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Le Meurtre et la plume

1h28
À retrouver dans l'émission

Production : Frédéric Bas et Stéphane Bou

Réalisation : Manoushak Fashahi

A chaque criminel, son texte. Chaque fois, après la révélation des meurtres, la même « machine graphomaniaque s’emballe » (Philippe Artières) : la police, la justice, l’expertise médicale produisent les premières traces écrites puis les médias, dans la rubrique des « faits divers », poursuivent le travail scripturaire. Après le sang qui coule, l’encre imprime la mémoire du crime. Parfois, une légende se construit, un manuscrit infini s’écrit. La littérature s’en mêle aussi, inventant des figures criminelles qui frappent l’imagination et prolongent pour de faux la réalité du crime…

Parfois aussi, l’assassin participe à « son texte » : le meurtrier écrit, s’écrit, avant les crimes ou pendant , le plus souvent après . Il raconte sa vie, les chemins qui l’ont conduit aux meurtres il s’explique parfois, donne même les noms des responsables. Il rejoue le procès avec la plume ou le clavier.

Au début du 19ème siècle, Lacenaire, premier assassin qui doit sa célébrité à ses écrits plus qu’à ses crimes, écrivait ses mémoires en prison, transformant sa cellule en cabinet d’écriture, invitant la « bonne société » de son temps à le visiter pour échanger avec lui sur la nature humaine, le bien et le mal, les vertus du crime. Il est la matrice de beaucoup de criminels contemporains. Aujourd’hui, les tueurs de masse passent de longues heures devant leur écran d’ordinateur préparant le massacre avec leur clavier : les blogs des tueurs américains du lycée de Columbine, Eric Harris et Dylan Klebold, les vidéos et pièces de théâtre de Cho Seung-Hui, le tueur de Virginia Tech, les mises en scène macabres de Mohamed Mera ou le snuff movie d’épouvante de Luka Rocco Magnotta sont autant de traces qui questionnent le criminel et sa relation à l’écrit et à l’image… les mots aujourd’hui passent aussi par des images…

Que nous disent ces écrits et ces images ? Qu’est-ce qui s’y raconte ? Poursuivent-ils le crime par d’autres moyens ? Cherchent-ils à le commenter ? Participent-ils du fantasme du criminel ou au contraire sont-ils porteurs d’une vérité écrite à l’écart de la scène policière, judiciaire ou médicale…

A propos du mémoire de Pierre Rivière, parricide de 20 ans en 1836, Michel Foucault écrivait : « Plus on en sait, moins finalement on comprend ». Le meurtre et la plume est une conversation qui Veut questionner notre désir de savoir face à l’écrit assassin.

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