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Ciel étoilé en Janvier 2016

Vers les étoiles de Leonid Andreïev

1h58
À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui, j'ai peur des étoiles. Je me dis : comme elles sont gigantesques, comme elles sont indifférentes, et comme elles n'ont rien à faire de moi, et je deviens tellement petit,...petit !

Ciel étoilé en Janvier 2016
Ciel étoilé en Janvier 2016 Crédits : Nasa - Maxppp

Traduit du russe par André Markowicz
Conseillère littéraire : Caroline Ouazana
Une réalisation de Michel Sidoroff

Vers les étoiles, la première pièce de Léonid Andreïev, achevée après la répression sanglante de la révolution de 1905, mais dont le projet remonte à 1903, devait à l’origine être écrite en collaboration avec Maxime Gorki, qui allait tirer du même sujet la trame Enfants du soleil.
Publiée en 1906, elle avait passionné dès le mois de novembre 1905 la troupe du Théâtre d’Art de Stanislavski et Némirovitch, à qui Andreïev, contraint à l’exil en décembre de la même année, allait transmettre ses droits de représentation pour la Russie. La censure interdisant la pièce, Némirovitch se vit également interdire de la représenter à Berlin, pendant la tournée que le Théâtre d’Art fit en Allemagne à l’automne 1906.
La pièce fut créée en allemand, à Vienne, le 21 octobre1906, par l’acteur et le metteur en scène Richard Vallentin (qui jouait le rôle de Tréitch), et marqua le début de sa troupe, celle de la Freie Volksbühne. Cette mise en scène, jouée par une troupe se revendiquant d’un théâtre populaire, dans un contexte de revendications politiques très aiguës, eut un succès foudroyant. Richard Vallentin, mourant en 1908, refusant tout enterrement religieux, demanda qu’on lise sur sa tombe le dernier monologue du professeur Ternovski.
En Russie, la pièce d’Andreïev resta interdite à la représentation jusqu’en 1917. Elle ne connut que deux mises en scène depuis, en 1917 et 1921, aucune d’entre elles ne parvenant à marquer l’histoire du théâtre. Aucune autre représentation, à notre connaissance, n’a été tentée depuis 1921.
André Markowicz

« Comme de nombreux lecteurs et spectateurs français j'ai découvert Léonid Andreiev par sa nouvelle La Pensée, que j'ai d'ailleurs réalisée à la radio dans une traduction-adaptation de Lily Denis. Texte fascinant, explorant les méandres d'un esprit manipulateur, au point de laisser l'impression d'avoir approché les mécanismes de l'inconscient, juste avant que ses portes ne se referment, dans une pirouette ironique et provocatrice du narrateur. Au cours de ces dernières années, le travail d'édition et de traduction a surtout porté sur les nouvelles d'Andreiev. Or son œuvre théâtrale est importante, et il se trouve que sa première œuvre est une pièce: "Vers les étoiles", terminée en 1905, au moment de la terrible répression du soulèvement révolutionnaire de St Pétersbourg, qui contraignit d'ailleurs Andreiev à l'exil, comme tant d'autres.
Pour qui est resté sensible aux espoirs suscités par la révolution de 1905, souvent définie comme une répétition générale de ce qui devait représenter son accomplissement dans le futur, la révolution de 1917, la pièce laisse dès la première lecture une durable impression de fusion entre l'aspiration à la liberté, à l'émancipation de l'humanité et l'aspiration au savoir, à la compréhension des phénomènes célestes. L'action se déroule, en effet, dans un observatoire, lieu ô combien symbolique et stratégique : au sommet d'une montagne, placé au-dessus des luttes sanglantes qui ont lieu dans la grande ville -- on devine très vite St Pétersbourg -- l'observatoire, non loin d'une frontière, est un refuge pour les proscrits. Mais ce lieu d'où les savants se projettent dans l'espace intersidéral et ses cycles d'années lumières, peut devenir un lieu de conflit entre une jeunesse impatiente d'en découdre avec le régime tsariste honni et des "adultes" exposés au reproche d'indifférence. La froideur apparemment immobile des étoiles est-elle en opposition avec la fournaise où se jette la jeunesse révolutionnaire? Pour Andreiev, la contradiction est dépassée dans le discours visionnaire du vieux savant, confronté pourtant à la disparition d'un fils aimé.
Cette projection analogique des aspirations humaines dans l'espace, qu'on aurait tort de ramener à une attirance atavique du peuple russe pour le sentiment océanique, se situe sur la ligne de crête entre pensée matérialiste et mysticisme, et correspond à un moment de la réflexion et de la sensibilité d'Andreiev. Le fil est bien ténu, et Andreiev, comme bien d'autres intellectuels à la même époque, basculera peu après dans une sorte de mysticisme, sort commun d'une génération égarée par la défaite révolutionnaire parce que coupée des forces vives du changement social. Mais ce moment si rare, si singulier, où la pensée prend tous les risques, à la pointe du danger, "Vers les étoiles" nous le rend presque palpable, comme à portée de télescope. C'est pour retrouver cette sensation et la faire partager que j'ai désiré réaliser cette pièce, qui n'a pas été mise en scène depuis 1921.
Au-delà de quelques problèmes de transposition du visuel au sonore, la parole de l'auteur m'a paru porteuse d'une intense poésie, et, dans cet émouvant dialogue entre le sentiment cosmique du père astronome et l'attachement à la vie terrestre et à ses combats de sa fille, j'ai tenté de faire entendre ces notes suspendues et le rêve d'Andreiev de les faire résonner entre elles. » Michel Sidoroff

Avec

Marc-Henri Boisse (Sergueï Nikolaïevitch Ternovski )
Anne Deleuze (Inna Alexandrovna Ternovskaia )
Peggy Martineau (Anna )
Nicolas Gonzales (Petia )
Thibault Vinçon (Verkhovtsev )
Sonia Masson (Maroussia )
Philippe Beautier (Pollack )
Damien Zanoly (Luntz )
Stéphane Valensi (Jitov )
Nicolas Raccah (Treitch)
Philippe Siboulet (Schmidt )
Et la voix de Viki Gerbert

Bruitages : Bertrand Amiel
Musique originale de Sylvain Kassap
Piano, Sophia Domancich
Accordéon, Thibaut Trosset
Percussions, César Carcopino
Clarinettes, Nils Kassap et Sylvain Kassap

Prise de son, montage et mixage : Delphine Baudet et Bastien Varigault
Assistante à la réalisation : Léa Racine

Les éditions Corti ont publié l’intégralité de l’œuvre narrative de Leonid Andreïev dans une traduction de Sophie Benech.

Bibliographie

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