pierre Louis-Calixte : Conspirateur, ancêtre et Cotice

Clément Hervieu-Léger : Bougrelas

Stéphane Varupenne : Ladislas, le peuple et Giron

Adrien G.-Gontard : Boleslas, 4ème noble, magistrat, 3ème financier et le général Lascy

Gilles David : Capitaine Bordure, 3ème noble, magistrat, 2ème financier, et l'ours

Imer Kutllovci : Conspirateur, ancêtre, 1er noble, paysan,

boyard, soldat et Jean Sobiesky

Prise de son, montage et mixage : Jehan Richard Dufour

Assistant de réalisation : Guy Peyramaure

Intervenants
L'équipe
Avec la collaboration de
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